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narthex Art Sacre, Patrimoine, Creation

9e vision d’Hildegard von Bingen dans le Livre des Œuvres divines

Publié le : 13 Juillet 2017
La neuvième vision est la quête de la Sagesse éternelle. La cité de Dieu se trouve en haut de la miniature, au-dessus de deux personnages qui représentent la Sagesse et le Verbe de Dieu Tout-Puissant.

Hildegard von Bingen, Liber divinorum operum, Codex latinus 1942 (vers 1230), Lucques, Bibliothèque d’Etat (vision 9, fol. 38)


La Sagesse, d’une grande beauté et richement ornée, accompagne le Verbe de Dieu Tout-Puissant.
La Sagesse créatrice enseigne à l’homme sa finitude
L’homme qui suit la voie de la folie et méprise la Sagesse créatrice se condamne lui-même : n’ayant plus aucune limite dans le mal, il ignore la vie future. Il ne veut pas même savoir s’il existe une autre vie, et il refuse de scruter attentivement les causes de sa propre nature changeante. Cet homme peut encore comprendre son enfance, son adolescence, sa jeunesse et sa maturité, mais il est incapable de comprendre ce qu’il devient dans sa décrépitude et le sens de cette transformation de son être. La raison lui montre qu’il a un commencement, mais il est
incapable de savoir, de comprendre comment il est possible que l’âme soit immortelle et qu’elle n’ait pas de fin…

La création est un reflet de la Sagesse divine qui ordonne l’action humaine
La création est le vêtement de la Sagesse, elle a ainsi caché son action. Car Dieu ne peut être contemplé, c’est la création qui en donne connaissance et c’est la foi qui permet de le reconnaître en elle. La Sagesse ordonne tout dans la suavité et la douceur, et quand elle est souillée, elle lave sa tunique dans le sang de l’Agneau miséricordieux. Aussi faut-il l’aimer plus que toute la beauté des créatures, car elle est digne de l’amour des âmes saintes qui ne peuvent jamais se rassasier de l’étreinte de son regard. Tout ce qu’elle a ordonnancé, l’esprit de l’homme le perçoit et peut le contempler sans cesse. Tant qu’il est dans son corps, les pensées de l’homme se multiplient, comme se multiplient sans qu’on puisse les dénombrer les échos de la louange angélique. La pensée anime déjà la jeunesse, on la formule ensuite par la voix de sa raison et on agit en la suivant.
L’action humaine ne trouve pas en elle-même sa raison d’être ; elle trouve sa source dans le Tout-Autre
Mais son action ne tient pas sa vie d’elle-même : elle a un commencement. L’éternité seule tire d’elle-même la vie et jamais ne faiblit : avant que le temps n’existe, elle était déjà éternelle vie. Quand l’âme se transfigurera en éternité, elle changera de nom : elle n’agira plus dans l’homme par le mode de la pensée, mais aura pour séjour les louanges des anges qui sont esprit. Elle s’appellera alors esprit, car elle ne peinera plus avec le corps, avec la chair. L’homme portera le nom de vie, car il est déjà vie (en ce monde) tant qu’il vit par le souffle de l’esprit, mais quand il se transfigurera en immortalité par la mort charnelle, il sera pleinement dans la vie. Après le jugement dernier, c’est par son corps et son âme qu’il sera éternellement vie (…)
L’homme est la clôture des merveilles de Dieu
Dieu a formé l’homme capable de penser afin qu’il prononçât d’abord en son coeur toutes les actions qu’il projette. Ainsi, l’homme est la clôture des merveilles de Dieu. Il connaît Dieu par l’oeil de la foi, il l’embrasse du baiser de la connaissance, et, bien qu’il ne puisse le voir selon les yeux de la chair, il peut agir suivant son exemple. Et l’ange offre à Dieu les meilleures actions de l’homme.

Détail de la 9e vision

Le Verbe est ici représenté comme un homme jeune, mais sur son ventre, on peut voir le visage du Père. Ses ailes sont parées d’yeux, car il est le « Tout-sachant », ses pattes sont celles d’un lion et il a les ailes divines contemplées dès la première vision de Dieu. Il est protégé par une cuirasse sans défaut qui le protège intégralement.

Cette représentation du Christ, Verbe de Dieu, s’inspire de la symbolique des bestiaires antiques christianisés par les clercs au Moyen Age : les six ailes sont un attribut angélique, les ailes ocellées signifient la connaissance de Dieu. Selon le Physiologus, le lion, toujours vigilant, malin et puissant, est l’animal vainqueur, sage et, comme le Tout-Puissant, il ressuscite son fils. Il s’agit donc d’une vision de la Trinité : le Fils qui connaît le Père et que le Père connaît, Dieu le Père représenté en vieillard barbu, l’Esprit figuré par les ailes de l’oiseau.
Ainsi cette 9e vision montre la Toute-Puissance divine, trinitaire, à l’œuvre dans la création et la place de l’homme dans l’univers.

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Martine Petrini-Poli

Martine Petrini-Poli, professeur de lettres (titulaire du CAPES et du Doctorat de 3ème cycle) en classes préparatoires HEC au Lycée de Chartreux et à l’Ecole des Avocats de Lyon (EDA), rédactrice à Espace prépas, Ellipses et Studyrama. Responsable de la Pastorale du Tourisme (PRTL 71).

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