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Les musiciens du ciel

Publié le : 29 Mai 2017
Qui ne s’est pas surpris, aux premiers jours du printemps, à se laisser envoûter par le chant des oiseaux au petit matin alors que la rumeur de la ville n’a pas tout recouvert ? Autant que la lumière, c’est bien le retour de ces multiples voix que nous percevons comme un retour à la vie après l’engourdissement hivernal. On pense tout de suite à Olivier Messiaen. Mais cherchait-il uniquement à imiter le plus fidèlement possible le chant des oiseaux dans sa musique ou poursuivait-il un autre but ?

L'arbre qui chante, Dom Robert (détail)
OLIVIER MESSIAEN ORNITHOLOGUE

« J’aime les chants d’oiseaux. Je les ai toujours aimés et je les note depuis des années. Quand j’ai commencé à les noter, je devais avoir dix-sept ou dix-huit ans, je le faisais très mal |…] J’ai pris des leçons sur le terrain avec des ornithologues de renom. »

Ce texte nous livre de précieuses informations :

= le rapport de Messiaen avec les oiseaux est de l’ordre de la fascination : c’est ainsi, cela ne s’explique pas : « Dès que j’entends un chant d’oiseau, je récupère mes forces et j’oublie mes soucis […] Je ne souffre alors ni du froid, ni de la chaleur, ni de la faim : j’écoute l’oiseau. »

= Mais le compositeur n’en est pas resté au stade de la fascination. Il a approfondi ses connaissances ornithologiques dans un double objectif : chercher comment transcrire le plus fidèlement possible ces chants sur une feuille de papier et s’en inspirer pour explorer des terres inconnues de la composition musicale contemporaine.

OLIVIER MESSIAEN COMPOSITEUR

Comment libérer la musique des carcans dans lesquels elle est enfermée ?

= carcan de la métrique que matérialisent les barres de mesure et le poids de la pulsation régulière qu’elles signifient ?

= Comment libérer le langage du carcan tonal, vocabulaire certes riche mais quand même limité ?
La musique n’est pas un art de l’imitation ; un ornithologue aurait bien du mal à identifier avec assurance un chant d’oiseau à partir des traductions musicales qu’en a donné Olivier Messiaen. 

Cependant celui-ci n’aurait pas écrit sa musique comme il l’a fait s’il n’était pas parti de ces chants recueillis dans la nature tout au long de sa vie.

Les chants d’oiseaux lui ont ouvert une voie nouvelle dans deux directions :

1° une extrême liberté rythmique, hors de toute mesure.

2° une nouvelle manière de combiner les sons entre eux : non plus des accords consonants ou dissonants mais des superpositions inédites de sons pour produire des timbres découverts à l’écoute des oiseaux. C’est bien la couleur des accords qu’il faut entendre et non les notes qui les composent.

LE MYSTERE DES OISEAUX

Pour Olivier Messiaen, l’oiseau « incarne la liberté totale… la sûreté de l’improvisation. » Il présente « une valeur spirituelle : les oiseaux sont les messagers du divin, jouissent d’une providentielle infaillibilité de l’instinct ». C’est par la recherche de toute une vie à l’écoute de ces maîtres que sont les oiseaux qu’Olivier Messiaen a construit son œuvre. C’est en travaillant sur ce que le compositeur François-Bernard Mâche appelle le formalisme du chant d’oiseaux (dans ses aspects les plus techniques) que Messiaen atteint une forme d’expérience mystique au-delà de la musique même.  

ECOUTONS

En 1953, Olivier Messiaen propose au festival de musique contemporaine de Donaueschingen en Allemagne le Réveil des Oiseaux. C’est l’enregistrement de la création que je vous propose : Yvonne Loriod est au piano, l’orchestre dirigé par Hans Rosbaud.

1° Minuit.

2° Quatre heures du matin, le réveil des oiseaux.

3° Chant de la matinée.

4° Midi.

 

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Emmanuel Bellanger

Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à l’Institut Grégorien, Emmanuel Bellanger a mené une carrière d’organiste comme titulaire de l’orgue de Saint Honoré d’Eylau à Paris, et d’enseignant à l’Institut Catholique de Paris : Institut de Musique Liturgique et Institut des Arts Sacrés (aujourd’hui ISTA) dont il fut successivement élu directeur. Ancien responsable du département de musique au SNPLS de la Conférence des évêques de France, il est actuellement directeur du comité de rédaction de Narthex. Il s’est toujours intéressé à la musique comme un lieu d’expérience sensible que chaque personne, qu’elle se considère comme musicienne ou non, est appelée à vivre.

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