FRA ANGELICO - 1ère Partie
Date de publication : 30/09/2011
Fra Angelico est à l’honneur à travers l’exposition événement du musée Jacquemart-André. Avant de revenir en détails sur les vingt-cinq œuvres présentées, je vous propose, en introduction, de parcourir la vie de cet artiste et de nous arrêter sur deux de ses premières œuvres.
Pour en savoir plus sur l'exposition "Fra Angelico et les Maîtres de la lumière" au Musée Jaquemart André, à Paris, suivez le lien suivant : Fra Angelico au Musée Jaquemart André : un hommage à la lumière
Fra Angelico, Predelle du retable de San Domenico (détail) - 1423-1424 - Tempera sur bois - 32 x 63,5 cm - National Gallery, LONDRES
Le fil doré de la foi tout au long de son œuvre est indéniable. Aucun autre peintre n’a représenté des images qui encouragent la méditation et qui stimulent les valeurs morales qui sont à la base de la vie spirituelle. Celui que nous connaissons sous le nom de Fra Angelico, et que ses contemporains appelaient Fra Giovanni da Fiesole, est originaire de Vicchio del Mugello, terre d’origine de la famille Médicis qui fut l’un de ses grands commanditaires. D’après Vasari, il serait né en 1387 et aurait reçu l’habit dominicain en 1407 à l’âge de dix-neuf ans, mais c’est probablement au cours des années 1395-1400 qu’il vit le jour.
Fra Angelico commence à peindre avant de rentrer dans les ordres. C’est en juin 1423 que l’on voit apparaître son nom sous la forme familière de « Frate Giovanni di San Domenico di Fiesole » à l’occasion d’un crucifix peint pour l’hôpital de Santa Maria Nuova. Il entra certainement dans la communauté de San Domenico entre 1418 et 1421. En 1435, un groupe de moines de cette communauté prit possession de l’église florentine de San Giorgio sulla Costa et, une année plus tard, en janvier 1436, ils s’installèrent au couvent San Marco où Michelozzo commença, en 1438, la construction d’un nouveau couvent. La présence d’Angelico y est attestée en août 1441. C’est aussi dans l’art des enluminures que s’exprime son remarquable talent de coloriste. Si cette partie de sa production a pu être éclipsée par les grands retables ou les fresques qu’il a par ailleurs réalisés, elle témoigne d’une grande finesse d’exécution. À une époque où la décoration des ouvrages est confiée aux meilleurs enlumineurs, l’élégance des miniatures d'Angelico confirme l’excellence de son art.
En 1445, le pape Eugène IV, qui avait vécu à Florence pendant quelques années, et qui connaissait ses travaux, appela Angelico à Rome. Il y resta pendant les années 1446 et 1447. Prieur de San Domenico de Fiesole en 1450, il conserva cette fonction pendant deux ans. Il retourna sans doute à Rome en 1453 ou 1454, sans que nous puissions avoir quelque indication quant au travail entrepris. Il meurt dans cette ville en février 1455, quelques semaines avant son protecteur, le pape Nicolas V.

La tombe de Fra Angelico en l'église Santa-Maria-Sopra-Minerva de ROME - (c) Cliché Deborah Swain
Les épitaphes, sur la tombe de celui que l'on appela "Angelicus Pictor" à partir de 1468 et qui repose dans l’église dominicaine Santa Maria Sopra Minerva, auraient été écrites par l’humaniste Lorenzo Valla. L’épitaphe sur le mur, aujourd’hui disparue, était la suivante : « Ci-gît la gloire, le miroir, l’ornement des peintres, Giovanni le Florentin. Religieux, il était membre du Saint ordre de Saint Dominique, et il était lui-même un fidèle serviteur du Seigneur. Ses disciples pleurent la perte d’un si grand Maître car où peut-on trouver un aussi fin pinceau ? Son pays natal et son ordre pleurent la mort d’un peintre accompli que nul pouvait égaler ». Sur la pierre tombale, le corps du peintre est représenté, avec, à ses pieds, la deuxième inscription : « Ci-gît le vénérable peintre Fra Giovanni de l’Ordre des Prédicateurs. Que je ne sois pas loué parce que je semblais être un nouvel Apelle, mais parce que je t’ai offert, Ô Christ, tous mes trésors. Car certaines œuvres survivent sur terre et d’autres dans les cieux. La ville de Florence m’a donné, à moi Giovanni, le jour ».
Fra Angelico, Retable de San Domenico - 1423-1424 - Tempera sur bois - 212 x 237 cm - église San Domenico, FIESOLE
La première œuvre de Fra Angelico que l’on puisse dater est un triptyque conservé à San Domenico de Fiesole (1423-1424). Environ soixante-quinze ans après son achèvement, il fut transformé en retable par Lorenzo di Credi. Il y associe le style gothique tardif de sa première formation à une extraordinaire et précoce capacité d'appropriation des innovations picturales de la Renaissance.

