PARAY-LE-MONIAL
Date de publication : 12/03/2011
L'ancienne prieurale Notre-Dame reprend, dans des dimensions plus modestes, les principes architecturaux de Cluny III. Aujourd’hui basilique du Sacré-Cœur, elle constitue l’essence de Paray-le-Monial, ville née de la présence du prieuré clunisien et devenue lieu de pèlerinage depuis la révélation faite, en 1675, à sœur Marguerite-Marie de ce « cœur qui a tant aimé les hommes ».

En 973, Lambert, comte de Chalon, fonde un monastère dans la vallée de la Bourbince, entre Charolais et Brionnais. Selon la tradition, c’est sur une colline dominant l’actuelle ville de Paray-le-Monial que s’implantent les religieux. Leur première église est consacrée en 977. A la mort du comte Lambert, en 988, son fils Hugues lui succède. Devenu évêque d’Auxerre en 999, il fait don du monastère à Cluny dont Odilon, successeur de Mayeul, occupe la charge abbatiale. Les clunisiens auraient alors déplacé leur prieuré sur la rive droite de la Bourbince, ou artisans et paysans, premiers habitant de Paray-le-Monial, viennent se fixer.

En 1004, est consacrée la prieurale, qui accueille les reliques de saint Grat, évêque de Chalon (+652). Vers la fin de son abbatiat (1049-1109), Hugues de Semur entreprend la construction d’une nouvelle église. Consacrée à Notre-Dame, elle reprend, dans des dimensions plus modestes, les principes architecturaux de Cluny III, et s’appuie sur une galilée édifiée quelques années plus tôt. Au XIIème siècle, la prospérité du prieuré de Paray excite la convoitise de Guillaume, comte de Chalon, qui renonce à ses prétentions après l’intervention de Louis VII. Puis en 1253, des troupes à la solde du duc de Bourgogne Hugues IV s’en prennent au prieuré qui refuse de payer la décime pour la croisade que le duc impose.

En 1348, Paray n’est pas épargnée par la peste. Durant la guerre de Cent Ans, après avoir subi les exactions des écorcheurs en 1437 et 1439. La ville est pillée et brûlée en 1471 par les troupes de Louis XI en lutte contre le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. En 1540, grâce à François 1er, Paray-le-Monial s’entoure de nouveaux remparts, incluant le palais érigé à partir de 1480 par l’abbé Jean de Bourbon pour servir de résidence aux abbés de Cluny. Durant les guerres de Religion, les protestants, qui investissent la ville en 1562, pillent et incendient la prieurale ; les reliques de saint Grat sont dispersées.

Au XVIIème siècle, le prieuré adhère à l’Etroite Observance. A cette époque, des ordres nouveaux, nés de la Contre-Réforme, s’établissent dans la ville : les jésuites en 1618, et, en 1626, les visitandines : celles-ci accueillent comme novice, en 1671, la jeune Marguerite Alacoque, dont les visions sont à l’origine du culte du Sacré-Cœur. Au XVIIIème siècle, le cardinal de Bouillon, abbé de Cluny de 1683 à 1715, fait reconstruire les bâtiments conventuels du prieuré que les derniers moines, expulsés par la Révolution, quittent en 1792. La municipalité achète alors les bâtiments, et la prieurale Notre-Dame devient église paroissiale en 1794. Classée monument historique en 1846, elle est élevée au rang de basilique mineure et consacrée au Sacré-Cœur par Pie IX en 1875.

L’ancienne prieurale, aujourd’hui basilique du Sacré-Cœur, constitue l’essence de Paray-le-Monial, ville née de la présence du prieuré clunisien et devenue lieu de pèlerinage depuis la révélation faite, en 1675, à sœur Marguerite-Marie de ce « cœur qui a tant aimé les hommes ».

L’édifice – fin du XIème siècle, début du XIIème siècle – est un bel exemple de l’art roman bourguignon. Sa façade présente deux tours, renforcées par des contreforts, qui s’élèvent au-dessus de la galilée. La tour nord, quelque peu postérieure à sa presque jumelle, possède des ouvertures plus richement décorées. La tour septentrionale est dite du « moine Gare », en référence à un épisode rapporté par Gilon, premier biographe de Hugues de Semur. Pendant la construction de la prieurale, « un enfant des écoles » reçut une planche d’échafaudage, « tombée de la tour où sont les cloches », qui le laissa inanimé. Saint Hugues était sur les lieux. Il se mit à prier et aspergea d’eau bénite le visage de l’infortuné, qui reprit connaissance. L’histoire a été reprise par Renaud de Vézelay, neveu du saint, qui composa aussi sa biographie. Sous sa plume, l’enfant devient un moine priant dans le chœur avec les frères, la planche, une poutre, et l’intervention de saint Hugues, un miracle. Mais il apparait que cette version fait erreur sur la tour, les tours de façade ne dominant pas le chœur qui, de surcroît, n’a pu être construit du vivant de saint Hugues.

