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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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PÂQUES

Date de publication : 18/04/2011

Saint Odilon a laissé trois sermons pour la fête de Pâques. Celui que nous publions ici est une invitation à l'action de grâces pour les bienfaits divins accordés en ce jour aux hommes par la Résurrection du Christ.

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Michelangelo Merisi da Caravaggio, dit Le Caravage ~ La Déposition ~ 1602-1603 ~ ROME, Pinacothèque Vaticane

 

C'est aujourd'hui, mes bien chers frères, que, par la Résurrection de notre Seigneur le Christ, et par le triomphe de la victoire qu'Il remporta sur le prince des ténèbres, le monde a recouvré l'espérance de l'immortalité. Ce qui paraissait difficile aux siècles incrédules et impossible aux perfides s'accomplit, par l'ouvrage et la miséricorde de Dieu, jusqu'à la sécurité plénière. Que les coeurs reviennent à la joie : car la saison de l'oppression funeste t la nuée de l'ancien aveuglement ont été dissipées, la tranquilité du repos éternel et la sérénité de la lumière divine ont relui. Il faut donner les louanges à Dieu, célébrer dans l'action de grâces Ses bienfaits et Ses présents, si grands qu'ils ne sauraient être plus magnifiques. Quant à nous, mes frères, nous devons aimer Dieu de tout notre coeur, de toute notre âme et par toute l'aspiration de la vertu [cf. Dt 6,5], nous avons à proclamer toujours et partout Ses bénédictions, Ses louanges, et Sa gloire. Obligation plus absolue encore dans ce temps, car il s'est levé, ce jour qu'appelaient les voeux de tous les fidèles : après l'horible ténèbre de la nuit répandue sur la terre, le monde illuminé par la lumière du Seigneur a resplendi !

 

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Don Simone Calmadolese ~ Graduel ~ vers 1390 ~ CHICAGO, Newberry Library

 

L'avènement de la lumière, c'est-à-dire de la clarté perpétuelle, les mystères sacro-saints de cet avènement lui-même, désignés dès le commencement du monde par les actions des anciens patriarches, exposés par les prophéties multiples, promis par d'irrécusables témoignages, puis révélés lorsque la même lumière apparut dans son humanité, nous les vénérons et les tenons pour certitude, comme les patriarches antiques les vénéraient dans la certitude de l'espérance. Espérance tellement sûre qu'au nombre des vérités qu'ils croyaient et professaient, il en était qu'ils annonçaient comme encore à venir, et d'autres qu'ils se réjouissaient d'avoir déjà connues et dont ils se félicitaient d'avoir été déjà les bénéficiaires. Est-ce que le patriarche David ne croyait pas jouir en personne de l'allégresse de ce jour, quand il disait : "Voici le jour qu'a fait le Seigneur, exultons et réjouissons-nous en lui" [Ps 1171, 24] ? D'où lui venaient donc, dans l'attente de ce jour, une si grande joie et une pareille exultation ? Il savait que, par le mystère d'aujourd'hui, il passerait de la vallée des larmes [cf. Ps 83, 7], et de la douleur de la désolation ancienne à la joie de la béatitude éternelle. Sans le moindre doute en l'espérance de la Résurrection du Christ, et le cilice de la longue pénitence enfin déchiré, il se savait en outre dépouillé du vêtement de la condition mortelle et de la corruption, que nos premiers parents avaient cousu de peaux et de feuillages pour couvrir leur honte [cf. Gn 3, 7 et 21] ; il se savait revêtir la robe de l'immortalité, le manteau de l'allégresse et de la félicité que les oracles divins lui avaient promis. Il disait qu'après la gloire révélée de la Résurretion du Seigneur, et le Christ ressuscitant pour nous à la fin promise du monde, aucune tristesse ne pouvait plus l'étreindre, mais que, par les chants divins et la profession plénière des louanges célestes, il servait Dieu son Seigneur éternellement dans la gloire ; et c'est pourquoi la masse de tous les fidèles, unie à sa personne, exultait et chantait les louanges de Dieu en Lui rendant grâces, et proférait avec David : "Tu as changé ma douleur en joie, Tu as déchiré mon cilice, et Tu m'as environné d'allégresse ; pour que ma joie Te chante et que je ne sois point affligé, mon Seigneur et mon Dieu, je Te confesserai dans l'éternité" [Ps 29, 12-13].

