L'ABBATIAT d'ODON (927-942) - 2ème partie
Dernière modification le 08 décembre 2009Les réformes et le développement de l'abbaye sous l'abbatiat du second abbé feront dire à Pierre le Vénérable qu'Odon " se dévoue à son oeuvre divine et jette les premiers fondements de Cluny. De là, pendant toute sa vie, il dissémine de tous côtés les semences de la religion".
La règle en vigueur sous l’abbatiat d’Odon est celle de saint Benoît selon l’interprétation de Benoît d’Aniane avec un certain nombre de spécificités. Dans le cadre de la liturgie, Odon va amplifier le temps de prière, ajoute des psaumes, rallonge les antiennes. Ses successeurs agiront de même, au point de faire du moine clunisien le modèle du « moine orant », au détriment du temps réservé à l’étude et au travail manuel, réduit au strict minimum.

Musicien et auteur de trois hymnes et de douze antiennes dédiées à saint Martin dont il instaure la fête à Cluny, Odon exalte l’importance de la musique dans la liturgie. Selon lui, le chant, qui exprime l’unité de la communauté, est un moyen d’élévation spirituelle : « Les chanteurs, par leurs modulations, expulsent tous désirs diaboliques du cœur de ceux qui écoutent », écrit-il dans ses Conférences. Une manière plus radicale de dire que la musique adoucie les mœurs ! Des son époque également, les clunisiens se réunissent chaque jours , à prime en été, après tierce et la messe matutinale en hiver, pour l’office du chapitre, ainsi appelé en raison de la lecture d’un chapitre de la règle de saint Benoît qui y est faite. Enfin, Odon contribue au développement de la dévotion mariale. En ce qui concerne l’ascèse monastique, il est particulièrement attentif à la taciturnité prônée par la règle bénédictine : s’il chante l’office, le moine clunisien doit vivre dans le silence, qu’il tend à imposer tout au long de la journée. Les moines n’ont pas à perdre leur temps en bavardages et doivent se réserver à la prière et à la méditation. Et pour permettre les communications nécessaires à la vie de la communauté, il perfectionne le système de signes mis au point par son prédécesseur. Il remet également au goût du jour certains préceptes bénédictins souvent négligés. Au niveau de l’alimentation, le régime est austère : pas de viande, ni de gras ; quant au vêtement, ils doit exclure toute fantaisie. Odon est aussi le premier à exiger des moines qu’ils se lavent : alors que la saleté est encore perçue comme une marque d’ascétisme dans certains milieux monastiques, lui n’y voit qu’hypocrisie.
Pour diffuser l’observance clunisienne, Odon peut compter sur l’appui de la papauté qui confirme, dès 928, en la personne de Jean X, le testament de Bernon, puis réitère sa protection sur Cluny en 936 et 937, en la personne de Léon VII. En 941, le pape Jean XI, tout en confirmant l’immunité de l’abbaye, permet à Odon d’accueillir tout religieux désireux d’améliorer sa vie religieuse, quel que soit le monastère d’où il vient : par ce privilège autorisant les moines à rompre leur vœu de stabilité pour devenir clunisiens, le pape place l’abbaye bourguignonne au rang de modèle du monachisme réformateur. . « On vit cette pauvre et presque inconnue vallée de Cluny, comme une terre dont on arrache les épines, produire des moissons nouvelles et remplir les greniers du Seigneur d’un pur froment, séparé, par les coups redoublés du fléau qui frappe sur l’aire, de la paille des vices. », écrit le moine Raoul Glaber.

