ENLUMINURES ITALIENNES AU LOUVRE
Date de publication : 15/09/2011
Le Musée du Louvre propose jusqu'au 10 octobre 2011 une remarquable présentation des enluminures conservées dans ses collections et rarement exposées. Voici 5 oeuvres italiennes (parmi 70 pièces de divers ateliers européens) que vous pourrez admirer dans les salles Mollien.
Exposition
Atelier des enlumineurs du Legendarium hongrois-angevin
Quatre Scènes de la vie de saint François
Bologne et Hongrie, vers 1335-1340
H. 219 mm ; L. 186 mm - Cabinet des dessins, RF 29940
Quatre scènes de la vie de saint François, feuillet du Legendarium hongrois-angevin - Bologne et Hongrie - vers 1335-1340 - (c) RMN / Michèle Bellot
Le manuscrit du Legendarium hongrois-angevin est le produit d'un grand atelier dont les artistes étaient des hongrois formés à Bologne ou des Bolonais travaillant en Hongrie. Ce manuscrit a vraissemblablement été commandé par Charles Robert d'Anjou, roi de Hongrie, pendant la deuxième moitié (ou la fin) des années 1330.
Au début du cycle des seize scènes composant sa vie, le saint est vêtu de blanc, les cheveux lui tombant sur les épaules, ce qui se rapporte à l'époque antérieure à la fondation de l'ordre franciscain. Sur l'image I du folio du Louvre (en haut à gauche et agrandie ci-dessous), François descendu de son cheval, les éperons au pieds, embrasse un lépreux. On remarque que ce dernier est surmonté d'un nimbe cruciforme qui l'assimile au Christ. Dans la Légende Dorée de Jacques de Voragine l'événement est décrit ainsi : "lors d'une tentation, le Seigneur lui fit entendre ces paroles : "François, les choses amères, prends-les pour douces, et méprise toi toi-même, si tu désires me connaître". Il rencontra alors un lépreux, et quoique toous ceux qui sont affligés de cette maladie soient un sujet d'horreur, il se rappela l'oracle divin et courut embrasser ce lépreux, qui disparut aussitôt après." Il s'agit donc d'un tournant dans la vie de François.

Quatre scènes de la vie de saint François, détail de la première représentation - vers 1335-1340 - (c) RMN / Michèle Bellot
Sur l'image II de ce même feuillet, le saint priant dans sa solitude d'ermite, symbolisée par un paysage rocheux et boisé, voit apparaître le Christ crucifié dont les blessures saignent. Nous savons que François menait une vie d'ermite près de la ville d'Assise, et que, dans une grotte, il priait Dieu afin de changer son mode de vie. l'explication de cette scène se retrouve chez saint Bonaventure qui parle des sept apparitions du Christ crucifié à saint François. La première, rarement représentée (la plus connue étant celle de la Stigmatisation - la septième), concerne justement le détachement du monde.
Le scène III représente François, debout, la main levée (geste de la prière), parmi lesmendiants assis devant une église. Ceux dont le visage est tourné vers lui semble écouter l'un de ses sermons. Son premier biographe, Thomas de Celano, relate la prédication de l'Evangile et la conversion des six premiers frères. Ici, vous pouvez voir l'homme le plus proche de François en train d'enfiler l'habit blanc. La silhouette nimbée (auréolée), les cheveux couvrant ses épaules, assise au premier plan, est sans doute sainte Claire. Cette scène incorpore également un autre événement de la vie légendaire : peu après sa conversion, François ce défit de ses vêtements précieux, se rendit à Rome en pèlerin et se mêla aux mendiants dans l'atrium de la basilique Saint-Pierre.
La scène IV montre un homme richement vêtu d'un habit rouge et coiffé d'un chapeau, qui tient dans sa main un objet semblable à une pierre, tandis que l'autre homme, vêtu d'une manière plus simple, roue de coups de bâton le saint nu, agenouillé en prière, dont le corps est couvert de lésions, le sang jaillissant de sa tête et de son flanc. A l'arrière plan, un confrère de François prie tandis qu'en haut à droite la main du Seigneur apparaît, ceinte de rayons. Il s'agit de l'illustration du retour de François à Assise où, en raison de son apparence minable, il fut insulté et traité d'incensé. Même son père " vint vers lui en hâte, non pour le délivrer, mais pour le perdre. Sans aucune clémence, il se jeta sur lui comme un loup sur un agneau".
Cette page est remarquable puisque les thèmes de ces scènes sont rarement choisis et représentés.
Maître de Sant'Eugenio (Cola di Fuccio ?)
L'Annonciation
Sienne - vers 1316-1348
H. 170 mm ; L. 159 mm - Cabinet des dessins, Inv. 1313

L'Annonciation, Maître de Sant'Eugenio - vers 1316-1348 - (c) RMN / Thierry le Mage
Le miniaturiste, incontestablement l'un des meilleurs artistes siennois dans ce domaine, dut recevoir sa formation dans le cercle des peintres gravitant autour de Duccio. Cette initiale historiée fait partie d'une série dont le texte liturgique et l'iconographie augustinienne révèlent qu'ils proviennent d'un graduel augustinien richement illustré et démembré à une date inconnue.