Le bras sud du transept
La nef, flanquée de deux collatéraux, est composée de trois travées. Couverte d’un berceau brisé sur doubleaux simples, elle frappe par son élévation à trois niveaux. La hauteur sous voûte est de vingt-deux mètres. Le nef est séparée du chœur par un transept saillant. Dans chacun des bras du transept, s'ouvrait une absidiole dont seule subsiste celle du bras nord, celle du bras sud ayant été remplacée, vers 1470, par une chapelle funéraire de style gothique flamboyant, à chevet polygonal. Dans le bras nord, l’ancienne vasque où les moines faisaient leurs ablutions sert aujourd’hui de bénitier.

L'abside et la fresque du Christ Pantocrator
La croisée du transept est coiffée par une coupole sur trompes. Le chœur se compose d’une travée prolongée par une abside semi-circulaire que cerne un déambulatoire à trois chapelles rayonnantes. Sur la voûte en cul-de-four de l’abside, une peinture du XIVème siècle, révélée en 1935, représente le Christ Pantocrator. On notera le décor en damier des arcades de l’abside et du déambulatoire, et dans la nef et les bas-côtés, plusieurs chapiteaux sculptés de représentations d’animaux et de végétaux. Un autre met en scène un moine fustigeant la Luxure.

portail nord
A l’extérieur, les portails nord et sud sont ornés de figures essentiellement géométriques. S’élevant au-dessus de la croisée du transept, le clocher primitif était couronné d’une flèche. Le chevet présente un bel étagement pyramidal, caractéristique de l’art roman.

Le chevet de la basilique de Paray-le-Monial
Sainte Marguerite-Marie et le Coeur Sacré de Jésus
Le 22 juillet 1647, au hameau de Hautecour à Vérosvres, village situé à trente kilomètres de Paray-le-Monial, naît Marguerite Alacoque. Son père, notaire, et sa mère la font baptiser trois jours plus tard. Agée de cinq ans, Marguerite séjourne chez sa marraine, Madame de Fautrières, au château de Corcheval ; elle y côtoie la fille de cette dernière, qui est religieuse, et, sensibilisée par un monde qui va devenir le sien, la petite fille, sans bien comprendre le sens de son engagement, fait vœu de chasteté dans la chapelle du château.

Ayant perdu son père en 1655, Marguerite est pensionnaire, en 1656-1657, chez les clarisses de Charolles. Tombée malade, elle promet à la Vierge de se faire religieuse si elle guérit. C’est ainsi que le 20 juin 1671, elle entre comme novice chez les visitandines de Paray-le-Monial. Devenue sœur Marguerite-Marie, elle prononce ses vœux le 6 novembre 1672. En 1673, le Christ lui apparaît devant le Saint Sacrement. Il lui montre son cœur en flammes, rayonnant et portant la plaie ouverte par la lance du soldat. Symbole de son sacrifice, ce cœur est entouré d’une tresse d’épines et surmonté d’une croix. Le Seigneur prend le cœur de la religieuse et le plonge avant de lui restituer. En dix-sept ans, Il apparaît trente fois à la religieuse.

La vision du Sacré-Coeur de Jésus par sainte Marguerite-Marie ~ Fresque du choeur de la chapelle de la Visitation (chapelle des apparitions).
Lors d’une apparition, en 1674, le premier vendredi du mois, Jésus est « tout éclatant de gloire avec ses cinq plaies brillant comme cinq soleils ». Il demande à sa messagère la communion fréquente et préconise l’exercice de l’Heure Sainte. En 1675, Jésus découvre à sœur Marguerite-Marie « ce cœur qui a tant aimé les hommes » et demande qu’une fête lui soit consacrée. Entre deux apparitions, elle revit la Passion du Christ : son côté gauche la brûle et sa soif ne peut être étanchée. Ces extases suscitent d’abord le scepticisme. Mais l’arrivée à Paray, en 1675, comme supérieur du collège des jésuites, de Claude de la Colombière qui, jusqu’à son départ, en 1676, sera le directeur spirituel de la religieuse, lui apporte un grand réconfort. En 1684, Marguerite-Marie devient maîtresse des novices.

Pour sa fête, le 20 juillet 1685, elle leur demande d’honorer l’image, crayonnée par elle-même, du Sacré-Cœur de jésus. Le 21 juin 1686, jour de la fête voulue par le Christ, la supérieure des visitandines de Paray décide d’édifier une chapelle consacrée au Sacré-Cœur et commande un tableau le représentant, exécuté selon les indications de la voyante. En 1689, elle a une apparition qui lui enjoint de demander à Louis XIV d’aménager, à Versailles, une chapelle dédiée au Sacré-Cœur et à apposer son image sur les étendards de ses armées ; le message est transmis au roi qui ne l’entend pas. Le 17 septembre 1690, Marguerite-Marie meurt.

