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blog - Itinéraires italiens du sacré

Auteur : Frédéric Curnier Laroche

portrait du redacteur Après avoir tenu pendant en 2010 et 2011 le blog « Abbaye de Cluny 910-2010 » sur www.narthex.fr, le Père Frédéric Curnier-Laroche, historien de l’art et prêtre du diocèse d’Autun, se lance dans une nouvelle aventure au cœur de l’histoire de l’art sacré italien. Frédéric Curnier-Laroche est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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Le TOMBEAU de JULES II par MICHEL-ANGE (2nde partie)

Date de publication : 12/02/2012

Après la figure principale de Moïse au centre du tombeau du pape Jules II, arrêtons-nous sur les autres statues qui ornent le monument funéraire ou qui auraient dû s'y trouver.

 

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L’Esclave rebelle
1513-1516
Marbre, haut. 216 cm
Musée du Louvre, PARIS

 

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l’Esclave mourant
1513-1516
Marbre, haut. 229 cm
Musée du Louvre, PARIS


C’est Michel-Ange lui-même, lorsque le projet en fut conçu en 1505, désigna du terme de « prisonniers » - c’est-à-dire du corps dont elles essaient de se libérer – ces sculptures qui devaient prendre place de chaque côté des niches de la base inférieure du tombeau de Jules II. Dans sa biographie de l’artiste, Ascanio Condivi affirme que « les statues attachées comme des prisonniers » sont interprétées comme des personnifications allégoriques des arts majeurs (peinture, sculpture, architecture). La présence de la figure d’un singe restée à l’état d’ébauche , blotti derrière les jambes de l’Esclave mourant confirme cette explication car cet animal symbolise la peinture en tant qu’imitation de la nature. En outre, l’Esclave rebelle présente sur la base un bloc informe sur lequel le prisonnier appuie le pied droit et qui semble représenter un chapiteau, symbole de l’architecture.
Cependant, ce que Vasari écrit sur les Prisonniers dans l’édition de 1568 de la Vie de Michel-Ange contraste avec ce qu’affirme Condivi puisque selon lui, ces statues « étaient toutes les provinces conquises » par Jules II et « soumises à l’Eglise apostolique », avec une référence explicite aux qualités militaires du pape.

 

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Laocoon ~ ROME, Musées du Vatican 

 

Exécutées de 1513 à 1516 avec le Moïse, ces statues témoignent des expériences qui amenèrent le maître à transformer son langage de sculpteur. En effet, en janvier 1506, on découvre à Rome parmi les ruines des thermes de Trajan, sur le mont Esquilin, le Laocoon, célèbre groupe hellénistique sculpté par Agésandros, Polydore et Athanadoros, considérée par Pline l’Ancien qui la considérait comme le plus grand chef-d’œuvre de la statuaire antique. Michel-Ange fut l’un des premiers à voir et à étudier cette sculpture après sa découverte : l’habileté dans le rendu du nu et l’intensité dramatique du groupe, liées à l’évidente souffrance physique représentée, furent un motif d’une grande suggestion pour le sculpteur qui s’en inspira dans les solutions expressives adoptées pour les Esclaves. Ce sont en effet deux statues dynamiques, l’une tendue dans l’effort pour se libérer de ses liens, l’autre au contraire abandonnée à la passivité de la mort. La connaissance de l’anatomie du corps humain et la capacité de restituer dans des figures en mouvement furent des préoccupations constantes de Michel-Ange, stimulé par la rencontre avec la statuaire antique (avec l’étude d’un autre chef-d’œuvre : le Torse du Belvédère, conservé aux Musées du Vatican). On remarque cette recherche d’une plastique pleine et libre dans l’espace et l’extraordinaire attention à l’anatomie des corps, représentés dans des poses complexes et des mouvements tous différents les uns des autres.

 

Les raisons qui amenèrent le sculpteur à préférer les statues biblique de Léa et Rachel à celles des Esclaves furent non seulement la nécessité d’exécuter des statues plus grandes pour la nouvelle version du tombeau, mais aussi peut-être l’intention de fuir de nouvelles polémiques comme celles provoquées par les figures nues du Jugement Dernier. Dans les années 1544 et 1545, Michel-Ange tomba malade et, lors de sa convalescence, fut généreusement accueilli par son ami florentin Roberto Strozzi. Reconnaissant, le maître lui offrit les deux Esclaves qui, pendant ce temps, avaient été écartée du projet final. Quand en 1546, Strozzi se réfugia à Lyon en raison de son hostilité envers les Medicis et les apporta avec lui. Elles finirent par devenir la propriété de Richelieu et de ses descendants, puis, en 1794, celle de l’Etat français. C’est pourquoi elles peuvent maintenant être admirées au Musée du Louvre.

