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narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

Vision 10 à 13 Livre III du Scivias d’Hildegard von Bingen

Publié le : 23 Février 2017
Le Christ règne sur la création nouvelle, d’abord sur les vertus, puis sur l’Antéchrist, avant le Jugement final, le triomphe de la Trinité et la réalisation harmonieuse de la Jérusalem céleste. Les visions d’Hildegarde déroulent ainsi l’histoire du salut, de la création du monde à la création nouvelle.
 
DIXIEME VISION

« Ensuite, sur le sommet de l’angle oriental de l’édifice en question, où les deux parties du mur, l’une lumineuse, l’autre en pierre se joignaient, je vis sept degrés d’un marbre éclatant de blancheur, qui paraissaient entourer cette pierre énorme, sur laquelle était le trône du brillant jeune homme d’un port viril et majestueux, de couleur pâle cependant, avec des cheveux noirs qui descendaient répandus sur ses épaules recouvertes d’une tunique de pourpre. Et, regardant de nouveau dans le monde, il criait de toute sa force à ceux qui vivaient dans le monde : « O insensés ! qui croupissez dans la honte et l’inaction, ne voulant tourner un seul regard sur l’excellence de votre âme, mais qui brûlez toujours du désir de faire le mal ; écoutez les paroles que vous adresse le Fils de Dieu. »

10.  LE FILS DE L’HOMME

 

Et sur cette partie de l’orient, au-dessus du plancher de cet édifice, à côté du jeune homme, je vis trois images debout qui regardaient ce jeune homme avec beaucoup de piété (...). Elles avaient toutes, comme les autres vertus, des vêtements de soie (...). Mais l’image, qui était à droite, regardait le cerf, et disait : « De même que le cerf soupire après les fontaines d’eau vive, mon âme soupire après vous, Seigneur » (…). Et le brillant jeune homme, qui siégeait sur le trône me dit encore : « Le Fils du Dieu vivant, né d’une Vierge, est la pierre angulaire, qui a été rejetée par ceux qui, vivant sous la loi de Dieu, devaient l’édifier pour leur salut ; mais ils ont refusé de le faire, préférant les ténèbres à la lumière. Et cependant le Fils de Dieu règne puissamment sur eux, qui ardemment pénétrés des inspirations du Saint-Esprit, se mortifient extérieurement pour leur salut, et se portent de toute la force de leur âme vers les choses intérieures dans la perfection des vertus et des bonnes œuvres. »

11. La Fin des Temps : victoire sur l’Antéchrist
ONZIEME VISION

Image du haut : « Je vis ensuite apparaître, vers l’Aquilon, cinq animaux : L’un ressemblait à un chien tout en feu, mais sans flammes ; l’autre à un lion couleur fauve ; l’autre à un cheval blanc ; l’autre à un porc de couleur noire, et l’autre à un loup de couleur grise ; et tous se tournaient vers l’occident (…) Et voilà qu’à l’orient le jeune homme, (le Christ) que j’avais vu à l’angle de conjonction du mur lumineux au mur de pierre, revêtu d’une tunique de pourpre reparut sur ce même angle de conjonction. »

Image du bas : « Mais cette autre image (l’Eglise) que j’avais vue devant l’autel, c’est-à-dire en présence de Dieu, me fut aussi montrée, mais de manière que je pouvais voir maintenant le reste du corps. Car, depuis le ventre jusqu’au milieu de la structure humaine, elle avait différentes taches de rugosité. Et à cette place, apparaissait une tête monstrueuse et noire, ayant des yeux de feu ; ses oreilles ressemblaient à celles d’un âne, et ses narines et sa bouche étalent celles d’un lion, qui poussait de terribles rugissements (...). » Cet être hybride, cette chimère représente les persécutions que subit l’Eglise, Epouse du Christ, selon l’image du Cantique des Cantiques. Or, « elle en sortira sur la fin des siècles plus forte et plus vigoureuse et, paraissant plus belle et plus glorieuse, elle se présentera à son époux avec plus de douceur et de suavité pour recevoir ses caresses. C’est le sens mystérieux que te présente la vision qui t’est donnée. »

 

La douzième vision nous offre le spectacle de la Résurrection des corps, tel que l’imaginera Agrippa d’Aubigné dans les Tragiques au XVIe siècle.

« Après, je vis tous les éléments et toutes les créatures étaient frappés d’une terrible commotion, le feu, l’air et l’eau rompirent leurs limites, et firent trembler la terre. Les foudres, et tes tonnerres retentirent, les montagnes et les forêts se renversèrent au point que toute âme vivante succomba. Alors tous les éléments furent purifiés, de manière à faire disparaître à jamais tout ce qu’il y avait en eux de souillures. Et j’entendis une grande voix crier avec force par toute la terre, et dire : « O enfants des hommes levez-vous tous, vous qui êtes ensevelis dans la terre. »

12. LE JUGEMENT DERNIER

 