Le Sacré-Coeur ~ Mosaïque du choeur de la Chapelle de la Colombière
Le culte du Sacré-Cœur se développe, soutenu par les jésuites et les visitandines. En 1720, Monseigneur de Belsunce, évêque de Marseille, où la peste sévit, consacre son diocèse au Sacré-Cœur. L’épidémie est endiguée. En 1729, monseigneur Languet, évêque de Soissons, publie une biographie de sœur Marguerite-Marie. Elle est canonisée en 1920 par Benoît XV. En 1856, la fête du Cœur de Jésus est étendue à l’Eglise universelle et, en 1899, Léon XIII consacre le genre humain au Sacré-Cœur ; consécration que renouvelle, en 1999, Jean-Paul II, qui est venu en pèlerinage à Paray en 1986. Sœur Marguerite-Marie est fêtée le 16 octobre et ses reliques se trouvent dans la chapelle de la Visitation de Paray.

La chasse de sainte Marguerite-Marie (détail) ~ Chapelle de la Visitation
LE MUSEE DU HIERON

Le musée du Hieron a été conçu par l'architecte Noël Bion entre 1890 et 1893 et entièrement réhabilité en 2005. Il est l'un des rares musées de France construit dès l'origine pour remplir cette fonction.

Le jésuite Victor Drevron et Alexis de Sarachaga imaginent la construction de ce musée pour accueillir une collection d'oeuvres d'art sur le thème de l'eucharistie. Le nom du musée s'appuie sur la racine grecque hieros, sacré, et fait également référence aux hieron grecs, espaces à la fois religieux et politiques.
Le musée propose aujourd'hui une nouvelle approche, culturelle, du sentiment religieux de l'Occident chrétien. Le P. Jean-Pierre Millard, jésuite à Paray-le-Monia,l nous présente ce musée :
" La collection du musée est principalement constituée de peintures, plus de 100 tableaux du XIVème siècle à nos jours (Maurice Denis, Jean-Georges Cornelius, Jean-Michel Alberola). Sont représentées majoritairement des peintures des XVIIème et XVIIIème siècles qui se rattachent au message de la réforme Catholique élaborée au Concile de Trente, et provenant des écoles Italienne, Espagnole, Allemande, Française et Belge Flamande.

Trois pièces sculpturales sont considérées comme majeures : le Tympan d'Anzy-le-Duc (XIIème s.) ; un Christ au sourire (terre cuite début XVIème s.) ; la Via Vitae , œuvre de l'orfèvre joaillier parisien Joseph Chaumet, classée trésor national, qui a été acquise par la ville de Paray et qui retrace neuf scènes de la vie du Christ sur une montagne d'albâtre, marbre, rubis et cristaux ( 2,70 m de haut sur 3 m de large) à travers 138 figurines d'or et d'ivoire.

Joseph CHAUMET, Via Vitae (détail), 1894-1904 ~ Paray-le-Monial, Musée du Hieron ~ (c) Musée du Hieron
De plus un ensemble important de calices, ciboires, ostensoirs, monstrances, tabernacles, croix, est ingénieusement exposé aux regards des visiteurs, ainsi que des chasubles anciennes des XVIème et XVIIème siècles.
La surface de présentation permanente est de 700 m² . Le rez-de-chaussée surélevé reçoit la présentation permanente des collections réparties à travers 3 grandes salles selon 5 thèmes : Sous le signe de la Croix - Le Modèle Divin et Humain - Le Coeur de Jésus - A la table du Seigneur - La Divine Hostie. Une salle centrale octogonale fait le lien de l'histoire du musée, croisant des problématiques religieuses et politiques.

Antonio CAVALLUCI, La Lévitation de Thomas de Cori, 1786 ~ Paray-le-Monial, Musée du Hiéron ~ (c) Michel Horiot
Le niveau inférieur accueille surtout des activités d'animation, dont plusieurs pour jeune public, et une salle audiovisuelle circulaire de 120 places. Un espace de travail consacré aux dossiers permet de mieux étudier et approfondir les œuvres exposées.
Depuis l'année 2003 deux expositions temporaires ont eu lieu dans une annexe du Hiéron : l'ancien monastère bénédictin proche de la Basilique , où sont exposées des oeuvres de Jean-Georges Cornelius, Elvire Jane, Alfred Manessier, Jean Bertholle, Jean-Michel Alberola, Annick Roubinowitz, etc."
Musée Eucharistique du Hiéron
13 rue de la paix - 71600 Paray-le-Monial
Tel : 03.85.81.36.98
musee.hieron@wanadoo.fr
http://www.musee-hieron.fr




