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narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

Chanter la Résurrection

Publié le : 27 Mars 2015
La Résurrection du Christ, cœur de la foi des chrétiens, a inspiré les artistes, peintres, sculpteurs ou musiciens, depuis les origines. Mais que donner à entendre de cet évènement dont nul ne fut témoin, que donner à voir de cette lumière qu’aucun mot ne peut décrire ?

Le chant le plus ancien que nous connaissions en Occident pour célébrer la Résurrection est l’introït grégorien du jour de Pâques : comme son nom l’indique, ce chant accompagnait la procession des célébrants. Nous voici plongés au cœur même de cet évènement impensable, inimaginable, indicible. Ce sont les paroles du Christ en train de ressusciter, dialoguant avec son Père, qui nous sont données à entendre avec les mots du psaume 138, versets 6/7 :


Tu as mis la main sur moi.
Savoir prodigieux qui me dépasse. 


Que nous est-il donné à entendre ? Un chant triomphal, une sonnerie de trompettes éclatantes, une polyphonie somptueuse ? Tout au contraire, une musique plane, sans relief spectaculaire, un chant qui laisse les mots se déployer dans un impressionnant dépouillement sonore : à peine une légère volute sur scientia tua.

Le compositeur inconnu de cette pièce a utilisé le quatrième mode (nous dirions aujourd’hui une gamme de mi sans aucune altération), ce mode toujours choisi pour chanter le mystère. On le retrouve, par exemple, le jour de l’Ascension au chant de l’Alléluia sur les paroles du psaume 46, 6 : Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor.

Nous écoutons cet introït de Pâques dans un enregistrement émouvant : il s’agit de la première prise de son des moines de Solesmes en 1904, sous la direction de celui qui fut l’artisan fondateur de la redécouverte du chant grégorien : dom Mocquereau.

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L’organiste Charles Tournemire avait bien compris que la fête de Pâques n’est pas un jour de triomphe, mais d’abord un grand mystère qui nous touche au plus profond de nos questionnements et de nos rêves : vers quelle lumière conduit la Résurrection ? La traduction sonore de cette lumière indescriptible dont parle l’Ecriture ne serait-elle pas le silence ? Voici comment Tournemire, qui fut organiste de Saint-Clotilde à Paris de 1898 à 1939, ouvre la messe du jour de Pâques :

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A travers les siècles, c’est toujours à cette fascination de l’Inconnaissable qui, pourtant, s’est révélé, que se heurtent les artistes : tout juste peuvent-ils nous offrir une discrète ouverture pour nous laisser la liberté d’y regarder et d’y découvrir, petit à petit, la richesse.

Voici comment Guillaume de Machaut chante la Résurrection dans sa Messe de Notre-Dame, composée aux alentours de 1362/63. Un simple allongement à la fin des mots et resurrexit et tertia die pour laisser le temps de la vibration qui invite à mesurer le bouleversement qu’opèrent ces modestes syllabes.

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Au fond, ce qui unit ces musiques, si différentes dans leur habillage extérieur, n’est-ce pas le silence auquel elles introduisent ? Que dire, que montrer de la Résurrection du Christ sinon conduire au silence de l’étonnement, du doute, de la confiance, de l’espérance.

E.B.

         

les vitraux de Sainte-Alix- Woluwé-Saint-Pierre, Jan Goris ©Adagp, Paris 2014
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Emmanuel Bellanger

Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à l’Institut Grégorien, Emmanuel Bellanger a mené une carrière d’organiste comme titulaire de l’orgue de Saint Honoré d’Eylau à Paris, et d’enseignant à l’Institut Catholique de Paris : Institut de Musique Liturgique et Institut des Arts Sacrés (aujourd’hui ISTA) dont il fut successivement élu directeur. Ancien responsable du département de musique au SNPLS de la Conférence des évêques de France, il est actuellement directeur du comité de rédaction de Narthex. Il s’est toujours intéressé à la musique comme un lieu d’expérience sensible que chaque personne, qu’elle se considère comme musicienne ou non, est appelée à vivre.

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