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blog - Itinéraires italiens du sacré

Auteur : Frédéric Curnier Laroche

portrait du redacteur Après avoir tenu pendant en 2010 et 2011 le blog « Abbaye de Cluny 910-2010 » sur www.narthex.fr, le Père Frédéric Curnier-Laroche, historien de l’art et prêtre du diocèse d’Autun, se lance dans une nouvelle aventure au cœur de l’histoire de l’art sacré italien. Frédéric Curnier-Laroche est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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Le TOMBEAU de JULES II par MICHEL-ANGE (1ère partie)

Date de publication : 04/02/2012

Aucun amateur d'art n'ignore l'une des réalisations emblématiques de Michel-Ange : Moïse. Suivez-moi dans cette découverte de l'imposant ensemble pour lequel il fut réalisé.

 

A la mort de son oncle Sixte IV en 1484, le cardinal Julien della Rovere avait commandé à Antonio del Pollaiolo un somptueux monument en bronze, achevé seulement en 1493, qui commémorait le pape défunt en mettant en évidence son rôle de patron des arts libéraux. Probablement dans le sillage de cette expérience, à peine deux ans après avoir été élu pape sous le nom de Jules II, Julien della Rovere confia à Michel-Ange, alors âgé d’une trentaine d’années, la tâche d’exécuter son propre tombeau.

 

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Ce monument aurait dû trouver place dans le chœur de la basilique Saint-Pierre que Bramante concevait alors avec les nouvelles formes architecturales de la Renaissance en remplacement de la basilique paléochrétienne préexistante. Le choix de l’emplacement, l’idée d’une tombe-mausolée, l’élaboration précise du programme ornemental inspiré des monuments triomphaux de l’Antiquité romaine, la présence de statues plus grandes que la réalité étaient destinés à avoir un impact visuel qui impressionnerait le spectateur, appelé à observer le monument en tournant autour avant d’entrer dans la chambre sépulcrale proprement dite.

 

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L’œuvre était conçue comme une structure isolée dans l’espace, la partie inférieure étant plus large que les parties supérieures, un véritable mausolée avec une chambre funéraire à l’intérieur, pensé sur le modèle des temples antiques.

 

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Le deuxième contrat, du 13 mai 1513 (Jules II mourut le 21 février, alors que son monument n’était pas encore prêt) était accompagné d’un dessin et d’une description du modèle réalisé par le maître : il s’agissait d’une structure en marbre, de plan rectangulaire, non plus isolée dans l’espace mais adossée à la paroi, échelonnée sur trois niveaux décroissants. Une fois abandonnée l’idée d’un temple-mausolée, la décoration comprenait toujours quarante statues. Le nouveau projet s’inscrivait dans la tradition sépulcrale italienne du XVIème siècle.

 

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De 1513 à 1516, Michel-Ange sculpta à Rome les premiers prisonniers : l’Esclave mourant et l’Esclave rebelle, aujourd’hui conservés au Musée du Louvre, ainsi que le Moïse qui aurait dû trouver place dans la partie supérieure de la structure mais qui fut ensuite installé en bas au centre. Moïse est la seule des trois sculptures réalisées dans le cadre du premier projet effectivement utilisée pour la mise en œuvre définitive du monument. Les Esclaves du Louvre sont le fruit des recherches attentives de l’artiste sur l’anatomie et les mouvements du corps menées précédemment pour les ignudi de la voûte de la chapelle Sixtine, par la suite affinées à travers l’étude de la statuaire antique.

 

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Un nouveau contrat, en date du 8 juillet 1516, passé avec le cardinal Leonardo Grosso della Rovere, prévoit de réduire le nombre de statues à vingt-quatre : seize au niveau inférieur et huit au niveau supérieur. L’exécution de l’œuvre devait être terminée six ans plus tard. De 1520 jusqu’à son départ de Rome en septembre 1534, Michel-Ange se consacra à la fois à la réalisation des tombeaux de la famille Medicis à San Lorenzo de Florence et aux sculptures du mausolée des Della Rovere. A la suite de négociations qui eurent lieu en 1526, un nouveau contrat fut signé le 29 avril qui laissa une grande liberté à l’artiste dans la composition du monument : le projet de 1516 fut en partie repris et le nombre des statues de la main du maître fut réduit à six.

 

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Le dernier contrat, passé avec Guidobaldo della Rovere, date de 1542. La version finale de la tombe, destinée non plus à la basilique vaticane mais à celle de Saint-Pierre-aux-Liens, dont Jules II avait été le cardinal titulaire, tient compte de la réduction de l’ensemble du projet, tant au niveau de la structure architectonique que du nombre des statues. Le tombeau fut achevé en 1545. Mis à part le Moïse, seules deux figures, Léa ou la Vie active et Rachel ou La Vie contemplative, furent réalisées par Michel-Ange lui-même, ainsi que La Sibylle et Le Prophète. Ces deux dernières statues, ébauchées dans les années 1530, furent placées dans la partie supérieure à l’intérieur des deux niches latérales (même si elles ne satisfaisaient pas l’artiste, comme l’indique Vasari dans la Vie qu’il écrivit en 1568).

 

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La Vierge à l’Enfant, fut commencée dès 1537 par Scherano da Settignano et terminée par Raffaello da Montelupo. La statue de Jules II gisant sur son propre sarcophage est l’œuvre de Tommaso Boscoli, un sculpteur de Fiesole. Toujours en 1542, le travail du décor et ornementations fut confié à Giovanni de Marchesi et au fidèle assistant de Michel-Ange, Francesco d’Amadore dit Urbino.