Fra Angelico, Retable de San Domenico (détail) - 1423-1424 - Tempera sur bois - église San Domenico, FIESOLE
On y voit la Vierge sous un baldaquin et les saints debout dans une architecture, devant un paysage. Dans sa forme originale, il se composait de trois panneaux gothiques ; le panneau du milieu avec Marie et l’Enfant Jésus sur un trône et entourés d’anges et les panneaux latéraux présentant saint Thomas d’Aquin et saint Barnabé à gauche et saint Dominique et saint Pierre Martyr à droite.
Fra Angelico, Predelle du retable de San Domenico - 1423-1424 - Tempera sur bois - 32 x 244 cm - National Gallery, LONDRES
Le tout était complété par une prédelle qui se trouve actuellement conservée à la National Gallery de Londres, sur laquelle nous voyons le Christ en gloire entouré d’anges, des prophètes et de membres de l’Ordre de saint Dominique ; et par dix pilastres, dont ne subsistent que quatre exemplaires conservés au musée Condé de Chantilly et deux autres dans une collection privée.

Fra Angelico, Retable de San Domenico (détail : saint Thomas d'Aquin et saint Barnabé) - 1423-1424 - Tempera sur bois - église San Domenico, FIESOLE
Les personnages sont debout sur un sol carrelé très concentré devant le baldaquin et se diffusant vers l’extérieur dans les panneaux latéraux. Nous retrouvons cette particularité sur un triptyque florentin anonyme de 1419 dont la partie centrale se trouve à Cleveland et sur un autre retable de Fra Angelico conservé à San Gimignano.

Fra Angelico, Retable de San Domenico (détail : saint Dominique et saint Pierre Martyr) - 1423-1424 - Tempera sur bois - église San Domenico, FIESOLE
Les saints, sur les côtés, sont alignés sur le même plan, tournés légèrement vers la Vierge ou placé face au spectateur. La figure de la Vierge est fine et élégante et le mouvement linéaire de son manteau est marqué. De plus, ce panneau nous montre une certaine affinité avec le triptyque de Masolino à Santa Maria Maggiore, mais le contraste du contenu décoratif des deux tableaux est très marqué.

Fra Angelico, Retable de San Domenico (détail)- 1423-1424 - Tempera sur bois - église San Domenico, FIESOLE
Arrêtons-nous maintenant sur une œuvre conservée à San Marco de Florence. Ce retable fut installé sur l’autel de l’église San Pietro Martire en 1429, et achevé l’année précédente.

Fra Angelico, Retable de Saint Pierre Martyr - 1427-1428 - Tempera sur bois - 137 x 168 cm - Museo di San Marco, FLORENCE
Dans le panneau central, la Vierge est assise devant un rideau doré, avec son enfant sur ses genoux. Légèrement tournée de côté, son genou droit pointé au centre du panneau. Son lourd manteau met en valeur l’Enfant qui qui tient dans sa main un globe d’or. La décoration est extrêmement réduite et se limite au rideau à brocarts, aux pattes de lion du siège et aux bords du manteau de la Vierge qui forment une série de petits plis.

Fra Angelico, Retable de Saint Pierre Martyr (détail : le martyre du saint) - 1427-1428 - Tempera sur bois - Museo di San Marco, FLORENCE
Tout comme dans les triptyques traditionnels, les têtes des personnages latéraux se trouvent sur une même ligne horizontale, mais les deux saints placés aux extrémités sont placés légèrement en avant.

Masaccio, Vierge à l'Enfant avec sainte Anne - 1424 - Tempera sur bois - 175 x 103 cm - Musée des Offices, FLORENCE
Stylistiquement parlant, la Vierge et Jean-Baptiste rappellent Masaccio (Vierge à l’Enfant avec Sainte Anne – Musée des Offices). L'Enfant, avec ses grosses joues et ses cheveux bouclés, tout comme les anges, rappellent énormément les figures de Gentile da Fabriano. Les scènes qui se trouvent entre les gâbles présentent une caractéristique inhabituelle : elles représentent le sermon de Saint Pierre Martyr à gauche et le martyre du saint à droite. Elles sont réunies par une rangée d’arbres, courbe, qui se prolonge sur les deux panneaux latéraux. Le dessin ferme de la chaire et des constructions adjacentes dans le sermon et la représentation triangulaire des personnages dans l’autre scène, annoncent le style des prédelles des années 1430.

Fra Angelico, Predelle du Retable de Saint Pierre Martyr (détail) - 1427-1428 - Tempera sur bois - 20 x 55 cm - Museo di San Marco, FLORENCE
A travers ces oeuvres, Angelico témoigne de son intérêt pour l'espace et de sa volonté à présenter des images dont la limpidité se cessera de croître.




Exposition
Merci pour ces explications à la fois sur la vie de Fra Angelico et sur son oeuvre donnant l'envie d'aller à sa découverte à travers l'exposition qu'il y a lieu en ce moment.