FILIPPINO LIPPI et BOTTICELLI à FLORENCE
Date de publication : 28/10/2011
Jusqu'au 15 janvier 2012, les "Scuderie del Quirinale" de Rome accueillent une brillante exposition intitulée : "Filippino Lippi e Botticelli nella Firenze del '400". Une occasion pour nous de nous arrêter sur trois oeuvres de ces artistes.
Exposition

Filippino LIPPI, Vierge adorant l'Enfant - 1478, Musée des Offices, FLORENCE - (c) Photoservice Electa, Ministero per i Beni e le Attività Culturali.
Né à Prato vers 1457 de la relation clandestine de Fra Philippo Lippi avec la moniale Lucrezia Buti, Filippo, appelé Filippino pour le distinguer de son père, l’un des peintres les plus renommés et appréciés de son temps. Il devient à son tour un artiste de premier plan, loué par Vasari qui souligne sa grande capacité d’invention.

Sandro BOTTICELLI, L'Adoration des Mages - vers 1475-1476 - Musée des Offices, FLORENCE - (c) Archives Alinari, Ministero per i Beni e le Attività Culturali.
La grande exposition romaine, présentée aux Ecuries du Quirinale, survole quarante-quatre années d’activité du maître à travers panneaux, fresques et dessins réunis pour l’occasion. Elle propose un parcours qui met en lumière la relation, puis la rivalité de Lippi avec Botticelli et le soutien que tous deux reçurent des Medicis. Elle explique également l’éclectisme de cet artiste qui travaille non seulement à Florence et aux alentours, mais aussi à Luques, Gênes, Bologne et Pavie. Il innovera dans le domaine des arts appliqués comme l’attestent les fresques qu’il réalise pour la chapelle Carafa de l’église de Santa Maria sopra Minerva à Rome et la chapelle Strozzi à Santa Maria Novella de Florence, cycles picturaux dans lesquels s’expriment sa brillante fantaisie et une indéniable modernité.
Profitons de l'évocation de cette exposition pour évoquer trois oeuvres des deux artistes.

Filippino LIPPI, Vierge à l'Enfant avec saint Etienne et saint Jean-Baptiste (Retable de l'Audience) - 1503 - Détrempe grasse sur bois, 132 cm x 118 cm - Museo Civico, PRATO - (c) Silvana Editoriale, MILAN.
Ce retable se trouvait à l'origine dans la salle d'audience du Palais Municipal de Prato. Lippi présente ici une Madone assise au centre de la composition, retenant de ses deux mains son enfant Jésus d'une vivacité inhabituelle. Ce dernier se penche vers sa gauche et tend le bras vers Jean-Baptiste, signalant ainsi son lien avec celui qui annonce la venue du Messie. Le saint, dont la tête est représentée de profil, a posé un genou à terre et regarde intensément l'Enfant. D'une main, qui tient sa croix et un phylactère avec les paroles qu'il prononça pour désigner le Christ (Ecce Agnus Dei - Voici l'Agneau de Dieu"), il indique Jésus, tandis que de l'autre, il porte ses doigts à son coeur. De l'autre côté est agenouillé saint etienne, saint patron de la ville de Prato, les mains jointes en signe de prière. La pierre fichée dans son crâne, qui revient traditionnellement dans les figurations du saint à la Renaissance, évoque son martyre. La grande bannière renvoie à la municipalité de Prato, commanditaire de l'oeuvre.
Les collines et les ruines de l'arrière plan n'évoquent pas le paysage local que Filippino connaissait bien. Il choisit de créer un décor idéalisé. Au dessus, les nuages se séparent pour révéler une lumière divine qui éclaire toutes les figures.

