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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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ROMAINMÔTIER

Date de publication : 16/11/2010

Nichée dans son vallon verdoyant, Romainmôtier offre au visiteur une image de sérénité. Vers l’an 430, Romain quitte son monastère proche de Lyon pour mener une expérience érémitique au sud du Jura, dans le site qu’occupe aujourd’hui la ville de saint-Claude. Il se forme alors la comunauté monastique de « Condadisco ». Condat essaime et implante un nouveau monastère, le « moûtier de Romain ».

 

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Le site de Romainmôtier

 

Vers le milieu du Vème siècle, Romain, l’abbé fondateur de Condat, implante un nouveau monastère dans la vallée du Nozon, au nord-est du lac de Joux. Des moines venus de ce moûtier ou monastère de Romain, devenu Romainmôtier, forment, en 515, la communauté primitive de Saint-Maurice d’Agaune, près de Sion. Grégoire de Tours consacre le premier chapitre de son Liber Vitae Patrum (585-590) à Romain et à son frère Lupicin. Il rapporte que ce dernier dut tancer les religieux de Romainmôtier pour des excès de table commis après de bonnes récoltes.

A partir du VIème siècle, le monastère n’est plus mentionné. Peut-être est-il abandonné par la communauté suite à un grave incendie, ou devant la menace des Alamans qui envahissent la région en 610. c’est avec le soutien de Clovis II, roi de Neustrie et de Bourgogne (635-657), que Chramnelène, noble bourguignon, restaure, vers 635, la vie monastique à Romainmôtier. L’église primitive est agrandie et une nouvelle est construite. Elles sont toutes deux réunies par une seule et même dédicace aux saints Pierre et Paul, et consacrée le jour de Noël 753 par le pape Etienne II (752-757). Le 10 juin 888, Rodolphe Ier (888-912), roi de Bourgogne transjurane, donne Romaimôtier à Adélaïde, sa sœur. Le monastère a en effet sécularisé par Hubert, abbé de Saint-Maurice d’Agaune, vaincu à Orbe, en 864, par Conrad, le père de Rodolphe. Ce dernier est aussi entré en possession de Romainmôtier.

 

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Après la mort de son époux, en 921, Adélaïde consacre sa vie à la religion et, par son testament du 14 juin 928, remet le monastère, alors vidé de ses moines, à Odon, abbé de Cluny, afin qu’il en effectue le relèvement. Selon les termes du document, les deux établissements sont placés sur un plan d’égalité. Mais la prééminence de Cluny s’impose car ce sont ses moines qui doivent restaurer la vie monastique et ce sont les usages de Cluny qui sont adoptés. En 931, le pape Jean XI , dans le privilège qu’il accorde à l’abbaye de Cluny, mentionne la donation d’Adélaïde et présente Romainmôtier comme une possession de Cluny. Dans les années qui suivent, la présence de moines dans la vallée du Nozon n’est pas attestée. De fait, en 966, le roi de Bourgogne-Provence Conrad le Pacifique et son épouse Mathilde cèdent à l’un de leurs vassaux des biens immobiliers sis à Romainmôtier, qui leur appartient alors, les moines ayant été remplacés par des chanoines. Toutefois, avant 991, Conrad, à l’origine de la fondation de Payerne en 962, restitue Romainmôtier à Cluny, alors sous l’abbatiat de Mayeul qui s’emploie à y restaurer la vie monastique.

 

En 998, le fils de Conrad, Rodolphe III (993-1032) confirme les droits de Cluny dans son royaume, et en particuliers ceux que détient l’abbaye bourguignonne sur Romainmôtier et Payerne. En 994, il a été l’un des signataires de la charte d’élection d’Odilon de Mercœur, le cinquième abbé de Cluny. C’est ce dernier qui fait construire l’abbatiale visible de nos jours et qui, lors d’un séjour sur place au cours de la période 1030-1031, prend la décision d’écrire la Vita Maioli, la vie de saint Mayeul, son prédécesseur.