 

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Giovanni BELLINI ~ La Réssurection du Christ ~ 1475-1479 ~ BERLIN, Staatliche Museen

 

Un témoignage de cette nature entend professer davantage les miséricordes du Dieu Sauveur que démasquer les misères de l'homme pécheur ; le Sauveur Lui-même le montre bien, quand Il dit dans l'Evangile : "Je Te confesse, ô Père du ciel et de la terre" [Mt 11, 25], c'est-à-dire : Je Te loue et Te glorifie. Et le saint dans les Psaumes : "Confessez le Seigneur, car Il est bon" [Ps 105, 1]. De cette bonté inestimable, le Seigneur Jésus-Christ a été fait le ministre et le témoin, le dispensateur et la preuve. Ministre par Sa naissance, témoin par Sa mort, dispensateur par Sa Résurrection, preuve par Son Ascension. Oui, du Bien suprême et éternel qu'Il est Lui-même, Il est ministre quand Il naît, témoin dans Sa Passion, dispensateur quand Il est ramené de la mort, et preuve enfin quand Il est élevé à la droite du Père

 

Tel sont les quatre bénéfices particuliers du don divin, extraits de tous les autres bénéfices du Seigneur, et tels les rapportent aux fidèles les quatre livres des Evangiles et les quatre personnes des évangélistes, à travers les quatre espaces du monde. Si nous y croyons de toute notre foi et les retenons avec fermeté ; si, selon notre pouvoir, nous les honorons d'une juste vénération, car c'est par eux surtout que nous connaissons la bonté de Dieu, agissons en conséquence, comme nous le conseille le texte davidique : "Confessez le Seigneur car Il est bon, car Sa miséricorde est éternelle" [Ps 117, 1]. Le monde, réconcilié à Dieu le Père par le sang du Christ, soit l'Eglise catholique, répandue à travers le monde entier, proclame dans le siècle Sa miséricorde, et ne doute pas que le don de Sa miséricorde la puisse délivrer des misères d'ici-bas. C'est la plénitude de tous les fidèles qui proclament à jamais la miséricorde de Dieu, quand par la Résurrection du Christ, qu'elle célèbre aujourd'hui avec une déférence et une dévotion particulières, elle espère sans le moindre doute parvenir à la gloire de la résurrection future et à la joie de la béatitude éternelle, et voir face à face la gloire de son Rédempteur [cf. 2Co 3, 18], réssuscité des morts en la fête d'aujoud'hui. Confessons donc le Seigneur, car Il est bon, en avouant avec humilité nos péchés, en proclamant avec élévation Sa bonté.

 

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Dieric Bouts l'Ancien ~ La Résurrection ~ 1450-1460 ~ PASSADENA, Norton Simon Museum of Art

 

Confessons-Le, car Il est miséricordieux, en louant sans fin Ses miséricordes, afin que dans ce siècle Il nous garde par Sa bonté, et, dans l'éternité, nous concède de jouir à la fois de Sa miséricorde et de Sa présence. Parv le regard de notre foi, nous Le voyons ressusciter selon la chair qu'Il assuma de la Vierge Marie ; qu'Il nous accorde de Le voir de même, face à face, régner selon la divinité qu'Il tient de Dieu le Père, uni et consubstantiel au Père dans la co-éternité du Saint-Esprit, à travers tous les siècles des siècles. Amen.

 

                                                     Saint Odilon de Mercoeur