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Visions 6e et 7e du Livre II du Scivias d’Hildegard von Bingen

Publié le : 12 Janvier 2017
Nous sommes maintenant à la moitié du Scivias, à la jonction entre le Livre II et le Livre III. C’est là qu’Hildegard von Bingen évoque le sacrifice du Christ et l’Eglise, l’institution du sacrement eucharistique, qui tient une place fondamentale dans ses visions, comme dans son Traité du sacrement de l’autel.
Vision 6e

                                 

Le sacrifice eucharistique et l’Eglise                                                 La sainte communion

La miniature de gauche nous montre l’offrande du Christ et l’Eglise. Nous voyons, en bas de l’image, l’Eglise couronnée agenouillée devant l’autel du sacrifice eucharistique. Le ciel s’ouvre et un éclair, symbole de l’irradiation de la puissance céleste, descend sur l’offrande eucharistique. Les dons du pain et du vin sont ainsi transformés, par le souffle de l’Esprit-Saint, dans le Corps et le Sang du Seigneur, tout en gardant leur apparence tangible. Ce sacrifice s’opère jusqu’à la fin du monde, en mémoire de l’offrande du Christ sur la croix pour la multitude : « Vous ferez ceci en mémoire de moi ». En haut de l’image, la coupe eucharistique est celle qui servit à recueillir « le sang et l’eau » qui coulaient du côté droit du Christ sur la croix. La présence de Dieu le Père est figurée par la main.

La belle figure féminine royale personnifie l'Eglise (Ecclesia). Reprenant la symbolique du Cantique des cantiques, Hildegard décrit les noces mystiques entre le Christ et l’Eglise. Le cadeau que l’Eglise a reçu du Christ lors de leurs épousailles consiste dans son corps et son sang. L'eucharistie est ainsi le renouvellement répété juqu’à la fin des temps de l’union mystique entre le Christ et l’Eglise. Durant la suite de l'histoire chrétienne, l’Eglise est devenue la mère spirituelle de tous les croyants, qui sont considérés comme ses enfants grâce au baptême. Ainsi les fidèles peuvent, comme l’Epouse, s’unir au Christ, dans la communion eucharistique. Encore faut-il que leur attitude le permette.

C’est pourquoi, la miniature de droite est divisée en deux scènes : en haut, le prêtre se tient devant l’autel lors de la célébration eucharistique de la messe. Il est entouré d’anges rayonnants de la lumière céleste. Dans la miniature du bas, Hlidegard nous montre cinq groupes de personnages aux habits colorés, qui représentent les cinq sens, et aussi les cinq dispositions des fidèles vis-à-vis de la sainte communion : les premiers aux corps brillants et aux âmes ardentes ont foi dans ce sacrement et affirment que c’est le vrai Corps et le vrai Sang du Fils de Dieu. Ils sont illuminés et emplis de l’Esprit-Saint ; ils brûlent de l’Amour céleste.

Les suivants dégagent moins de reflet ; leurs corps et leurs âmes sont plus assombris ; ils doutent encore, comme dit la parole « Que votre cœur est lent à croire ! ». Quant aux trois autres groupes, leurs vêtements sont tachés, noirs ou maculés de sang. Ils représentent les pêcheurs, remplis de haine, d’envie, de méchanceté, qui s’élèvent contre Dieu. Ils découvriront plus tard la source du salut, lorsqu’ils se seront évertués « à laver leurs vêtements dans le sang de l’Agneau » comme dit l’Ecriture. Dieu offre toujours au pêcheur le rachat. Le Père attend de nous que nous croyions. Le Christ reste auprès du Père dans le Ciel, et auprès des hommes sur terre dans la Sainte Eucharistie, comme l’exprime cette prière :

« Père du Ciel, nous te remercions que tu ais fondé l’Eglise par la mort de ton Fils sur la croix et que ton Fils demeure auprès de nous dans le sacrement de l’autel jusqu’à la fin des temps. Tu nous donnes à nous les hommes le Corps de ton Fils comme nourriture et son Sang comme boisson pour notre salut, afin que nous ayons la Vie en plénitude, afin qu’à travers nous les membres, le Corps tout entier du Christ trouve son accomplissement. Nous prions pour la vraie foi, pour l’Amour, pour le profond respect du sacrement de l’Eucharistie. Que cette prière demeure de toute éternité. Amen. »

Ainsi l’ensemble de ces miniatures de la 6e vision figure la célébration de la messe et le sacrement de l’Eucharistie.

                                                             Vision 7e

Le vision 7e du Scivias d’Hildegard von Bingen est figurée par deux miniatures représentant la lutte de l’Humanité contre le Mal et la victoire sur le Tentateur par le sacrifice rédempteur du Christ et par les sacrements dispensés par l’Eglise.

 

L’Ennemi enchaîné  
                                                                                                           Le Tentateur déguisé en marchand

Dans la miniature de gauche, une lumière brillante, aussi haute qu’une montagne, se divise en de multiples flammes représentant les dons de l’Esprit-Saint dispensés aux croyants. Devant la lumière se retrouvent tous ceux qui ont accompli de bonnes actions. Puis, on aperçoit une procession de jeunes filles, vêtues de blanc, transparentes de la tête au pied, elles ont toujours devant les yeux la parole divine. Elles ont résisté au Tentateur, elles quittent la terre et aperçoivent le Ciel. Sur leur chemin se trouve un animal monstrueux, allongé sur le dos, les mains et les pieds entravés par une chaîne rouge, les yeux injectés de sang. C’est le Tentateur qui essaie d’atteindre les hommes de ses flèches empoisonnées.

C’est le vieux serpent qui surgit comme un ver dans les ténèbres de l’incroyance. Il sème le désordre parmi les hommes. Les cinq couleurs de son corps symbolisent les cinq sens de l’homme. Cependant le démon est à terre, enchaîné, par la Résurrection du Fils de Dieu, et les hommes sont protégés par Dieu comme derrière un bouclier.

La miniature de droite montre l’activité de Satan à travers deux vignettes. En bas, sur le marché du monde, le diable, en habile commerçant, vend ses marchandises, étalées sur deux tables : Richesses, Jouissance… De nombreux hommes accourent. Dans la vignette du haut surgit une mer de flammes, qui se divisent en quatre parties. La première flamme jaillit jusqu’aux nuages ; elle représente les hommes qui aspirent au Ciel, croient en la Saint Trinité. La deuxième flamme, entre Ciel et Terre, symbolise ce partage entre avidité terrestre et aspiration céleste. La troisième flamme est posée au sol, elle montre la difficulté des hommes à se détacher des biens terrestres, éphémères, et l’expérience de la grâce divine salvatrice. Ils sont en prière. Enfin, la quatrième flamme nous montre les flammes de l’Enfer dévorant ceux qui n’ont pas voulu reconnaître le vrai Dieu.

Cette allégorie médiévale clôt le livre II du Scivias comme une leçon morale sur la victoire du Christ ressuscité sur les puissances du Mal et de la Mort.

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Martine Petrini-Poli

Martine Petrini-Poli, professeur de lettres (titulaire du CAPES et du Doctorat de 3ème cycle) en classes préparatoires HEC au Lycée de Chartreux et à l’Ecole des Avocats de Lyon (EDA), rédactrice à Espace prépas, Ellipses et Studyrama. Responsable de la Pastorale du Tourisme (PRTL 71).

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