Filippino LIPPI, Vierge à l'Enfant avec saint Etienne et saint Jean-Baptiste (Retable de l'Audience) détail - 1503 - Détrempe grasse sur bois - Museo Civico, PRATO - (c) Silvana Editoriale, MILAN.
Les personnages occupent presque tout l'espace de la composition, plutôt inhabituelle pour l'époque. Vers la fin de sa vie, le peintre s'orienta vers une monumentalité plus marquée.
Le recours à d'une riche draperie indique la volonté de Lippi de conférer davantage de dignité à la Vierge et plus spécialement aux deux saints. L'artiste se délectait dans le rendu du tissu, que l'on peut voir amoncelé sous le genou d'Etienne ou noué pesamment sur la hanche de Jean-Baptiste. La même attention au détail peut être relevée dans les habits précieux de saint Etienne et dans la broche ornée qui ferme le manteau de la Vierge. Aux yeux de Michel-Ange, de Léonard et de Raphaël, cette attention accordée par Lippi aux draperies et aux surfaces scintillantes semble excessive, car elles deviennent des éléments de distraction par rapport à la majesté des figures. Néanmoins, la forme courbée du retable contribue au sentiment de grandeur qui s'en dégage.
C'est sans doute Filippino qui exécuta le dessin du sompteux cadre d'origine. Il le recourbe à la manière antique et ajoute une touffe épaisse de végétation sculptée et dorée. Une inscription, en bas, permet de dater et de comprendre la fonction de l'oeuvre : VT MEUS HIC NATUS IUSTUS SERVATE FREQUENTER SIC VOS IUSTITIAM PAUPERIBUSQUE PII A. D. MCCCCIII.

Filippino LIPPI, La mise au tombeau - vers 1470 - Détrempe sur bois, 95,9 cm x 65,3 cm - Musée Thomas Henry, CHERBOURG - (c) Silvana Editrice, MILAN
Ce tableau a été donné par le collectionneur français Thomas Henry au Musée de Cherbourg en 1835. L'oeuvre est alors attribuée à Filippo Lippi et ensuite au jeune Botticelli.
Les figures sont disposées selon une structure pyramidale dont le sommet coïncide avec la tête de Joseph d'Arimathie, et dont l'axe central est constitué par la figure du Christ. Ce groupe se découpe sur un décor rocheux qui cache l'horizon, à, peine décrit sur la droite.
La composition est figée, équilibrée, traditionnelle, où l'on décèle, grâce à la gestuelle des personnages, une certaine sensibilité dans la description intimiste de leur douleur. Le peintre établit un lien entre les deux femmes (la Vierge Marie et Marie-Madeleine) et la figure du Christ, comme le fit son père dans les fresques de la cathédrale de Prato. A nouveau, Filippino accorde toute son attention aux détails précieux représentés ici par la transparence des voiles et la décoration des nimbes et des vêtements.
La datation proposée indique que Filippino Lippi, après avoir terminé son apprentissage chez Botticelli, entame une carrière autonome en digne continuateur de l'oeuvre de son père. Cet héritage, selon certains historiens de l'art, doit aussi être entendu d'un point de vue matériel : ce retable aurait été dessiné par Filippo Lippi vers 1470 et terminé par son fils.

Sandro BOTTICELLI, Christ en croix - vers 1496 - détrempe sur bois, 157,5 cm x 98,8 cm - Museo di san Domenico, PRATO - (c) Silvana Editoriale, MILAN
C'est du couvent de San Vicenzo, centre névralgique du culte de Savonarole, que provient ce suggestif Christ en croix, découpé et peint des deux côtés à la manière des Christ gothique du XIVème siècle et suivant un modèle qui connut un grand succès dans la peinture florentine entre le XIVème et XVème siècle.
Ce Christ, au corps sinueux, exécuté avec une grande attention au rendu anatomique, est conforme aux préceptes de Savonarole, qui exaltait dans la peinture et la sculpture la représentation du corps souffrant du Christ.
Renseignements pratiques
L'Exposition "Filippino Lippi e Sandro Botticelli nella Firenze del '400" est proposée jusqu'au 12 janvier 2012, à Rome, Scuderie del Quirinale.
Via XXIV Maggio, 16
POUR VOUS Y RENDRE :
Avec l'autobus
40-60-64-70-117-170-H
descendre à l'arrêt "Nazionale/Quirinale"
Avec le Metro
metro A (arrêt "Pza della Repubblica")
metro B (arrêt "Cavour")
Depuis la gare Termini
Piazza dei Cinquecento
recarsi alla fermata Termini (Ma-Mb-Fs)
Prendre la ligne 40 (P.za Pia/Castel S. Angelo) pour 2 arrêts et descendre à "Nazionale/Quirinale" puis à pieds pendant 100 mètres.
du dimanche au jeudi de 10h00 à 20h00 - vendredi et samedi de 10h00 à 22h30. L'entrée est autorisée jusqu'à une heure avant la fermeture.
Billets : 10€
Informations, réservations, visites guidées : Tel. 06 39967500
Informations :



