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La musique toujours...

Publié le : 30 Novembre 2015
Il y a quarante ans, le compositeur russe Dimitri Chostakovitch mourait à Moscou. Il était né à Saint-Pétersbourg en 1906. Auteur de quinze symphonies, il nous laisse dans son œuvre abondante le témoignage musical d’un artiste qui a dû mener sa carrière dans des circonstances difficiles et des violentes : la guerre, le régime soviétique… Chercher le chemin du beau dans un tel monde, cela est-il vraiment utile ?

Polénov, La forêt brûlée, 1881 © noelhemon.wordpress.com 

Une catastrophe vient d’arriver dans ce bois : un incendie a tout brûlé sur son passage : ne restent que quelques souches consumées et une pauvre femme qui cherche quelques malheureux débris parce qu’elle n’a plus rien pour vivre. Mais tout n’est pas perdu : si elle se retournait, elle verrait comme nous que la vie est toujours la plus forte. La femme regarde à ses pieds, l’artiste nous montre la forêt au loin. Il y aurait là sans doute à méditer sur la place de l’artiste dans notre société, particulièrement en ces temps troublés qui sont les nôtres.

Chostakovitch en 1941 © diapasonmag.fr

Dimitri Chostakovitch fut un de ces artistes. Il écrivit sa 8ème symphonie en 1942, année cruciale pour la Russie où l’avenir était bien incertain, plongée dans la violence de la guerre et les souffrances qu’elle entraîne pour tous. L’art, en aucun cas bien sûr, ne peut apporter de réponse efficace dans ce genre de circonstances, et pourtant… La musique n’ouvre-t-elle pas la porte à l’espérance ? N’est-il pas plus indispensable que jamais que des artistes se lèvent pour crier la souffrance et l’espérance des hommes ? Dans cette symphonie, Chostakovitch fut un de ceux-là. Voici ce qu’il disait à propos de cette œuvre : "J’ai voulu recréer le climat intérieur de l’être humain assourdi par le gigantesque marteau de la guerre. »
De même que la femme du tableau ne voit pas les arbres reverdir derrière elle, de même nous n’entendons pas le chant d’espérance que, malgré la violence du monde, les artistes continuent de chanter.

En ces temps de troubles et de violence que nous vivons actuellement, l’art ne serait-il pas une forme de réponse à l’aveuglement  qui ne mène qu’à la mort ? E.Bellanger

Je vous propose d’écouter intégralement cette 8ème symphonie de Chostakovitch. Il ne s’agit pas d’une évocation, encore moins d’une description de la guerre, mais de la manifestation sonore des états intérieurs de l’artiste, entre cris de révolte que traduisent les stridences des vents ou des cordes, menaces qu’expriment les rythmes implacables des violoncelles et contrebasses, sonneries angoissantes des cuivres… Mais aussi chant des violons au début de l’œuvre, en une longue, très longue mélodie, comme une plainte qui n’en finit pas de se dérouler, mais aussi moments de lumière qui parsèment la symphonie, et surtout cette belle conclusion en DO Majeur qui n’est que transparence, paix, confiance.

En ces temps de troubles et de violence que nous vivons actuellement, l’art ne serait-il pas une forme de réponse à l’aveuglement  qui ne mène qu’à la mort ? 

Cette symphonie est ici dirigée par Evgény Mravinsky (1903-1988), chef d’orchestre à qui Chostakovitch a dédié sa partition.

Mais hélas, depuis que le monde est monde, nous savons que guerre et violences perdurent en tous lieux, y compris à notre porte. Les chrétiens savent que seuls, ils ne peuvent pas grand-chose. La paix véritable n’est pas envisageable parce qu’elle s’oppose à la violence qui habite chacun. La vraie paix, telle est la foi des chrétiens, ne peut venir que de Celui qui a pris la condition humaine pour la donner aux hommes. Comme le chantait un vieux cantique de Noël :
La paix, c’est Toi qui nous la donnes,
La paix offerte à tous les hommes :
La paix de Dieu.

C’est ce que nous aide à entendre cette musique du compositeur russe Alexandre Gretchaninov (1864-1956), en partie contemporain de Chostakovitch. Pendant que  ce dernier poursuivait son propre chemin de créateur dans le monde, Gretchaninov écrivait une musique hors du temps pour nous porter hors du monde : non pour le rejeter ou l’ignorer, mais pour lui trouver son sens profond. Nous écoutons un chant de litanies, supplication vers Dieu pour le monde :

Emmanuel Bellanger

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Emmanuel Bellanger

Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à l’Institut Grégorien, Emmanuel Bellanger a mené une carrière d’organiste comme titulaire de l’orgue de Saint Honoré d’Eylau à Paris, et d’enseignant à l’Institut Catholique de Paris : Institut de Musique Liturgique et Institut des Arts Sacrés (aujourd’hui ISTA) dont il fut successivement élu directeur. Ancien responsable du département de musique au SNPLS de la Conférence des évêques de France, il est actuellement directeur du comité de rédaction de Narthex. Il s’est toujours intéressé à la musique comme un lieu d’expérience sensible que chaque personne, qu’elle se considère comme musicienne ou non, est appelée à vivre.

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