 

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L'église prieurale de Romainmôtier vue du sud-ouest 

 

Les 26 et 27 septembre 1050, le pape Léon IX (1049-1054) préside un synode à Romainmôtier, en présence des archevêques de Lyon et de Besançon. Le nouvel abbé de Cluny, Hugues de Semur, lui a demandé d’intervenir car les seigneurs de Grandson contestent les droits de l’abbaye sur certaines terres. Préalablement, il s’est aussi plaint de la situation auprès de l’empereur Henri III. Présents à la réunion, les seigneurs de Grandson sont menacés d’excommunication par le pape. Face aux pouvoirs impérial et pontifical, ils ne peuvent que s’incliner. Léon IX arrête directement le bornage des terres dépendant de Romainmôtier, formant dès lors son pôté – du latin potestas, « possession, pouvoir ». Une bulle du pape Pascal II (1099-1118) confirme le privilège d’exemption de Cluny et interdit aux monastères sans abbé d’en élire un. Romainmôtier devient ainsi un simple prieuré.

 

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Fresque du mur nord du choeur : les saints Pierre, Paul, Romain et Lupicin, ainsi que deux moines clunisiens, vénèrent la Vierge à l’Enfant.

 

En 1200, lorsque les établissements clunisiens sont regroupés en provinces, il est rattaché à celle d’Allemagne. A partir du milieu du XIIIème siècle, le pouvoir de la maison de Savoie s’impose peu à peu dans le pays de Vaud. Il ne tarde pas à empiéter sur celui du prieuré. Il divise même la communauté, entre les moines qui acceptent mal ce pouvoir et ceux qui le soutiennent. Un rapport du chapitre général de Cluny du 27 avril 1287, excommunie six moines. La sentence est sévère, mais il est vrai que ces six religieux, qui constituent un quart de l’effectif du prieuré, n’y sont pas allés de main morte. Ils ont pratiquement séquestré leur prieur, en l’empêchant d’utiliser ses chevaux et en retenant son portefaix. Ils ont dérobé les clefs et les sceaux de la maison et chassé quatre moines qui refusaient d’entrer dans le mouvement séditieux. Ils ont menacé les familiares du prieur et cassé le bras du portier qui, un jour, leur refusait l’accès du monastère. Ils cherchaient ainsi à provoquer une rupture avec l’abbaye de Cluny, tout en s’associant à la maison de Savoie. Avec le temps, les choses finissent par s’arranger. En 1299, deux de ces moines turbulents, Jacques de Dizy et Girard de La Sarraz, rentrent en grâce auprès du nouveau prieur Aymon de Pont (1288-1303). Ils occuperont même des postes importants au sein de la communauté : le premier deviendra le camérier et le second, le cellérier.

 

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La chapelle supérieure de l'avant-nef

 

Jusqu’à la fin du premier tiers du XIVème siècle, le prieuré est prospère, sous le gouvernement de Henri de Sévery (1371-1380), qui deviendra évêque de Rodez, de Jean Seyssel (1380-1432) et de Jean de Juys(1433-1447).

 

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 Les oeuvres de Miséricorde : "J'avais faim et vous m'avez donné à manger" ~ Médaillon de l'arc de la seconde travée de l'avant-nef.

 

