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narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

Vision quatrième du Scivias d’Hildegard von Bingen

Publié le : 22 Septembre 2016
La quatrième vision du Scivias parle de la création de l’âme, de sa croissance et du choix libre qui lui est laissé. La miniature qui rend compte de cette vision de l’Humanité et de la Vie est composée de six vignettes : une grande, à gauche, et cinq petites, à droite.

Meister des Hildegardis Codex 001

Intéressons-nous, tout d’abord, au dessin en hauteur, à gauche : on y aperçoit une femme allongée enceinte, « et je vis comme une forme de femme, ayant dans son sein comme une forme parfaite d’homme » I, 4,16. La femme symbolise la Jérusalem céleste, la mère patrie, Sion, tandis que l’embryon représente l’âme humaine. Voici comment l’âme se présente : « Je suis placée, comme souffle de vie, dans l’homme, dans le tabernacle des moelles, des veines, des os et de la chair ; de telle sorte que je donne vie à ce tabernacle (…) ». Cette âme en devenir est reliée, comme par un cordon ombilical, à « une splendeur plus imposante qui rayonne comme de plusieurs yeux et qui a quatre angles tournés vers les quatre parties du monde, ce qui signifie l’infinité et la pureté de la science de Dieu, dans ses mystères (…). Dans cette forme, une autre splendeur (…) ».

Dans la mandorle au-dessus de la femme, « tu vois aussi, sur la terre, des hommes qui portent du lait dans des vases d’argile et qui en font des fromages ». Cela signifie que, selon la qualité de l’exécution, ils sont plus ou moins « florissants dans leurs oeuvres devant Dieu et devant les hommes. »

De quoi dispose l’âme pour accomplir ses œuvres ? L’homme a en lui trois sentiers qui sont l’âme, le corps et les sens. « L’intelligence exerce sa vertu dans une partie de l’âme, comme la volonté dans une autre. La volonté, en effet, est la grande force de l’âme, car c’est la volonté qui accomplit toutes choses, le bien et le mal (…). Mais la volonté a, dans l’intime de l’âme, un tabernacle (…). Le sens est le signe de toutes les facultés de l’âme, comme le corps est le vase de l’âme (…). Mais l’âme est la maîtresse, la chair est la servante ».

Hildegard von Bingen développe alors, en une métaphore filée, l’image de l’arbre : « Et l’âme pénètre dans le corps comme la sève dans l’arbre, et ses facultés sont comme les rameaux de l’arbre. Comment ? L’intelligence est dans l’âme, comme la verdeur des rameaux et des feuilles ; la volonté comme les fleurs ; l’esprit comme le premier fruit qui sort de lui ; la raison, comme le fruit parfait qui vient à sa maturité ; les sens comme l’extension de sa grandeur. Et c’est de cette manière que le corps dans l’homme est fortifié et soutenu par l’âme (…) » I, 4, 26.

Puis vient l’heure du combat spirituel de cette âme, signifié par les tourbillons ou les montagnes d’eau. Cette thématique est annoncée par la présence diabolique dans la mandorle, servant de transition avec les cinq vignettes superposées à droite. La vignette du haut représente le tabernacle de l’âme attaqué par les flèches de Satan et soutenu par un ange : « Mes ennemis, saisissant leurs carquois attaquèrent mon tabernacle avec leurs flèches (…) et moi-même je ne fus nullement blessée. »

En-dessous, nous discernons les obstacles à surmonter sous la forme d’une lutte de l’âme avec les éléments naturels déchaînés : « Ce que voyant, ils envoyèrent une grande inondation pour me détruire moi et mon tabernacle ; mais, par leur malice, ils n’aboutirent à rien (…) Et sur les confins de cette mer, se dressaient des montagnes, dont les sommets étaient si hauts, que je sentis l’impossibilité de les atteindre. » L’épreuve suivante consiste en une attaque de l’âme par toutes sortes d’animaux répugnants ou fantastiques : « Et comme je voulais descendre dans la vallée, les aspics, les scorpions, les dragons et les autres serpents de cette sorte, venant au-devant de moi, me firent entendre leurs sifflements (…). »

Plafond peint d’animaux fantastiques, XIVe siècle, Cathédrale de Fréjus (photo A. Jacquot-Boileau)

La quatrième vignette représente l’image du pressoir de l’âme humaine par le diable et ses acolytes : « Ensuite m’étendant sur un pressoir, ils m’affligèrent de nombreux tourments ». L’iconographie du pressoir mystique désignant le Christ s’est répandue dans les représentations artistiques Outre-Rhin, mais c’est le Christ lui-même qui s’offre en victime expiatoire de nos péchés. La dernière vignette, en bas, montre l’âme enchaînée par Satan, et la question est posée : « Vais-je retomber de nouveau dans cette captivité où j’étais plongée auparavant ? »

Cependant l’âme reprend force avec la réminiscence de sa mère-patrie, la Jérusalem céleste. L’âme poursuit ainsi sa prosopopée : « Et moi, je déployai ces ailes, et je traversai rapidement tous ces serpents venimeux et mortels. Et j’arrivai devant un tabernacle bâti sur des bases indestructibles. Et, y pénétrant, j’accomplis les oeuvres de lumière, après avoir exercé les œuvres de ténèbres. » L’âme connaît alors la joie spirituelle.

En fait, les dessins d’Hildegard ont une vertu pédagogique : ils visent à avertir ses soeurs moniales et ses frères humains. Aux exhortations et invocations « ô mes très chers fils », « ô hommes » s’ajoutent, de façon pressante, impératifs et ordres : « écoutez donc » « ne perdez pas de vue l’entrée de la céleste Jérusalem ; ne touchez pas la mort, ne niez pas Dieu (...) ». Un libre choix est laissé à l’âme ; la prescience divine n’annihile pas la liberté humaine : « Mais toi, ô homme, tu dis : que fait l’homme, puisque Dieu prévoit tout ce qu’il doit faire ? (…) Lorsque tu dis que tu ne peux opérer les bonnes œuvres, tu le dis dans l’injustice de l’iniquité, car tu as des yeux pour voir (…) ». Hildegard démontre que l’iniquité est la marque, en l’homme, du péché originel : « Mais le Père a envoyé dans le monde son Fils pour la rédemption de l’homme ». Le salut est l’oeuvre de « l’unité dans la Trinité et de la Trinité dans l’unité. »

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Martine Petrini-Poli

Martine Petrini-Poli, professeur de lettres (titulaire du CAPES et du Doctorat de 3ème cycle) en classes préparatoires HEC au Lycée de Chartreux et à l’Ecole des Avocats de Lyon (EDA), rédactrice à Espace prépas, Ellipses et Studyrama. Responsable de la Pastorale du Tourisme (PRTL 71).

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