MARIE MADELEINE en PRIERE par GUIDO RENI
Date de publication : 03/11/2011
Artiste originaire de Bologne, né le 4 novembre 1575 à Calvenzano à proximité de Bologne, Guido Reni s’est formé dans l’atelier du peintre flamand Denijs Calvaert, puis à l’académie des Carrache. Voici l'une de ses oeuvres conservées en France.
Guido RENI,
Sainte Madeleine en prière, 1627-1628
Huile sur toile 120 cm x 93 cm, Musée des Beaux-Arts, QUIMPER.
Achetée à un collectionneur, M. Hoursel, cette Madeleine en prière entre dans les collections royales en 1670. L'abondance des peintures représentant sainte Marie-Madeleine dès la fin du XVIème siècle dans les pays d'Europe demeurés catholiques découle directement des consignes des exégètes de la Contre-Réforme et du décret "sur les saintes images" publié dans la dernière session du Concile de Trente (3 décembre 1563). L'usage, l'éxécution, le choix de l'iconographie doivent être intimement liés au culte que l'on doit rendre aux saints.
Marie-Madeleine, première femme de l'Evangile après la Vierge, particulièrement aimée du Christ et témoin privilégiée de sa résurrection au matin de Pâques, est à plus d'un titre un exemple à méditer. "Speculum poenitentiae" (exemple de repentir), cette pénitente apparaît aussi aux fidèles comme modèle d'amour et de vie contemplative.

Guido RENI, Sainte Madeleine en prière, 1627-1628, Huile sur toile 120 cm x 93 cm, Musée des Beaux-Arts, QUIMPER
Reni sait rendre l'accord entre l'art et la spiritualité. Comme tous les grands maîtres du XVIIème siècle, il peint de nombreuses variations sur ce thème qui permet de rendre les expressions d'extase et de dévotion. Cette oeuvre propose une nouvelle variation sur le dialogue entre la pénitente et le crucifix, dialogue qui va avoir un grand retentissement à la fin du XVIIème siècle et au XVIIIème siècle. Le chartreux Laurent Surius, l'un des hagiographes les plus célèbres de la Contre-Réforme, rapporte que Marie-Madeleine s'était installée dans la grotte de la Sainte-Beaume (Var). Symbole de la Rédemption, le crucifix accompagne ses méditations.

L'évidente beauté de la repentie, soulignée par la longue chevelure blonde, tombant en souples ondulations sur la poitrine et les épaules, contraste avec le dessin des mains presque enlaidies par la forte pression des doigts croisés. Ces mains jointes, au centre de la composition, fixent l'attention du spectateur et magnifient le rôle de la prière. L'ample manteau de couleur gris bleuté presque violacé, symbole de pénitence, recouvre en larges plis la nudité de la sainte et met en valeur la clarté de sa carnation.

La lumière du jour provient de l'ouverture de la grotte et laisse entrevoir le verdoyant paysage de la Sainte-Beaume traité avec une extrème légèreté. L'ensemble de la composition donne une image très souple, très calme, d'un grand équilibre, en adéquation parfaite avec le sentiment religieux de son temps, malheureusement mal compris de nos jours.

L'homme du XVIIème siècle s'est passionné pour sainte Madeleine. A la floraison de textes sur cette illustre pénitente correspondent d'innombrables représentations, mais les influences réciproques des motifs iconographiques et des thèmes littéraires sont difficiles à cerner. Mais il faut souligner le cas très rare d'un certain Pierre Le Moyne qui consacre un sonnet à cette oeuvre de Guido Reni (Sonnet à la Madeleine nouvellement convertie, de Guide) et témoigne du prestige de l'artiste, tout en révélant la mentalité religieuse de l'époque :
« Beaux yeux, sacrés canaux d’un précieux déluge
Innocents corrupteurs de votre amoureux juge,
Ne serez-vous jamais sans flamme ni sans dards ?
Au moins pour un moment faites cesser vos charmes :
La terre fume encore du feu de vos regards
Et déjà vous brûlez le ciel avec vos larmes. »
P. Le Moyne, « Galerie de Peinture », Œuvres Poétiques, Paris, 1671.
Frédéric Curnier-Laroche
Le 03 novembre 2011



