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narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

Vision première du Scivias d'Hildegard von Bingen

Publié le : 1er Juillet 2016
Dans la préface au Scivias, Hildegard von Bingen relate son expérience précoce des visions qui remontent à l’âge de cinq ans. Cependant, elle n’accepte d’en entreprendre la rédaction qu’âgée de 42 ans, « car, jusqu'au temps où Dieu voulut, par sa grâce, que ces visions fussent découvertes, je me cachai dans le silence. » Dans le livre 1 du Scivias, elle décrit, puis interprète successivement ses six premières visions.

« Je vis comme une grande montagne couleur de fer, et sur elle quelqu'un était assis, resplendissant d'un tel éclat, que sa lumière offusquait ma vue ; et de chaque côté, le voilant d'une ombre douce, une aile, merveilleuse de largeur et de longueur, s'étendait. Et devant lui, au pied de la montagne, une figure toute pleine d'yeux se tenait, de laquelle je ne pouvais distinguer nulle forme humaine, à cause de la multitude d'yeux ; et devant elle, était une autre figure d'enfant, sombrement vêtue, mais chaussée de blanc, sur la tête de laquelle descendit une telle clarté, rayonnant de celui qui était assis sur la montagne, que je ne pouvais plus regarder sa face.

Mais de celui-là même qui était assis sur la montagne, une infinité d'étincelles vivantes s'échappaient, qui enveloppaient ces figures, d'une grande suavité. Dans la même montagne, on distinguait, comme de nombreuses lucarnes, dans lesquelles apparurent comme des têtes d'hommes, les unes sombres, les autres blanches. Et voici que celui qui était assis sur la montagne, s'écriait d'une voix forte et pénétrante, disant : O homme, poussière insaisissable de la poussière de la terre, et cendre de la cendre, crie et parle sur l'origine de l'incorruptible salut (…). »

« Cette grande montagne couleur de fer que tu vois, désigne la force et la stabilité de l'éternité du royaume de Dieu, laquelle ne peut être ébranlée par nul effort d'une mutabilité branlante ; et celui qui est assis sur la montagne, et dont la splendeur est si grande qu'elle offusque ton regard, t'indique dans le royaume de la béatitude, celui-là même qui, dans l'éclat de son indéfectible beauté, commande, comme suprême divinité, à tout l'univers, et est incompréhensible à l'esprit humain (…). »

Le sommaire indique le thème central de la première vision : « De la force et de la stabilité de l’éternel Royaume de Dieu », « die Kraft und die Ständigkeit des ewiges Reiches Gottes ». Puis sont évoqués les pauvres d’esprit qui conservent les vertus qui viennent de Dieu, car les inclinations des actes humains ne peuvent lui être cachées. Ainsi « dans la même montagne, apparaissent de nombreuses lucarnes, à travers lesquelles se montrent comme des têtes d'hommes, les unes sans éclat, les autres rayonnantes de blancheur (…). »

La montagne est traditionnellement, dans la Bible, le lieu de la rencontre avec Dieu : Abraham au Mont Moriyya (Gen 22, 1-19), Moïse au Sinaï (Ex 20, 1-7), Elie au Mont Horeb (1R 19,1-18), préparant le récit de la Transfiguration dans le Nouveau Testament. La montagne est l’image de la grandeur de Dieu, que l’homme ne peut atteindre par ses propres moyens. C’est Dieu qui se révèle à l’homme et entre en dialogue avec lui. Il fait don à Moïse du Décalogue, du code de l’Alliance qu’il Lui faudra renouveler. La manifestation de Dieu s’accompagne de « crainte et tremblement », mais Il se découvre, pour Elie, dans « le bruissement d’un souffle ténu ».

Cette douceur divine est exprimée par Hildegard von Bingen par l’image des deux grandes ailes protectrices qui forment un voile au rayonnement divin. Dans la miniature, Dieu siège au sommet de la montagne, symbole de son Royaume. Il illumine l’humanité entière de ses rayons. La surabondance de la grâce divine touche tous les êtres humains, que l’on aperçoit dans les lucarnes regroupés par deux : « De ces têtes d'hommes, les unes sans éclat, les autres rayonnantes de blancheur » Ces têtes sont plus ou moins rayonnantes selon leur libre acceptation de la grâce divine. Certaines sont sans éclat, d’autres  rayonnantes sont marquées par la pauvreté d’esprit, l’humilité devant la Toute Puissance divine et par le sens du Sacré.

Deux personnages énigmatiques, sur un fond étoilé, forment le premier plan. L’un est tellement inondé de lumière que sa tête est submergée par ce rayonnement : « Sur sa tête, une si grande clarté rayonne de celui qui est assis sur la montagne, que tu ne peux voir sa face ; parce que la sérénité de la visite de celui qui commande avec louange à toute créature, infuse une telle puissance et une telle force de béatitude, que tu ne peux en concevoir l'abondance dans tes mortelles et infirmes considérations ; car, celui qui possède toutes les richesses célestes se soumit humblement à la pauvreté. »

L’autre personnage est constellé de points lumineux, comme le plumage ocellé du paon : « Et devant lui, au pied de la montagne, une figure pleine d'yeux se tient, qui, devant Dieu, en toute humilité, considère le royaume divin, et, fortifiée par la crainte du Seigneur, exerce sur les hommes avec la perspicacité d'une intention droite et juste, son zèle et son appui (…). »

La vision première d’Hildegard correspond au chapitre VII de la Règle de Saint Benoît sur l’Humilité : « Lorsqu'enfin le moine a gravi tous ces échelons d'humilité, il atteint bien vite le sommet de la charité divine d'où est bannie la crainte. Tout ce qu'il ne pouvait accomplir au début sans l'appui de cette crainte, il se met à l'observer par amour, sans nul effort, et, pour ainsi dire, avec l'aisance de l'habitude acquise. Ce n'est plus la peur de l'enfer, c'est l'amour du Christ qui le meut, ainsi que l'entraînement au bien et le charme de la vertu. »

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Martine Petrini-Poli

Martine Petrini-Poli, professeur de lettres (titulaire du CAPES et du Doctorat de 3ème cycle) en classes préparatoires HEC au Lycée de Chartreux et à l’Ecole des Avocats de Lyon (EDA), rédactrice à Espace prépas, Ellipses et Studyrama. Responsable de la Pastorale du Tourisme (PRTL 71).

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