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narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

Livre I du Livre de Lamentation de Grégoire de Narek : vers les promesses de guérison

Publié le : 14 Janvier 2016
Après avoir montré comment les trois vertus théologales (la Foi, l’Espérance et la Charité) viennent au secours du pécheur, Grégoire de Narek conduit son lecteur vers les promesses de guérison. En effet, la miséricorde de Dieu est toute puissante et recourt aux moyens les plus imprévus.

Le poète prononce ces paroles « des profondeurs du cœur » :

« Et maintenant, Dieu unique, bienfaisant, élevé jusqu’aux cieux,
A toi la puissance et à toi le pardon,
A toi la guérison et à toi les largesses,
A toi les dons et à toi seul la gratuité des grâces,
A toi l’apaisement et à toi la protection,
Les voies que nul n’avait conçues,
Les moyens dont nul ne s’avise,
A toi les mesures incommensurables,
Toi qui es le commencement et la fin !
»

Le poète évoque alors la descente du Christ aux enfers, venu « prêcher aux esprits en prison » (1ère Epître de Pierre) et délivrer les âmes exilées jusqu’au fond du Tartare :

« Du sabre impérieux de ton Verbe triomphant
Tu tranchas le nœud pernicieux de la mort
Tu dispersas l’angoisse du péché.
»

Andrea Mantegna, La Descente aux Limbes, vers 1470, Tempera et or sur toile, 38,8X 42,3cm, The Frick Collection, New York

En effet, Dieu réconforte le pécheur embourbé dans ses péchés :

« Qui, lorsque point le jour
D’une aube lumineuse, peut encore redouter les ténèbres ?

Qui peut craindre la mort, avec la vie auprès de soi,
La condamnation, près de la liberté,

Le jugement, près de la grâce,
La trahison, près du salut,

L’anéantissement, près du renouveau,
L’exil, près de la bénédiction,

Les plaies, près de la guérison,
Le manque, près de la plénitude,

La faim, près de l’abondance de pain,
La soif, près du cours des fleuves,

La perfidie, près de la douceur maternelle,
La nausée, près des bienfaits de la droite divine ?
»

Le poète entre dans une méditation sur tous les pécheurs de l’évangile guéris par le Christ : le lépreux qui s’est prosterné à ses pieds, les aveugles qui l’ont suivi, le serviteur du centurion qui est  guéri à distance sur sa parole, la pécheresse qui oint ses pieds chez le Pharisien Simon :

« Partageant l’affliction des aveugles qui vont en tâtonnant dans leur nuit perpétuelle,
Je crie vers toi, à haute voix
».

Pierre Brueghel l’Ancien, « La Parabole des aveugles », huile, 86X154cm, Musée de Capodimonte, Naples, Italie

La sollicitude est cette attention divine, à la fois soucieuse et affectueuse, de tout instant :

« C’est dans la plénitude sans faille de ton salut, ô Jésus-Christ, que j’implore ton amour pour l’homme.

Je n’étais pas, et tu m’as modelé,
Je n’avais pas prié et tu m’as façonné ;

Je n’étais pas encore venu au jour et tu m’as vu,
Je n’avais pas encore paru et tu as compati ;

Je n’avais pas encore crié, ta providence me secourut,
Je n’avais pas levé la main et tu m’as regardé ;

Je n’avais pas imploré et tu me fis miséricorde,
Je n’avais pas formé de sons et tu m’as entendu,
Je n’avais pas gémi et tu tendis l’oreille.
»

Toutes sortes d’allégories viennent démontrer que l’homme, possédé par le péché, est atteint de folie :

« Perdant le sens comme les possédés tourmentés par Satan et se frottant aux pierres,
Haletant pitoyablement, hérissé de cheveux broussailleux,
Le regard égaré et sauvage, me voici secouru par toi,
Sauveur universel, et tout comme eux, j’irai à ta rencontre.
»

L’origine du mal est dans l’homme lui-même, et non dans la divinité. Par là, Grégoire de Narek réfute le dualisme des doctrines iraniennes et gnostiques, dans lesquelles l’existence d’un monde imparfait serait due à un dieu mauvais qui aurait détourné la création de sa véritable origine. Pour le moine, Adam, le « terreux », représente l’archétype de l’humanité pécheresse :

« Poussière vivante, je me suis rebiffé,
Glaise parlante, je me suis rengorgé,
Méprisable terreau, j’ai voulu faire le fier,
Cendre abject, je me suis redressé…
Des ailes de l’esprit, je n’ai jamais volé que vers des pensées ténébreuses,
Et mon âme limpide, si je l’ai exténuée, c’est pour le confort de ma chair !
»

Grégoire de Narek s’accuse, dans une contrition personnelle, de ses propres péchés, et  il porte, dans sa prière monacale, toute l’humanité devant la Sainte Face du Christ :

« J’ai tout en moi de cette terre
Et mission de prier au nom du monde entier !
»

Le livre I se termine sur une vision trinitaire et miséricordieuse:

« A ta grâce, je dois la vie, au sang du Christ le rachat,
Afin qu’en tout cela chacun reconnaisse ta divinité,
Esprit-Saint qui reçois en même temps que le Père même adoration et même gloire…
»

Le fidèle, qui se trouvait dans le narthex, va pouvoir s’avancer au pied de l’autel, dans l’église. Porté par des images d’une grande expressivité et le rythme litanique des lamentations, le lecteur est progressivement conduit au seuil de l’invisible, dans le sanctuaire.

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Martine Petrini-Poli

Martine Petrini-Poli, professeur de lettres (titulaire du CAPES et du Doctorat de 3ème cycle) en classes préparatoires HEC au Lycée de Chartreux et à l’Ecole des Avocats de Lyon (EDA), rédactrice à Espace prépas, Ellipses et Studyrama. Responsable de la Pastorale du Tourisme (PRTL 71).

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