Tout à coup, tous les ossements humains, en quelque lieu qu’ils fussent, de se réunir, de se revêtir de leur chair : tous les hommes de ressusciter avec tous leurs membres et dans leur sexe, les bons tout brillants de clarté, les méchants apparaissant ténébreux, en sorte que l’œuvre de chacun se manifestait clairement en lui-même (...). Et voilà que du côté de l’orient resplendit soudain une grande clarté ; c’était le Fils de l’homme dans une nuée avec le même visage qu’il avait sur la terre, il venait avec les chœurs des Anges, portant à découvert les plaies qu’il avait reçues. Il était assis sur un trône brillant, mais sans feu, ayant sous lui la grande tempête qui devait purifier le monde. »

« (…) Bientôt après, tous les éléments resplendirent dans une sérénité parfaite, comme si la nature se dépouillait d’une peau noire, en sorte que le feu avait perdu pour toujours son ardeur, l’air sa densité, l’eau l’impétuosité de ses vagues, la terre sa fragilité. De même, le soleil, la lune et les étoiles, comme un vaste ornement dans les cieux, brillaient de la plus belle splendeur, et demeuraient fixes, sans orbites, de manière à faire disparaître les vicissitudes du jour et de la nuit. Il n’y avait plus de nuit, c’était continuellement le jour (...). »

12. Des Cieux nouveaux et une Terre nouvelle
 
TREIZIÈME ET DERNIÈRE VISION

« Je vis ensuite un éther splendide, dans lequel j’entendis au milieu de toutes les allégories, une admirable symphonie de toutes sortes d’instruments de musique. »
1/ Louange aux citoyens du ciel
2/ Louanges de ceux qui persévèrent en marchant dans la voie de la vérité
3/ Plaintes de ceux qui sont convertis et ramenés à louer les saints
4/ Le zèle des vertus s’animant pour le salut des peuples

13. LE CHŒUR DES BIENHEUREUX

 

« Et cette symphonie continuait, comme la voix d’une multitude par le zèle des vertus pour le salut des hommes. Malgré les efforts contraires des ruses sataniques, pour porter aux vices, les vertus parvenaient à les déconcerter, en ramenant enfin sous l’inspiration divine les peuples à la pénitence, et elle s’écriait dans son harmonie : «Nous, les vertus, nous sommes en Dieu, nous vivons en Dieu, nous combattons pour le Roi des rois, et nous séparons le bien du mal : Car nous avons été les premiers à combattre ; lorsque nous sommes restés vainqueurs tandis qu’il est tombé celui qui voulait s’élever au-dessus de lui-même. Donc maintenant encore pour secourir ceux qui nous invoquent, rompre les filets du démon, et conduire ceux qui veulent nous imiter jusqu’aux bienheureuses demeures. »

5/ Épiphonème Gémissements des âmes ensevelies dans la chair.
« Oh ! pauvres exilées ! qu’avons-nous fait en nous éloignant par le péché ? nous devrions être les filles du roi et nous voilà tombées dans l’ombre de la mort. O soleil vivifiant ! portez-nous sur vos épaules jusqu’au légitime héritage, que nous avons perdu en Adam. O Roi des rois ! nous combattons vos combats. »

Suit alors un dialogue lyrique entre l’âme fidèle, les vertus et Satan :
« Que tu es folle ! de quoi te sert ton travail ? Vois le monde, il te couronnera d’honneurs »
Cependant, après ce combat spirituel, c’est la victoire du Christ sur l’orgueil et les forces du mal.
« La Victoire : « Réjouissez-vous, mes compagnes, parce que l’ancien serpent est enchaîné. »
Les vertus : « Louanges à vous, ô Christ, roi des Anges ! Qui êtes-vous, Seigneur, pour avoir daigné concevoir en vous-même le grand dessein de fermer ce gouffre infernal aux publicains et aux pécheurs ? Ils brillent maintenant dans la beauté suprême : Gloire à vous donc, ô notre Roi ! ô Père tout-puissant ! C’est de vous que sort la fontaine de l’ardente lumière. Conduisez vos enfants par le vent favorable, qui gonfle les voiles des mers, de manière à nous les laisser diriger heureusement au port de la Jérusalem céleste. »

Et ces voix étaient comme les voix des multitudes, lorsqu’elles font retentir leurs clameurs. Et leur concert me pénétrait tellement, que je compris incontinent ce qu’elles voulaient dire. Alors j’entendis une voix partir de ce même brillant éther pour me dire : Ces louanges continuelles de la voix et des cœurs sont adressées au Créateur suprême, qui soutient lui-même par sa grâce non seulement ceux qui sont debout, qui persévèrent, mais encore ceux qui sont tombés, ou penchés vers la ruine, pour les placer sur des trônes célestes. »

FIN DU SCIVIAS
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Martine Petrini-Poli

Martine Petrini-Poli, professeur de lettres (titulaire du CAPES et du Doctorat de 3ème cycle) en classes préparatoires HEC au Lycée de Chartreux et à l’Ecole des Avocats de Lyon (EDA), rédactrice à Espace prépas, Ellipses et Studyrama. Responsable de la Pastorale du Tourisme (PRTL 71).

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