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7e vision du Livre des Œuvres divines d’Hildegard von Bingen

Publié le : 15 Juin 2017
La septième vision est une évocation du salut de l’homme par le Christ. En effet, la science divine permet à Hildegard de comprendre l’histoire du salut et son accomplissement dans la communion des saints.

Nous retrouvons, comme dans la 6e vision, la description d’une grande cité carrée, la Jérusalem céleste, qu’aperçoit la visionnaire, de sa cellule, située en-dessous. Comme « arrimée », à gauche de la Cité de Dieu, nous découvrons l’œuvre du salut sous la forme d’une tour verte, la Tour du salut.  Selon P. Dumoulin, « elle se construit au fil des siècles grâce à l’œuvre des saints, sur la terre. Sous la mouvance de l’Esprit, fondés sur le Roc du Christ, ils continuent l’œuvre de Salut réalisée par Dieu en Jésus-Christ. Le chœur des bienheureux est composé de ceux qui ont déjà vaincu et qui chantent un « cantique nouveau », ils forment un chœur qui unit sa voix à celle des anges. »

Hildegard von Bingen, Liber divinorum operum, Codex latinus 1942 (vers 1230), Lucques, Bibliothèque d’Etat (vision 7, fol. 38)

Dans le Scivias, l’Esprit Saint, qui dispense ses sept dons à l’Eglise, est déjà présenté sous la forme d’une tour immense et ronde, sur laquelle est appuyée l’Église : « L’Église est entourée, de façon inexpugnable, par les sept dons de l’Esprit Saint ». Hildegard ajoute : « Telle est la force de cette tour, par laquelle l’Église a été si bien fortifiée qu’aucun déchaînement de la fureur diabolique ne pourra en venir à bout. » Scivias II, Vision 4e .Dans le  Scivias III, Vision 9e, on lit : « Et cette tour que tu vois au-delà de la colonne de l’humanité du Sauveur représente l’Église qui, achevée par l’Incarnation de mon Fils, est devenue, par toutes sortes de bonnes actions, une construction nouvelle opposée au diable par la force et l’élévation de ses actions célestes, comme une tour très fortifiée pour résister à l’iniquité. » Cette construction devient le thème principal du Livre des œuvres divines dans la troisième partie.

Détail de la 7e vision

La septième vision du Livre des Oeuvres divines montre les hommes vertueux chantant les diverses partitions d’un grand concert :

« Les cithares évoquent les récompenses de la voie dure et étroite qui conduit à la vie ; les orgues, la multiplicité des vertus qui se révèlent dans le coeur de ceux dont la louange s’élève vers Dieu. Le concert de ces instruments résonne comme un doux tonnerre… Ceux qui exercent leur ministère d’enseignement résonnent des flûtes de la sainteté, faisant pénétrer le chant de la justice dans le coeur de l’homme par la voix de leur raison. La Parole s’exprime à travers eux et résonne, elle est perçue et se répand aussi loin qu’elle est audible. De même que la flûte donne de la force à une voix juste, de même la crainte et l’amour de Dieu multiplient parmi les hommes la voix des docteurs, qui rassemble les croyants. D’autres hommes, au son de la cithare, adressent à Dieu leur louange qu’aucune science humaine ne peut expliquer. D’autres encore rassemblent d’innombrables vertus par les préceptes divins, ils militent dans l’humilité, reine des vertus : l’instrument dont ils jouent, c’est l’orgue… Aucune persécution ne peut les débusquer : ils jettent l’orgueil aux enfers, héritage des esprits arrogants. Ceux qui militent dans l’humilité dominent l’enfer. De même que toutes les harmonies de l’orgue servent à la louange, ainsi Dieu unit la louange des hommes (humbles) à celle des anges. »

Ainsi les dons sont multiples (ascèse, exercice de la vertu, don d’enseigner), mais c’est toujours le même Esprit. L’avertissement final revient en leitmotiv : « L’humilité ouvre la porte des cieux aux imitateurs de Dieu, et elle la ferme à ceux qui Le négligent. » L’orgueil est le refus de la reconnaissance de la chute originelle et de la transcendance divine. Or, par la musique, l’homme retourne à sa condition originelle paradisiaque. L’homme humble loue ce qui dépassera toujours son entendement, « ce qu’aucune science humaine ne peut expliquer. » « C'est par les hommes et les anges qui le réjouissent en vérité, que Dieu accomplit selon sa volonté, ce qu’il a prévu de toute éternité. » LOD, vision 7, 10, p. 163.

Hildegard von Bingen, bénédictine qui pratique la liturgie des heures canoniales, évoque ainsi « l’âme symphonique » dans Symphonie des harmonies célestes : « L’âme est musique par essence… Les sons de la cithare sont graves pour inciter à l’ascèse corporelle ; les sons de la harpe sont aigus pour nous inciter à élever notre esprit. »

Un des deux chapiteaux du chœur de l’abbaye de Cluny III figurant les 8 tons du plain-chant grégorien (v.1110), exposés au Farinier à Cluny © D. Bordes
Bibliographie

Dumoulin Pierre, Hildegarde de Bingen, prophète et docteur pour le troisième millénaire, Editions des Béatitudes, 2012. 

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Martine Petrini-Poli

Martine Petrini-Poli, professeur de lettres (titulaire du CAPES et du Doctorat de 3ème cycle) en classes préparatoires HEC au Lycée de Chartreux et à l’Ecole des Avocats de Lyon (EDA), rédactrice à Espace prépas, Ellipses et Studyrama. Responsable de la Pastorale du Tourisme (PRTL 71).

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