 

 

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Esclave jeune (Prisonnier)
1520-1524 environ
Marbre, haut. 256 cm
FLORENCE, Galerie de l’Académie

 

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Esclave qui se réveille (Prisonnier)
1520-1524 environ
Marbre, haut. 267 cm
FLORENCE, Galerie de l’Académie


Ces œuvres inachevées (au nombre de quatre) étaient destinées à la partie inférieure du tombeau où ils auraient dû prendre place de chaque côté des niches des Victoires et sur les arêtes latérales du sépulcre. L’Esclave jeune, dont la position des jambes reprend le schéma déjà développé dans l’Esclave mourant, est porté à un stade d’élaboration relativement avancé, tandis que l’Esclave qui se réveille est encore « immergé » dans la masse du marbre. Les noms attribués à chaque statue sont conventionnels, postérieurs à leur réalisation et inspirés par les poses des figures.

 

 

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Rachel ou La Vie contemplative
1542-1545
Marbre, Haut. 197cm

 

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Léa ou La Vie active
1542-1545
Marbre, Haut. 209cm


Les deux personnifications allégoriques de la vie contemplative et de la vie active - respectivement Rachel et Léa, les deux sœurs filles de Laban, femmes du patriarche hébreu Jacob – sont décrites dans les vers du Purgatoire de Dante (XXVII, 100-108) et symbolisent les deux voies qui mènent à la vision divine. Dans le livre de la Genèse (29,16 – 30, 24), Léa, la sœur aînée, est décrite comme peu attirante mais féconde, tandis que Rachel, l’épouse que Jacob avait initialement choisie, était avenante et stérile. Dans la Divine Comédie, elles représentent les préfigurations des deux femmes que Dante rencontre au paradis, respectivement Béatrice et Mathilde, l’une tournée vers la méditation de la révélation divine, l’autre au contraire image du bonheur terrestre atteint grâce au bien.

 

Michel-Ange décida de placer les deux sculptures dans les niches de la partie inférieure du tombeau : en juillet 1542, il écrivit en effet une supplique à Paul III, dans laquelle il expliquait sa volonté de remplacer les deux Esclaves par les nouvelles statues en cours d’exécution. Les deux œuvres, définies avec une intention extrême de synthèse, suivant une conception formelle austère et essentielle, montre bien le parcours stylistique de l’artiste dans la phase de réflexion religieuse intense qu’il traverse au début des années 1540, au moment du débat spirituel qui s’était instauré à la veille des restrictions imposées par le Concile de Trente. Michel-Ange partageait les problématiques religieuses qu’affrontait le mouvement le mouvement pour la réforme de l’Eglise : sensible au thème de la rédemption de l’âme par la foi, il se trouvait engagé dans une réflexion tourmentée (certains de ses Poèmes en sont souvent la traduction) sur la signification de la mort et du sacrifice du Christ pour le salut de toute l’humanité.

 

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La statue de Rachel, seconde femme de Jacob, présente un drapé rigide qui enveloppe son corps et voile sa tête levée ; la figure est montrée en contemplation et en prière, comme l’indiquent ses mains jointes. Vasari parle de son « visage qui montre l’élévation spirituelle », tandis que Condivi la voit « comme inspirant tout entière l’amour ». Cette œuvre est aussi sa dernière expérimentation de la figure en spirale : le visage, les bras et les mains jointes sont orientés dans la direction opposée à celle des jambes ; la torsion des hanches, marquée par les plis du drapé, fait ressortir la position opposée des membres inférieurs.

 

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Léa, dont le corps est recouvert d’une robe à taille haute, tient dans ses mains les symboles des vertus chrétiennes : la main gauche porte la couronne de laurier, tandis que la droite semble tenir, non pas un miroir, comme le prétendent Vasari et Condivi, mais plutôt une lampe à huile.

 

 

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Le Génie de la Victoire
1527-1534
Marbre, haut. 261 cm
Palazzo Vecchio, FLORENCE


Cette statue devait prendre place dans une des niches de la partie inférieure du mausolée. Sur la tête du vainqueur, une couronne de feuilles de chêne, symbole héraldique de la famille Della Rovere dont le pape descendait, vient confirmer cette destination originale.

Quoique l’exécution de la sculpture fût interrompue, comme le montre la figure du prisonnier encore rugueuse et non polie, cette statue, comme celle de Rachel, l’une des expériences de l’artiste sur le thème de la « figure en spirale », le motif d’inspiration du maniérisme. La pose instable du jeune vainqueur écrasant le vieil adversaire confère à la statue un dynamisme auquel Michel-Ange n’était encore jamais parvenu avec une telle intensité.

 

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Renseignements Pratiques

 

Basilique Saint-Pierre-aux-Liens (San Pietro in Vincoli)
Piazza San Pietro in Vincoli
Accès depuis la via Cavour (escaliers) et par la via Eudossiana
Metro et arrêt de bus : Cavour ou Colosseo

Position GPS : 41°53’38’’N 12°29’35’’E