 

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Il s’agissait de l’architecture de la partie supérieure du tombeau, en accord avec le principe que Michel-Ange avait adopté après son retour définitif à Rome selon lequel il n’y avait pas de décorations à proximité des statues de marbre. Les deux petites fenêtres présentes dans l’espace des niches avaient été prévues afin que les fidèles placés dans l’église puissent écouter les voix des moines provenant du chœur, situé au-delà de la paroi monumentale du sépulcre. A partir de 1545, le mausolée se trouve au fond de la paroi droite du transept de Saint-Pierre-aux-Liens, à droite de l’autel vers lequel les statues de Rachel et de La Sibylle sont tournées ; les autres figures accueillent le visiteur de face, instaurant ainsi avec lui un dialogue qui devient plus intense avec la statue de Moïse, véritable raccord structural et visuel de l’ensemble de la composition.

 

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Moïse
1513-1516
Marbre, haut. 235 cm
San Pietro in Vincoli, ROME


Cette statue, à la place définitive qui lui a finalement été attribuée au centre de la partie inférieure, révèle l’intention première de Michel-Ange, qui avait conçu cette figure pour une vision latérale et d’en-bas, placée à l’origine à environ quatre mètres du sol. Moïse était l’une des quatre grandes statues qui devaient prendre place aux angles supérieurs de la partie supérieure du mausolée d’origine. En fonction de cette position, le maître avait adopté des procédés optiques permettant de donner de la profondeur et du volume à la figure, comme les dimensions allongées du buste et de la tête et le drapé ample et abondant sur la jambe droite, qui devait tomber telle une cascade.

 

Cette œuvre est réalisée en se référant au texte de l’Exode (Ex. 34, 29-35) : le patriarche d’Israël qui conduit son peuple d’Egypte jusqu’à la Terre promise, est représenté ici juste après la vision qu’il eut sur le Mont Sinaï, les Tables de la Loi dans les mains, alors que « la peau de son visage rayonnait d’avoir parlé avec Dieu ». Saint Jérôme, dans sa traduction de la Bible en latin (la Vulgate), avait rendu cette expression par « cornuta facies », selon une traduction très littérale que suivit Michel-Ange en réalisant ces cornes sur son crâne. La lecture des passages bibliques donne d’autres indications utiles : Moïse se couvrait le visage d’un voile avant et après ses visions divines, et cet élément renvoie au témoignage enthousiaste de Vasari qui écrit à propos de cette sculpture : « Il semble qu’en le regardant, on ait envie de baisser son voile pour lui couvrir le visage, tant il apparaît splendide et lucide à autrui. »

 

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Exécutée à Rome dans les années 1513-1516, la statue resta de 1516 jusqu’au début des années 1540 dans l’atelier de l’artiste. Le Moïse appartient à la typologie des statues de personnages influents de la tradition biblique représentés assis avec un drapé qui les enveloppe et recouvre leurs jambes, au même titre que certaines œuvres illustres de la sculpture florentine du XVème siècle, avec une évidente recherche sur l’expressivité et la vitalité des personnages. L’impression de puissance physique et spirituelle qui frappa les contemporains de Michel-Ange exprime une volonté indomptable et autoritaire, ce qui amena certains à voir dans ce Moïse, patriarche d’Israël, précurseur du Christ et des papes, une véritable transfiguration de la personnalité charismatique de Jules II. Témoignant de l’admiration que suscita l’œuvre chez ses contemporains, Vasari rapporte le propos d’Hercule Gonzague, cardinal de Mantoue, selon qui « cette figure suffisait à honorer le pape Jules II. »

 

Un autre texte, signé Condivi, biographe de Michel-Ange, laisse transparaître la même admiration : « Moïse est assis comme un sage en méditation, il serre sous le bras les Tables de la Loi et, comme quelqu’un de fatigué et plein de soucis, se tient le menton de la main gauche, de laquelle tombent de longues mèches de barbe. Le visage est plein de vivacité et d’esprit et montré de façon à susciter à la fois amour et terreur […], œuvre merveilleuse et pleine d’art. » Et Vasari d’ajouter : « Jamais aucune œuvre moderne ne pourra atteindre tant de beauté, et l’on peut en dire autant des anciennes, les cheveux, si difficiles à représenter en sculpture, sont exécutés avec une extrême subtilité, à tel point qu’il paraît impossible que le fer ne soit devenu pinceau. Et il a si bien représenté dans le marbre la divinité que Dieu avait mise dans ce très saint visage ; il y a aussi le drapé exécuté avec de magnifiques mouvements de l’étoffe. Les muscles des bras, les os et les nerfs des mains sont réalisés avec tant de beauté et de perfection et son travail est à ce point fini, que Moïse peut aujourd’hui plus que jamais se dire ami de Dieu, de telle façon qu’avant les autres il a voulu préparer son corps pour la résurrection à travers les mains de Michel-Ange. »


Le prochain article vous proposera d’admirer les autres sculptures de Michel-Ange réalisées à l’origine pour le tombeau de Jules II : Léa, Rachel, Le Génie de la Victoire et les Esclaves

 

 

Renseignements Pratiques

 

Basilique Saint-Pierre-aux-Liens (San Pietro in Vincoli)
Piazza San Pietro in Vincoli
Accès depuis la via Cavour (escaliers) et par la via Eudossiana
Metro et arrêt de bus : Cavour ou Colosseo

Position GPS : 41°53’38’’N 12°29’35’’E