En 1439, Amédée VIII de Savoie devient pape sous le nom de Félix V. Ce pape schismatique s’oppose à Nicolas V. Il abdique en 1449 mais, entretemps, Romainmôtier est passé sous le régime commendataire. Le prieuré est certes érigé en abbaye mais ses revenus sont versés à ses abbés, membres de la famille de Savoie. Ceux-ci viennent rarement, si ce n’est Michel de Savoie qui assiste, en 1501, au mariage du duc de Savoie Philibert II le Beau (1497-1504) et de Marguerite d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien et petite-fille de Charles le Téméraire (qui fera ériger l’église de Brou, à Bourg-en-Bresse, où ils seront inhumés). Le 16 janvier 1536, Berne, la calviniste, déclare la guerre au duc de Savoie, Charles III, qui menace Genève. Ses soldats envahissent le pays de Vaud. Le 22 mars, ils sont à Romainmôtier dont l’abbé, Théodule de Riddes, a demandé, en vain, la protection de Fribourg la catholique. A Romainmôtier, le 3 janvier 1537, sculptures, statues et tableaux sont détruits, le cloître ruiné et les bâtiments conventuels endommagés. Théodule de Riddes en meurt de chagrin le jour même. Sur les douze moines de la communauté, certains se rallient aux idées de la Réforme, les autres s’exilent en Franche-Comté.

 

L’abbatiale sera fouillée et restaurée de 1896 à 1900 et de 1904 à 1915. Des travaux ont été réalisés dans la dernière décennie du XXème siècle. 

 

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La nef de la prieurale de Romainmôtier

  


Un passage sous la tour de l’Horloge, du XIVème siècle, mène à l’intérieur de l’enceinte monastique ; l’église, à chevet plat et au clocher roman carré, présente un bel ordonnancement de ses différents corps. Sur son flanc méridional, des traces d’arcades arrachées sont les seuls vestiges du cloître gothique du XIVème siècle. Coté ouest, un porche du XIIIème siècle protège l’entrée de l’avant-nef du XIIème siècle. Les murs, les voûtes et les arcs de cette partie à trois nefs et trois travées, étaient jadis entièrement couverts de fresques réalisées au XIIIème siècle. Seules subsistent celles de la nef méridionale : elles mettent en scène les épisodes de la vie d’Adam et Eve, montrent saint François prêchant aux oiseaux, mais aussi un Jugement dernier, des prophètes, des Pères de l’Eglise, les évangélistes et les œuvres de Miséricorde.

 

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A côté de l’entrée, un escalier conduit à une chapelle haute dédiée à l’archange saint Michel. Le plan de l’église est en croix latine avec un transept étroit et peu saillant dont la croisée est couverte d’une coupole sur trompes. La nef comporte quatre travées. Elle fut construite entre 990 et 1028. Le voûtement à croisée d’ogives du vaisseau central, refait au XIIIème siècle, est gothique, alors que celui des bas-côtés, en berceaux sans doubleaux, est roman. Au revers de la façade, au dessus du portail, de part et d’autre du chevet saillant de la chapelle Saint-Michel, se font face, sous un peinture représentant l’agneau pascal, la fresque de l’archange Gabriel, à gauche, tenant un phylactère portant le mot gracia, et à droite, celle de saint Michel terrassant le dragon.

 

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l'archange Gabriel 

 

Le chœur, du XIVème siècle, s’ouvre, comme les deux chapelles qui l’encadrent, sur une travée formant un avant-chœur où se trouvent les stalles du XIVème siècle. Il abrite le tombeau de Jean de Seyssel et le gisant d’Henri de Sévery. Ses chapiteaux sont historiés. Celui de l’angle sud-est représente un chevalier remettant son épée à un escargot.

 

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le choeur

 

Dans la fresque du mur nord, les saints Pierre, Paul, Romain et Lupicin, ainsi que deux moines clunisiens, vénèrent la Vierge à l’Enfant. La chapelle nord, du XVème siècle, abrite une statue de la Vierge à l’Enfant datant du XIIIème siècle. La chapelle sud, du XIVèùme siècle, est éclairée par un vitrail où sont représentées les armoiries du prieuré, saint Pierre et saint Paul, le pape Etienne II consacrant l’église en 753, ainsi que le mariage de Philibert II et de Marguerite d’Autriche. A l’angle sud-est de la croisée du transept, l’ambon, sculpté d’une croix latine cernée par un cadre d’entrelacs, appartenait à l’église du VIIème siècle.

 

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L'ambon du VIIème siècle