ANDREA POZZO à SAINT-IGNACE (ROME)
Date de publication : 10/11/2011
Ensemble magistral qui saisit le visiteur, la fresque du père jésuite Andrea Pozzo réalisée pour l'église Sant'Ignazio de Rome rappelle la vocation missionnaire de la Compagnie de Jésus.

Andrea POZZO, Allégorie de l'oeuvre missionnaire des jésuites - 1691-1694 - Fresque, 36m x 17m - église Sant' Ignazio, ROME.
Le père Andrea Pozzo (1642-1709) fut appelé à Rome pour décorer l'église Sant'Ignazio, la plus importante église jésuite de la ville après le Gesù. Il fallait réaliser une fresque pour l'abside et une autre, monumentale, pour la voûte de la nef.

Andrea POZZO, Scènes de la vie de saint Ignace - Fresque - Abside de l'église Sant' Ignazio, ROME.
La fresque de l'abside représente des épisodes de la vie du fondateur de la Compagnie de Jésus, alors que la voûte est dédiée à une apothéose du missionnaire. Intitulée Allégorie de l'oeuvre missionnaire des jésuites, la composition s'inspire d'une parole du Christ citée par l'évangéliste Luc : "Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il fût déjà allumé" (Lc, 12, 49).

Andrea POZZO, Allégorie de l'oeuvre missionnaire des jésuites (détail) - 1691-1694 - Fresque - église Sant' Ignazio, ROME.
Au centre apparaît la Sainte Trinité. Le rayon de lumière qui en émane se dirige vers saint Ignace, porté sur une nuée par des anges. De là, la lumière se divise en quatre faisceaux correspondant aux quatre continents connus alors. Leurs allégories sont représentées en trompe l'oeil, comme posées sur l'attique de l'architecture. La lumière divine est donnée par le Christ à Ignace : il va la répandre à travers le monde.

Andrea POZZO, Allégorie de l'oeuvre missionnaire des jésuites (détail) - 1691-1694 - Fresque - église Sant' Ignazio, ROME.
D'autres jésuites, plus ou moins éloignés du fondateur de leur ordre en fonction de leur rang, de même que de nombreux orants, peuplent les cieux. Certains éléments architecturaux réels se poursuivent en trompe l'oeil. La voûte en berceau se transforme en apparence en un espace inondé de lumière. Avec une richesse inventive inépuisable, l'artiste joue si magistralement de l'interpénétration de l'espace réel de l'édifice et du ciel peint qu'ils deviennent impossibles à distinguer l'un de l'autre.

Andrea POZZO, Allégorie de l'oeuvre missionnaire des jésuites (détails : L'Afrique, ci-dessus et l'Amérique, ci-dessous) - 1691-1694 - Fresque - église Sant' Ignazio, ROME.

Les allégories des continents se tournent vers le saint, transfigurées, car converties et libérées de l'hérésie et des cultes païens grâce au travail des missionnaires. Nous sommes ici plongés dans la réthorique chère à la Contre Réforme catholique qui magnifie le dépôt de la foi et veut convaincre de la présence du Salut proposé par l'Eglise. Le pape Grégoire XIII fit bâtir en 1583 le Collegio Romano qui entoure l'église Saint-Ignace. Là, se formèrent d'innombrables générations de jésuites. Il fut un solide support culturel et théologique pour battre en brèche les thèses de la Réforme, restaurer l'autorité de l'Eglise romaine, faire appliquer les disposition du concile de Trente et perpétuer l'oeuvre de diffusion du catholicisme dans le Nouveau Monde.

Andrea POZZO, La coupole en trompe l'oeil - Fresque - église Sant' Ignazio, ROME.
Pozzo lui-même a fait marquer par un disque de marbre sur le pavement de la nef l'endroit où le spectateur doit se placer s'il veut embrasser la totalité de l'architecture peinte, conçue en perspective centrée. Ainsi, en se déplaçant vers l'abside, il s'aperçoit que la coupole placée devant le choeur est... un trompe l'oeil (Pozzo réalisera la même prouesse en 1704, à Vienne, dans l'église des Jésuites).
Renseignements pratiques
L'église Sant' Ignazio (Piazza S. Ignazio) fait partie de l'imposant pâté de maisons que constitue le Collegio Romano. Elle est accessible depuis la Piazza della Rotonda (Panthéon) par la Via del Seminario ou par la Via Caravita depuis la Via del Corso.
Ouverture tous les jours de 7h30 à 12h30 et de 15h00 à 19h15. Pas de visite pendant les offices religieux.
P. Frédéric Curnier-Laroche
Le 10 novembre 2011



