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Fête-Dieu

Publié le : 19 Juin 2017
Nous avons célébré hier la Fête-Dieu, célébration très ancienne dans l’Eglise puisqu’elle fut instituée par le pape Urbain IV en 1264. C’est Saint-Thomas d’Aquin lui-même qui écrivit le texte de l’hymne que l’on chante ce jour-là, le Pange lingua, d’où sont extraites les dernières strophes qui sont devenues le chant symbole même de cette fête : Tantum ergo Sacramentum. Ce texte a inspiré de nombreux musiciens depuis le Moyen-Âge jusqu’à nos jours. En voici trois exemples.

Tantum ergo Sacramentum Veneremur cernui
Adorons donc, prosternés, un aussi grand Sacrement

Et antiquum documentum Novo cedat ritui.
Et que la figure antique le cède au rite nouveau.

Praestet fides supplémentum Sensuum defectui.
Qu’à la faiblesse des sens la foi donne son soutien.

Genitori, Genitoque Laus et jubilatio,
Au Père comme au Fils, gloire et jubilation,

Salus honor virtus quoque sit et benedictio.
Salut, honneur et puissance. Dans la bénédiction,

Procedenti ab utroque compar sit laudatio. Amen.
Louange égale à l’Esprit qui procède de tous deux. Amen.

 

Le monastère baroque de Saint-Florian (Autriche)

Anton BRUCKNER (1824-1896) fut un homme modeste demeuré incompris de ses contemporains mais que la postérité a élevé au rang des grands compositeurs autrichiens. Il eut le privilège d’être inhumé sous l’orgue de l’église abbatiale de Saint Florian près de Linz dont il fut longtemps l’organiste.

Bruckner nous a laissé huit mises en musique différentes du Tantum ergo. Celle que nous proposons est la première. Cela dit assez la piété sincère de l’homme et sa vénération particulière pour le Saint-Sacrement.

Le Tantum ergo en ré majeur, écrit en 1846, reflète fidèlement la jeunesse de son auteur (il avait alors 22 ans) et l’environnement musical dans lequel il a grandi : la simplicité médiévale et l’ornementation baroque s’allient à la sensibilité romantique dans cette page pour chant choral et orgue : la musique suit le texte pas à pas ; elle laisse davantage la place à l’enthousiasme juvénile qu’au recueillement de l’adoration, mais les accents du grand Bruckner – celui des Messes et des dernières Symphonies – sont déjà perceptibles.

 

Jean-Marie Déodat de SEVERAC (1872-1921), musicien originaire de  Cerdagne bien oublié aujourd’hui, n’est pas connu comme compositeur d’œuvres religieuses et pour cause : ce Tantum ergo est son unique page de musique sacrée. Il s’agit d’une de ses toutes dernières compositions qui date de 1920. On discerne dans cette très belle musique l’influence de la Schola Cantorum dont Séverac fut l’élève autour des années 1900.

Ce Tantum ergo est écrit pour chœur a cappella (c’est-à-dire sans instruments) dans la grande tradition du chant liturgique héritée de Palestrina.

Le langage oscille entre la modalité issue du plain-chant (caractère religieux de la musique) et la tonalité moderne.

Le travail mélodique s’inscrit dans la manière de César Franck, musicien dont se réclamait la Schola Cantorum : la mélodie se déploie par amplification progressive du dessin initial. Dès la première note, le premier élément sur Tantum ergo atteint la note si, Sacramentum monte jusqu’au do et ainsi de suite jusqu’au mi sur cernui. La musique semble tourner sur elle-même en s’élargissant progressivement comme dans une spirale. Le Amen final est le meilleur exemple de cette manière d’écrire.

 

La musique de Maurice DURUFLE (1902-1986) est nourrie de chant grégorien. Son Tantum ergo fait partie des quatre motets sur des thèmes grégoriens qui datent de 1960. On y retrouve à la fois la marque originale et subtile de son auteur et la grande tradition du chant polyphonique religieux là encore dans le sillage de Palestrina.

Les sopranes chantent le thème liturgique en valeurs longues que reprennent en canon les ténors tandis qu’altos et basses commentent ce thème librement, créant ces harmonies d’une richesse merveilleuse qui sont la marque de Duruflé. Le climat général de cette musique raffinée est celui du recueillement propre au rite du Salut du Saint-Sacrement auquel elle est destinée.

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DTh
DTh a écrit :
21/06/2017 15:39

Faire entendre pour comprendre et faire comprendre pour entendre, voilà ce fécond va et vient que propose Emmanuel Bellanger dans son blogue. Il réussit ainsi à ouvrir nos sensations qu’il en soit remercié.

Faire entendre pour comprendre et faire comprendre pour entendre, voilà ce fécond va et vient que propose Emmanuel Bellanger dans son blogue. Il réussit ainsi à ouvrir nos sensations qu’il en soit remercié.

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Emmanuel Bellanger

Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à l’Institut Grégorien, Emmanuel Bellanger a mené une carrière d’organiste comme titulaire de l’orgue de Saint Honoré d’Eylau à Paris, et d’enseignant à l’Institut Catholique de Paris : Institut de Musique Liturgique et Institut des Arts Sacrés (aujourd’hui ISTA) dont il fut successivement élu directeur. Ancien responsable du département de musique au SNPLS de la Conférence des évêques de France, il est actuellement directeur du comité de rédaction de Narthex. Il s’est toujours intéressé à la musique comme un lieu d’expérience sensible que chaque personne, qu’elle se considère comme musicienne ou non, est appelée à vivre.

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