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Préludes pour l'an nouveau

Publié le : 11 Janvier 2016
La musique n’aurait-elle pas quelque chose à nous apprendre en cette période où nous nous tournons vers l’avenir que nous souhaitons heureux pour tous ? Qui peut dire ce que sera 2016 ? Ainsi que la musique, l’année nouvelle se présente à nous comme un prélude ou une ouverture. Les premiers jours de l’année comme les premières notes d’un prélude colorent déjà mystérieusement ce qui sera donné par la suite : bref voyage à travers quelques préludes…

Voici pour commencer un « prélude non mesuré » de Louis Couperin, l’oncle de François dit « Couperin le Grand ». La partition ne donne que quelques notes, laissant au claveciniste le soin d’enchaîner au gré de son savoir-faire et de son invention. Le musicien se lance dans l’improvisation, sans savoir exactement ce qui va se passer : la musique se cherche et se trouve au fur et à mesure de son déroulement. C’est un peu comme le début d’une année : nous savons comment elle commence, mais où nous conduira-t-elle ?

Mais nous voudrions bien pouvoir contrôler les évènements. Nous programmons, nous projetons, nous anticipons, nous prévoyons, nous organisons : un peu comme une Ouverture dite à la Française. La musique se déroule à l’image d’une architecture classique comme la façade sur jardin du château de Versailles sur le principe de la symétrie : l’ouverture de l’opéra de Lully « ATYS » en est un bel exemple. Tout est bien à sa place, l’ouverture se déploie en trois parties enchaînées : une marche lente et solennelle ouvre l’opéra suivie d’un mouvement rapide en imitations (les instruments reprennent entre eux les différents thèmes) puis l’œuvre se conclue sur la reprise de la marche initiale. Mais nous savons bien que rien ne se passe exactement comme on le prévoit.

Une année nouvelle, ce sont des espérances partagées, c’est une page vierge ouverte sur tous les possibles, une lumière fascinante parce que prometteuse de bonheurs attendus. C’est la lueur de l’aube comme nous la montre Turner, par exemple, lui qui sut si bien peindre l’immatérialité de cette lumière du jour en son commencement :

William Turner, lever de soleil sur un lac, 1840, Tate Gallery de Londres © grandspeintres.com

Une année nouvelle, ce sont des espérances partagées, c’est une page vierge ouverte sur tous les possibles, une lumière fascinante parce que prometteuse de bonheurs attendus.

Mais le passage vers une année nouvelle n’efface pas le poids de nos doutes et de nos souffrances. Ecoutez comment Frédéric Chopin se révèle dans ce Prélude n° 6 opus 28 : sur une succession immuable d’accords à la main droite à l’image du temps qui s’écoule inexorablement, la main gauche chante les élans trop souvent brisés de son âme sous la forme d’une montée mélancolique suivie d’une chute qui ne détruit pas toutefois l’espérance d’une nouvelle ascension interrompue elle aussi, cela jusqu’à la fin de cette belle page.

Mais l’inconnu d’une année nouvelle, c’est aussi l’écoute de ce qui advient d’inattendu, de merveilleux peut-être… Nous sommes ici au plus près de l’expérience musicale : il s’agit, pour le musicien comme pour l’auditeur, d’être prêt à recevoir ce qui arrive. La musique a ceci de merveilleux : nul ne peut savoir avec certitude ce qui va se passer juste avant qu’elle ne sonne. C’est une belle image d’une nouvelle année : nous aurons à accueillir ce qu’elle nous proposera. Comme le musicien, il s’agira d’être « à l’écoute ». Claude Debussy aurait-il raison ?
« N’écoutez les conseils de personne, sinon du vent qui passe et nous raconte les histoires du monde. »
Nous écoutons le prélude de Claude Debussy intitulé : « Le vent dans la plaine »

La musique, le silence, la durée lentement écoulée, l’écoute intérieure, c’est à tout cela que nous invitent les grands musiciens, dans les œuvres elles-mêmes et dans la manière de les donner à entendre. Quel magnifique exemple d’écoute bienveillante, consciente, attentive, nous donne le grand chef d’orchestre Claudio Abbado dans ce prélude de l’opéra de Richard Wagner « Lohengrin » ! La musique toujours suspendue au plus aigu des cordes ouvre nos oreilles à recevoir l’inouï du mystère. Les bras du chef sont-ils les instruments premiers de son art ? N’est-ce pas plutôt son regard à la fois totalement ouvert sur ce qu’il entend des musiciens et tout autant sur son écoute intérieure. Une année qui s’ouvre est un peu comme cela : nos attentes profondes et ce qui nous est donné.

Que ces quelques préludes en musique vous expriment tout ce que je peux vous souhaiter : une année 2016 qui vous comble de beauté, qui nous donne des oreilles et des yeux ouverts pour admirer ce qui nous sera donné et ne pas perdre l’espérance dans les moments plus difficiles que nous aurons à traverser.

Comme le chantent les chrétiens au psaume 146 :

« Il est bon de fêter notre Dieu,
il est bon de chanter sa louange !...
Il couvre le ciel de nuages,
il prépare la pluie pour la terre ;
il fait germer l’herbe sur les montagnes
et les plantes pour l’usage des hommes ;
Il donne leur pâture aux troupeaux,
aux petits du corbeau qui la réclament. »

Emmanuel Bellanger

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Emmanuel Bellanger

Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à l’Institut Grégorien, Emmanuel Bellanger a mené une carrière d’organiste comme titulaire de l’orgue de Saint Honoré d’Eylau à Paris, et d’enseignant à l’Institut Catholique de Paris : Institut de Musique Liturgique et Institut des Arts Sacrés (aujourd’hui ISTA) dont il fut successivement élu directeur. Ancien responsable du département de musique au SNPLS de la Conférence des évêques de France, il est actuellement directeur du comité de rédaction de Narthex. Il s’est toujours intéressé à la musique comme un lieu d’expérience sensible que chaque personne, qu’elle se considère comme musicienne ou non, est appelée à vivre.

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