Le corps de la lettre V offre un aperçu sur une pièce séparée par deux arcs brisés où l'ange, tout juste arrivé, s'aprprête à annoncer sa future maternité divine à la Vierge debout devant lui, humble et calme. Ici, l'artiste adopte une conception spatiale en intégrant l'ange et la Vierge dans un élégant espace sacré, qu'il articule de manière convaincante et avec soin selon une perspective empirique inspirée des intérieurs de Pietro Lorenzetti (cf. La Naissance de la Vierge pour la cathédrale de Sienne, 1342, Museo dell'Opera del Duomo, Sienne).
Pacino di Bonaguida
La Vocation de saint André - Feuillet du Laudario della Compagnia di Sant'Agnese
Florence - entre 1303 et 1343
H. 470 mm ; L. 340 mm - Cabinet des dessins, Inv. 9828

La Vocation de saint André, Pacino di Bonaguida - entre 1303 et 1343 - (c) RMN / Thierry Le Mage
La scène représentée ici s'écarte des récits évangéliques de l'épisode (Mt 4, 18-19 ; Mc 1, 16-17), dans lesquels André et son frère Pierre sont appelés par Jésus tandis qu'ils pêchent sur la mer de Galilée. Trois peintures monumentales de la même période (Guido di Siena à la Pinacothèque de Sienne ; Deodato Orlandi à San Piero a Grado de Pise et Duccio di Buoninsegna à la National Gallery de Washington) présentent Pierre comme le seul protagoniste. En revanche, sur cette feuille du Louvre, André est accompagné d'un jeune homme et c'est pour cette raison que l'historien de l'art R. Offner a proposé de voir dans cette enluminure l'appel des fils de Zébédée, c'est à dire saint Jacques et saint Jean l'Evangéliste ( Mt 4,21-22 ; Mc 1,19-20) juste après l'appel d'André.

La Vocation de saint André, Pacino di Bonaguida - entre 1303 et 1343 - (c) RMN / Thierry Le Mage
Mais cette interprétation est démentie par le texte qui accompagne l'initiale enluminée et par l'habitude, dans les manuscrits liturgiques, d'introduire par la vocation de saint André le premier dimanche de l'Avent au début du cycle temporal. Il est cependant possible qu'un certain rapprochement entre les deux épisodes ait été ici voulu, et que R. Offner ait eu raison de proposer son interprétation.
Lorenzo Monaco
La naissance de la Vierge
Florence - fin du XIVème siècle
H. 477 mm ; L. 375 mm - Cabinet des dessins, RF 388

La Naissance de la Vierge, Lorenzo Monaco - Florence, fin du XIVème siècle - (c) RMN / Thierry Le Mage
Cette initiale historiée représentant la Naissance de la Vierge a été découpée dans un antiphonaire. La qualité de l'ornementation, en tout point semblable à celle qui caractérise certains manuscrits de la même époque issus du scriptorium camaldule de Santa Maria degli Angeli. Son style semble permettre de l'attribuer au plus prestigieux des artistes actifs pour cette communauté, Lorenzo Monaco, dont la renommée d'enlumineur tient justement à la part qu'il prit à l'importante entreprise décorative des livres de choeur. Il laisse ressortir, à travers ces formes marquées par la douceur, sa proximité avec certains modèles anciens.
Maître des Statuts milanais de 1498
Saint Ambroise vu en buste
Milan - fin XVème siècle, début XVIème siècle
H. 115 mm ; L. 146 mm - Cabinet des dessins, RF 1074

Saint Ambroise vu en buste - Milan, fin XVème siècle, début XVIème siècle - (c) RMN / Thierry Le Mage
Le nom conventionnel de cet artiste vient d'un exemplaire sur parchemin enluminé des Statuta civilta Mediolani imprimé en 1498. On remarquera la manière sèche de dessiner les plis des drapés ainsi que l'aspect étrange de la barbe et des cheveux aux boucles denses. Par son style âpre et son trait appuyé, il multiplie les plis anguleux des tissus et compose un portrait un peu raide de saint Ambroise, au visage presque tuméfié. L'iconographie adoptée est traditionnelle, aux attributs de l'évêque s'ajoutant le fouet, symbole de la lutte contre l'hérésie arienne.
L'héritage de la tradition lombarde s'apprécie dans le goût pour l'exubérance décorative et pour une palette de couleurs saturées et émaillées. Le répertoire mélange des motifs modernes inspirés de l'orfèvrerie - les pierres et les perles enchassées, fréquentes dans la production milanaise de l'époque - à d'autres de tradition gothique. Le corps de la lettre, creusé par des sortes d'archères se terminant en trèfles, évoque les initiales à dessin architectural si typiques des manuscrits lombards du gothique tardif.
Pour en savoir plus :
Lire l'article d'actualité sur narthex.fr : http://www.narthex.fr/actualites/enluminures-du-moyen-age-et-de-la-renaissance-la-peinture-mise-en-page-au-musee-du-louvre
Exposition "Enluminures du Moyen Age et de la Renaissance"
jusqu'au 10 octobre 2011
Accès : Aile Denon, premier étage, salles Mollien
Accès avec le billet d’entrée du musée : 10 € ; tous les jours de 9h00 à 17h45 sauf mardi, nocturnes mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.
Renseignements
Tél. 01 40 20 53 17 - www.louvre.fr



