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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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LE TOMBEAU d'HUGUES de SEMUR

Date de publication : 15/05/2011

Nous entamons notre serie sur la sculpture clunisienne par l'évocation d'un monument funéraire important dont les fragments, retrouvés lors de différentes fouilles, témoignent d'une qualité esthétique et d'une facture remarquables.


Hugues de Semur fut le sixième abbé de Cluny (1049-1109). Il présida la congrégation clunisienne à son apogée pendant soixante années. Il mourut le 29 avril 1109. Son successeur, Pons de Melgueil, fut à l’origine du procès de canonisation par la commande de plusieurs vies d’Hugues, mettant l’accent sur sa sainteté et ses miracles. En 1120, lors d’une cérémonie à Cluny, il fut reconnu saint par le pape Calixte II. Son monument funéraire est connu par plusieurs textes et par un dessin d’Alexandre Lenoir exécuté en 1800. Ce dernier avait souhaité pouvoir sauver ce monument afin d’enrichir son Musée des Monuments Français à Paris.

 

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 La tombe de Saint-Hugues ~ Aquarelle d'Alexandre Lenoir ~ RF 5281, fol 69, Cabinet des dessins du musée du Louvre ~ (c) Cliché Musée Nationaux

 


Cette sépulture se trouvait derrière l’autel matutinal dans l’abside. Elle resta là jusqu’aux années qui suivirent la Révolution. Cependant, le chef de saint Hugues et d’autres reliques en avaient été soustraits depuis le XIIIème siècle pour être placés dans divers reliquaires, et le tombeau eut à souffrir des dégradations au moment des guerres de religion du XVIème siècle. L’archéologue américain Kenneth John Conant en donne un dessin plus précis grâce aux fragments exhumés en 1928, lors de ses fouilles à l’emplacement de la grande abside de l’église abbatiale. De nouveaux fragments furent exhumés en 1995 : des maçonneries qui avaient condamné la porte de la galilée et qui permirent d’apporter un regard nouveau sur l’ordonnance des parties hautes du monument.

 

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Fragments du tombeau de saint Hugues ~ présentés à l'exposition "Cluny, apogée de l'art roman" durant l'été 2010 ~ (c) cliché FCL


Un grande frise supérieure couronne, sur au moins deux côtés du monument, quatre arcatures abritant chacune un personnage. Sa composition est maintenant mieux connue et s’identifie à une véritable architrave. Soulignée par une corniche composée d’une rangée de palmettes et d’un bandeau nu, une puissante frise de rinceaux et de grandes palmes « d’un goût sévère et de la plus belle exécution » selon A. Lenoir, se déroule majestueusement. Alternativement vers le haut et vers le bas prend naissance un thyrse puissant. Une corniche composée de deux tores séparés et des bandeaux nus porte la hauteur totale de cette architrave à 85 cm.

 

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 Fragment du tombeau de saint Hugues ~ (c) cliché FCL


Les fragments sont taillés dans le calcaire et ont 13 cm d’épaisseur : leur dos, soigneusement layé, correspond aux faces internes du monument, dont le volume intérieur était visible par l’arcade latérale. Cette ouverture était-elle un accès, ou permettait-elle aux fidèles d’apercevoir l’intérieur du tombeau ?


En toute état de cause, les découvertes récentes ont établi les dimensions importantes du monument (soit 2,50 m sans le socle), alors que la seule interprétation des documents figurés laissait à penser que le monument était de dimensions beaucoup plus réduites. Les parties inférieures du mausolée sont maintenant mieux connues : les fragments de pilastres à gaufrures peuvent être rattachés avec certitude aux fragments de personnages, et un buste de personnage fut également découvert.

 


Le facture de la sculpture est très proche de celle des jambages du grand portail de Cluny III : il est donc possible de rapprocher son exécution des années 1125-1130, et non de celles qui suivirent immédiatement la mort de saint Hugues. Le monument, associé au plus illustre des abbés bénédictins, fut vraisemblablement terminé pour 1130, date de la dédicace de la grande église qu’il avait lui-même fondée 42 ans auparavant.