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Vision seconde du Scivias d’Hildegard von Bingen : der Sündenfall (la Chute de l’Ange)

Publié le : 14 Juillet 2016
Le sommaire de la Vision seconde résume le dessin de l’enluminure du Scivias « - Que les anges bienheureux, nullement incités par aucune excitation d'injustice, ne se séparèrent pas de l'amour et de la louange de Dieu. - Que Lucifer considérant la beauté et l'éclat de sa force s'enorgueillit ; et c'est pourquoi avec ceux qui l'imitèrent, il fut précipité de la gloire céleste. »

« Mais Lucifer qui fut précipité de la gloire du ciel à cause de son orgueil, au commencement de sa création, était si beau et si grand, qu'il ne découvrit aucun défaut dans sa beauté et dans sa force. C'est pourquoi, en contemplant sa grâce, et en considérant en lui-même la vertu de sa force, il rencontra la superbe qui lui promit d'entreprendre ce qu'il voudrait, parce qu'il pourrait accomplir ce qu'il entreprendrait. Et voyant le lieu où il pensait trouver sa place, pour y montrer sa beauté et sa force, il se disait en lui-même : Je veux briller là, comme celui-ci  resplendit ici. Ce que ses légions approuvèrent en disant : Ce que tu veux, nous le voulons aussi.

Et comme, exalté dans son orgueil, il voulait accomplir ce qu'il avait médité, le zèle du Seigneur se montrant dans tout son éclat, précipita Satan avec toute son armée dans les ténèbres de flammes ; de telle sorte qu'ils changèrent leur splendeur sereine, en la plus épouvantable noirceur. Pourquoi cela ? Parce que si Dieu n'eût pas repoussé leur présomption, il se fût montré injuste ; car il eût favorisé ceux qui voulaient diviser l'intégrité de la divinité ; mais il abattit leur orgueil, et réduisit à néant leur impiété ; comme il bannit de la présence de sa clarté, tous ceux qui veulent s'opposer à lui (…). »

Sur la miniature, nous voyons un ciel bleu étoilé qui barre la ligne d’horizon. Les étoiles qui illuminaient l’aile de l’ange se ternissent dans sa chute. Tel Icare, il est précipité au sol, où il est saisi par des flammes de couleur noire qui se confondent avec la gueule d’un serpent.  Ce brasier ardent aux vapeurs fétides représente l’univers du mal, l’Enfer, qui est créé par le péché d’orgueil démesuré, d’autosuffisance des anges rebelles.

« Ils ont été rejetés de tout bien, non parce qu'ils l'ignorèrent, mais parce que, dans leur orgueil démesuré, ils le méprisèrent. Que signifie cela ? Dans la chute de Satan, ces ténèbres extérieures, qui concentrent toutes les peines, furent créées. » Cette vision seconde du Scivias d’Hildegard von Bingen s’inspire du Livre d'Isaïe (14,3) contenant un passage qui a été interprété comme une mention de la chute de l'ange rebelle : « Te voilà tombé du ciel, Astre brillant, fils de l'aurore ! Tu es abattu à terre, Toi, le vainqueur des nations ! Tu disais en ton cœur :

Je monterai au ciel,

J'élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ;

Je m'assiérai sur la montagne de l'assemblée,

A l'extrémité du septentrion ;

Je monterai sur le sommet des nues,

Je serai semblable au Très Haut.

Mais tu as été précipité dans le séjour des morts, dans les profondeurs de la fosse. »

La raison de la chute de cet « Astre brillant », de Lucifer, porteur de lumière, semble résider dans un orgueil et une volonté de s'égaler à Dieu et cette opinion a prévalu dans la tradition chrétienne. Le Livre d'Ezéchiel fait également référence à un ange déchu : « Je t'avais installé, et tu y étais, sur la sainte montagne de Dieu [...] et ce jusqu'à ce qu'on trouve de l'injustice en toi. » A partir de là, toute une tradition iconographique puise aussi dans le Livre apocryphe d’Henoch. Celle-ci s’épanouit avec le mythe de l’ange déchu du romantisme littéraire chez Lamartine, Vigny, Byron, et pictural avec les 17 lithographies de Delacroix illustrant le drame de Faust de Goethe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RICARDO BELLVER, L’ANGE DÉCHU, 1877, MADRID
Delacroix, Lithographie de Méphistophélès, 1828

La suite du sommaire indique les sujets abordés par Hildegard dans sa seconde vision : « Pourquoi ni l'homme ni l'ange ne purent-ils délivrer l'homme, mais seul le Fils de Dieu (le put ?) (…) Que parce que l'homme fut rebelle à Dieu, la créature qui lui était soumise, lui devint hostile. - De la beauté du Paradis qui donne la sève et la vigueur à la terre, comme l'âme au corps - Pourquoi Dieu fit-il l'homme tel qu'il pouvait pécher. - Que l'homme ne doit pas scruter l'infiniment grand, puisqu'il ne peut connaitre l'infiniment petit. Que l'homme brille maintenant d'un éclat plus grand, que primitivement dans le Paradis. Comparaison du jardin, de la brebis, de la perle, avec l'homme. De la recommandation de l'humilité et de la charité, qui sont les plus belles des vertus. »

Chagall, La Chute de l’ange, 1923-1933-1947, Huile sur toile, 148X265, Bâle, Kunstmuseum

Dans ces pages, Hildegard rappelle à la fois le fondement de l’union matrimoniale et la valeur de la libre chasteté : « Que la première femme ait été formée de l'homme, cela indique l'union matrimoniale de l'homme avec la femme. Et il faut le comprendre ainsi : cette union ne doit pas être contractée à la légère et dans l'oubli de Dieu, parce que Celui qui forma la femme d'une côte de l'homme, institua cette union pour le bien et pour l'honneur, en formant la chair de la femme de la chair de l'homme. C'est pourquoi, de même qu'Adam et Eve ne firent qu'une seule et même chair, ainsi maintenant l'homme et la femme ne forment qu'une chair, dans l'union de charité, pour multiplier le genre humain (…). Mais maintenant je veux me retourner vers mes brebis très aimantes que je garde au fond de mon coeur, et qui sont la semence de la chasteté ; (car la virginité a été plantée par moi, et mon Fils est né d'une Vierge). C'est pourquoi la virginité est le fruit le plus beau entre tous les fruits de la vallée (…). »


La suite des articles : le 8 septembre 2016

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Martine Petrini-Poli

Martine Petrini-Poli, professeur de lettres (titulaire du CAPES et du Doctorat de 3ème cycle) en classes préparatoires HEC au Lycée de Chartreux et à l’Ecole des Avocats de Lyon (EDA), rédactrice à Espace prépas, Ellipses et Studyrama. Responsable de la Pastorale du Tourisme (PRTL 71).

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