L'ADORATION des MAGES par MANTEGNA
Date de publication : 08/01/2012
Voici l'une des dernières oeuvres de dévotion d'Andrea Mantegna.

Andrea MANTEGNA
Adoration des Mages
Vers 1497-1500
Détrempe et or sur bois ; 54,6cm x 70,7cm
MALIBU, The J. Paul Getty Museum.
L’Evangile de Matthieu (2, 1-12) raconte comment des mages d’Orient sont avertis par une étoile de la naissance d’un roi en Judée. Le roi Hérode leur fait promettre de revenir quand ils auront trouvé l’Enfant, afin qu’il puisse l’adorer. Guidés par l’étoile qu’ils ont vu se lever, ils découvrent ce dernier à Bethléem, l’adorent et lui présentent leurs dons. Avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils regagnent directement leur pays.
Les évangiles apocryphes ont enrichi le récit de Matthieu d’enjolivures multiples. L’évangéliste ne précise pas le nombre des mages et ne donne pas non plus leurs noms. Leur nombre est généralement fixé à trois depuis Origène (185-224).

Cet épisode des Rois Mages est d’abord lié à la Nativité du Christ et, à la fin du IVème siècle, elle tend à développer un cycle autonome. Marie est assise sur le côté, devant Joseph, à l’extrémité gauche de la composition qui est très resserrée sur les têtes des personnages. Elle a sur ses genoux l’Enfant qui tourne son regard vers les présents qui lui sont apportés. La composition de la scène est empruntée à la disposition adoptée depuis l’Antiquité romaine pour représenter les peuples soumis apportant leur tribut au général vainqueur, lors de la cérémonie du « triomphe ».

La grande originalité de Mantegna, dans cette composition audacieuse qui est l’une de ses œuvres les plus copiées, est de présenter la figure du vieux mage, s’inclinant avec vénération, recadrée juste au-dessous de son épaule, avec uniquement visibles les doigts de sa main gauche. Il augmente l'échelle des figures et l'effet de proximité pour le spectateur est encore plus grand. Conformément à son style proche du relief antique, Mantegna définit le plan de l'image par des fonctionnalités telles que le bras droit de la Vierge et de la main et à l'épaule du vieux mage. Tout en développant une austérité dans les attitudes et les expressions des figures (sans doute due à la remarquable adaptation de l’artiste vis-à-vis de la sculpture funéraire antique dont il s’inspire), il y a une expression plus naturelle dans le geste de l'enfant et l’intensité des regards.

L’artiste est fidèle à la tradition ancienne qui les assimile aux trois âges de la vie et aux trois parties du monde venues rendre hommage au Sauveur. Trois continents sont alors connus : l’Asie, l’Afrique et l’Europe. On remarquera que les trois récipients présentés par les Mages sont liés aux intérêts esthétiques de la Renaissance : le petit bol de porcelaine est chinois ou persan, les deux autres flacons de jaspe et d'agathe.
Tertullien (v 160-230) semble avoir été le premier à faire de ces trois mages des rois par référence aux Psaumes (67,30 ; 71,10) ainsi qu’à Isaïe (60,3) : « Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever. » Césaire d’Arles, au VIème siècle, affirme « ces mages sont des rois » (« Illi magi reges sunt »). On a voulu sans douta aussi les différencier des magiciens désignés alors sous le nom de « mages ». Les noms de Gaspar, Melchior et Balthasar apparaissent au IXème siècle dans le Liber Pontificalis de Ravenne.




