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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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PÂQUES : IN LAUDE SALVATORIS

Date de publication : 02/04/2010

Ce poème “à la louange du Sauveur“ est l’une des plus belles compositions de Pierre le Vénérable. En voici quelques extraits tout particulièrement en lien avec la fête de Pâques.

 In Laude Salvatoris

Erste Folge, Analecta Hymnica Medii Aevi, t.XLVIII, Leipzig, O.R. Reisland, n° 262, p.244-251, cité et présenté par Dom Thierry Barbeau.

  

Il est envoyé par le Père, il naît sur la terre, Dieu d’une vierge.

Il assume notre condition humaine, enseigne et meurt volontairement pour l’homme.

C’est par le bois défendu que notre condition mortelle a saisi la mort,

Et c’est par le gibet de bois qu’est rendue au monde la dignité perdue.

Un fruit est mangé qui fait perdre la vie car il provient de l’arbre de la mort,

Un sang est versé que l’on boit dans la foi, il provient du Corps du Christ.

Le dragon est détruit et le monde racheté : par le prix du sang ;

Cette boisson au premier apporta la mort, mais à nous elle donne la vie.

L’exilé, rejeté de sa propre patrie, a habité dans le monde,

Lui qui, s’élevant d’un orgueil impie, n’a pas voulu se soumettre à Dieu.

A ses périls Dieu, clément depuis toujours, a compati :

Et pour lui, il a voulu que son Fils subisse le supplice de la mort.

Mais Lui, envoyé de son propre trône, revêt bientôt la chair

Et tandis qu’il est frappé et crucifié en celle-ci,

En lui, de Dieu, rien ne diminue.

Sans tarder, bientôt, de la mort il a tiré la vie ;

Œuvre admirable, que n’égale aucun don divin !

Adam est rejeté, le larron est ramené, admirable retournement !

Alors a paru pour la première fois, le profit qu’il y a eu pour le monde

Dans la mort de son Créateur.

La condition mortelle assumée est descendue de la Croix

Et placée dans un sépulcre,

La divinité, splendide et puissante, se rend dans les régions brûlante de l’enfer.

De son éclat, elle irradie les ténèbres éternelles et les cachettes obscures,

Le chœur des justes, connaissant le Seigneur, exulte. (…)

 

 

La victoire du roi pénètre tous les repaires de la mort ;

Ella a délié les liens solides des captifs dans une puissance éclatante ;

Le Christ, vainqueur, a tiré ses trophées des enfers ;

Après les combats, il les a emmenés au ciel, pour la plus grande joie des citoyens d’en haut.

Après trois jours, il rend la vie à son corps mort,

Et se lève aussitôt, pour ne plus jamais souffrir.

Une féroce bête marine avait avalé Jonas, mais ne l’avait pas dévoré,

Puisqu’elle le rejeta comme elle l’avait pris, et demeura vide.

De même le Christ, sortant des flots de la mort,

A annoncé le salut aux nations ;

Alors le monde a été saisi de crainte, il s’est repenti et a cessé de pécher.

Puis Il est apparu aux siens qui étaient dans la crainte et le désespoir ;

Il s’est offert à leurs regards et à leur toucher.

Mais devant leur admiration et leur incrédulité, à cause de leur joie,

Prenant de la nourriture, Il montre qu’Il a un corps et qu’Il vit vraiment.

Ils reconnaissent immédiatement  que c’est le Seigneur qui est ressuscité :

Ils ne tardent pas à croire que vit celui qu’ils voient,

Comme Il l’avait prédit. (…)

 

Réjouis-toi, nature mortelle,

L’éternité revient, elle qui te régénérera !

Tout ce que tu as coutume de craindre au sujet de la mort,

Désormais ne le redoute plus ;

Voilà qui donne confiance : la vie est rendue par l’homme-Dieu,

Il l’a portée en Lui, et te l’a communiquée après avoir triomphé de la mort.

O nouvelle dignité !

La divinité accorde une place à la poussière humaine,

Aucune ne dépassera ni n’égalera cette œuvre si grande.

Le limon que l’on foulait au pied est maintenant digne d’adoration

Au-dessus des êtres célestes ;

Les plus hautes vertus tremblent devant Celui qui gouverne toutes choses.

Ce qu’il avait voulu au commencement avec perversité et par un conseil dépravé,

Adam l’a obtenu, non par la superbe mais par la justice.

O Dieu, tant qu’il a craint, Adam n’a pu être ce qu’il avait désiré ;

Il s’est fait humble, il est devenu semblable à Dieu et il commande aux cieux ;

Lui, qu’une demeure terrifiante par ses ombres et brûlante par ses flammes a détenu,

Per le Fils de Dieu, il a obtenu de parvenir au trône paternel.

Je teconjure, ô homme, de ne pas te lamenter,

Mais de te réjouir, toi qu’Il a fait pénétrer dans les cieux,

Et qu’Il a plus merveilleusement encore et de façon sublime élevé en Dieu.

Gémissements d’autrefois, cessez entièrement !

Désormais plus de place pour la misère car, au ciel, est venu le temps de la grâce. (…)

 

 

Et à ceux qui cherchent pourquoi il est venu de Bosra avec des vêtements teints *,

La parole du prophète, toujours véridique, expose ce qu’elle a dit.

Lorsque l’on presse le raisin, il en sort du vin, et cela sous le poids du pressoir ;

Lorsque la chair [du Sauveur] souffre, le sang se répand sous le fardeau de la Croix.

Le vêtement de celui qui foule se teint au contact de la couleur rouge du vin ;

Le corps qui couvre la divinité est teint par le sang versé.

La couleur rouge des vêtements signifie le supplice qu’Il a volontairement subi,

Mais en l’anéantissant il l’a converti en gloire et en victoire.

 

* Toge de pourpre, vêtement dont était revêtu le triomphateur à Rome, ici symbole du vêtement de victoire.

 

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Extraits d’un sermon de saint Odilon

(Bibliotheca Cluniacensis [Paris, 1614], Mâcon, 1915, col. 394 et suiv., trad. Raymond Oursel).

 

Si donc les défaillances de notre vie mortelle, si nos fautes quotidiennes et le cours précipité de notre vie incertaine nous incitent, par le frut d’une méditation attentive, à un retour sur nous-mêmes, combien davantage nous convient-il de cultiver, et avec une vénération extrême, les œuvres de miséricorde que l’Auteur du salut a accomplies pour notre propre libération. Considérons les courses salutaires que la divinité incarnée a menées pour nous, méditons ce que Dieu a accompli dans l’homme, ce que l’homme assumé par Dieu et manifesté dans le temps a parachevé dans Son corps. (…)

 

 

Quand notre maître et Rédempteur fut livré au supplice de la Croix, après avoir bu le vinaigre, il dit : « Tout et consommé » (Jn19, 30). Phrase à laquelle Il entendit conférer pour nous un double sens. Soit que par les mots « Tout est consommé », Il voulût dire que l’Ancien Testament était révolu et que le Nouveau commençait, soit que nous eussions à entendre : « Le mystère de mon avènement est consommé, jusqu’à cette mort que je subis pour vous. » Dans la Passion du Seigneur, ce sont, en effet, bien des œuvres de Son amour qui ont été consommées ; quelques-unes demeuraient à accomplir, telle l’éclatante Résurrection au troisième jour, puis la merveilleuse Ascension, et enfin, la descente du Saint-Esprit sur les apôtres