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Le chant de la paix

Publié le : 6 Octobre 2014
Des mots comme menaces, guerre, luttes, violence, souffrances, exodes, réfugiés, remplissent les colonnes de nos journaux. Alors que l’aspiration à la paix ne cesse d’habiter les cœurs de «bonne volonté ». Il y a plus de cinquante ans, le compositeur Darius Milhaud (1892-1974) offrait au monde sa cantate « Pacem in terris » sur le texte de l’encyclique du pape Jean XXIII. Mais que peut bien apporter à ce texte une musique si belle soit-elle ?

Monument aux martyrs d'Oradour-sur-Glane, Apel-Les Fenosa, 1944 ©Adagp, Paris 2014

Il peut paraître surprenant qu’un tel texte ait inspiré un musicien : la qualité poétique d’une encyclique pontificale n’est pas l’objectif recherché. Pourtant Milhaud a immédiatement accepté lorsque lui fut proposé ce défi. L’homme profondément religieux qu’il était, fidèle à la religion de ses Pères, le judaïsme, s’est enthousiasmé pour cet hymne à la justice et au respect de tout homme.

Mais répandre sa musique sur des mots de cette profondeur engage profondément le musicien, exige de lui une totale honnêteté. Il nous impose sa lecture tout en nous laissant la liberté de l’entendre à notre façon.

L’histoire de cette cantate est intéressante : elle fut proposée à Milhaud par Michel de Bry, secrétaire de l’Académie du disque français. « Collaborer avec le pape ! » s’est écrié étonné et quelque peu incrédule le compositeur. Demande fut adressée au Vatican de ne prendre que des extraits du texte, demande à laquelle accéda volontiers le Saint-Père en y mettant une condition : puisque le texte émanait de l’Eglise Catholique et que le compositeur était de religion juive, il souhaitait que le chef d’orchestre soit protestant.

Ainsi l’acte musical en sa première manifestation serait un témoignage d’entente harmonieuse entre les religions. Ce qui fut fait : la création eut lieu à Paris le 20 décembre 1963 sous la direction de Charles Münch. Cela ne résonne-t-il pas fortement dans notre monde actuel ?

La cantate Pacem in terris opus 404 de Darius Milhaud se divise en 7 parties :

le désir de paix,
la liberté de religion,
la justice et l’égalité entre les hommes,
le rejet du racisme,
le droit au travail,
l’urgente préservation de la paix,
la fraternité entre les peuples.

Deux détails seulement pour nous aider à entendre cette musique : l’effectif est impressionnant puisqu’il réunit un grand orchestre symphonique, un chœur nombreux et deux solistes, contralto et baryton. Par ce grand nombre de musiciens réunis. Il s’agit de faire percevoir l’universalité du message : tout le monde est appelé à la paix. En musique, le son et la manière dont il est produit est déjà porteur de sens. Les voix qui dialoguent entre elles ou se fondent dans une unique polyphonie traduisent cette recherche universelle de la paix.

Dernier détail comme une lumière finale qui éclaire l’ensemble. Seule la musique permet cela : entendre plusieurs mélodies ensemble transfigure le texte, dire sans dire mais inviter à se laisser emporter vers sa propre liberté. Dans les dernières mesures de cette cantate, vers la 48ème minute, se superpose au chant des solistes et du chœur un choral plusieurs fois traité par Jean-Sébastien Bach : «  Liebster Jesu wir sind hier : Cher Jésus nous sommes ici pour entendre ta parole. Dirige nos pensées et nos désirs vers les doux enseignements du ciel afin que nos cœurs soient entièrement attirés de la terre vers toi ».   

Le compositeur juif Milhaud a choisi librement de clore son œuvre sur ce choral. Appel au dialogue entre les religions, rejet de toutes formes d’exclusions, comme tout cela a besoin d’être proclamé, chanté, crié en notre temps !

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Emmanuel Bellanger

Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à l’Institut Grégorien, Emmanuel Bellanger a mené une carrière d’organiste comme titulaire de l’orgue de Saint Honoré d’Eylau à Paris, et d’enseignant à l’Institut Catholique de Paris : Institut de Musique Liturgique et Institut des Arts Sacrés (aujourd’hui ISTA) dont il fut successivement élu directeur. Ancien responsable du département de musique au SNPLS de la Conférence des évêques de France, il est actuellement directeur du comité de rédaction de Narthex. Il s’est toujours intéressé à la musique comme un lieu d’expérience sensible que chaque personne, qu’elle se considère comme musicienne ou non, est appelée à vivre.

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