Odon peut aussi compter sur l’appui des puissances temporelles. Les grandes familles aristocratiques gratifient l’abbaye en donations de terres ou même de monastères, leur générosité trouvant sa récompense dans les prières perpétuelles des moines, pour le salut de leur âme, de celle de leurs ancêtres ou de leurs descendants ; et elles engagent souvent certains de leurs membres dans la communauté clunisienne – enfants en tant qu’oblats, des adultes d’âge mûr à vocation tardive, des vieillards…
Parmi les grands protecteurs de Cluny, on trouve en particulier le comte de Mâcon, la comtesse Adélaïde, sœur du roi de Bourgogne Rodolphe 1er et veuve du comte d’Autun Richard le Justicier, ainsi que les deux fils de cette dernière, le duc de Bourgogne Hugues le Noir et le roi de France (923-936), ou encore Albéric, le petit fils de Théophylacte, qui prend le titre de prince de Rome en 932. Ainsi Odon a-t-il invité le roi Raoul de France, Rodolphe et le comte de Mâcon à confirmer, dès les premières années de son abbatiat, les possessions et l’immunité de son abbaye ainsi que la libre élection abbatiale.
Fort de ses puissants auxiliaires, l’abbé de Cluny ne tarde pas à être sollicité par les grands ou par les partis réformateurs à l’intérieur des monastères, afin d’y diffuser l’observance clunisienne. En 927, Acfred, le neveu de Guillaume le pieux, fonde un monastère à Sauxillanges selon les désirs de son oncle, et en confie la charge à l’abbé de Cluny.

Romainmôtier
En juin 928 ou 929, la comtesse Adélaïde fait don à Cluny du monastère de Romainmôtier, dans le Jura suisse, alors privé de moines, afin de le restaurer.
Vers 931-932, Odon reçoit à l’initiative du comte Hugues d’Arles et de Vienne, le monastère de Charlieu, fondé avant 876 au nord de Roanne.
En 931, Odon réforme le monastère de Saint-Géraud d’Aurillac et le comte Lisiard d’Orléans lui demande, avec l’accord du roi de France, de restaurer la discipline dans l’abbaye royale de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire). De même, Odon est appelé à Saint-Julien de Tours, à Saint-Pierre-le-Vif de Sens, à saint-Allyre de Clermont, à Ambierle dans le Roannais, à Saint-Cybard d’Angoulême, à Saint-Martin de Tulle, à Saint-Sauveur de Sarlat et à Lézat en Ariège. Son action s’étend à l’Italie où il se rend à trois reprises en 937, 939 et 942. Il profite de ces séjours pour introduire à Rome les coutumes clunisiennes à Saint-Paul-hors-les-Murs et au monastère Sainte-Marie sur l’Aventin.

Saint-Benoît-sur-Loire
La plupart des monastères réformés par Odon ne lui sont pas assujettis. En effet, seuls ceux qui lui ont été donnés ou qui ont été fondés par lui ou son prédécesseur ( à savoir Romainmôtier, Charlieu, Déols, Massay, Souvigny et Sauxillanges) sont soumis à son autorité. Quant aux autres, Il y introduit ses coutumes et veille à placer à leur tête un abbé réformateur, mais il n’exerce ensuite aucun contrôle. Dans les meilleurs cas, ces monastères ne resteront liés à Cluny que par des liens fraternels.
A Cluny même, le domaine s’agrandit dans la campagne alentour, grâce à la générosité d’ecclésiastiques ou de laïcs. Ces donations comprennent des terres, des bâtiments d’exploitation, mais aussi des églises dont les revenus peuvent être importants. Les clunisiens en perçoivent les dîmes, conformément à un privilège accordé par le pape Jean XI en 931
Odon tombe malade à Rome,au cours de son troisième séjour italien, en 942. Sentant sa fin prochaine, c’est à Tours, la ville de sa jeunesse, près du tombeau de saint Martin qu’il souhaite reposer. Après sa mort, le 18 novembre 942, son corps est déposé dans la crypte de la nouvelle église de l’abbaye Saint-Julien. Il faudra attendre l’abbatiat d’Hugues de Semur pour que soit fêté avec grande dévotion, le 18 novembre, celui que les clunisiens verront comme le « père qui mit en place les fondements de leur cité ».

Dans un panégyrique que l’on avait coutume de lire à Cluny le jour de la fête de saint Odon, un moine anonyme a développé un vif sentiment de reconnaissance et de piété filiale, résumant ainsi l’œuvre de cet abbé : « combien est grande la gloire de celui qui se réjouit de la sagesse et de la piété de fils si nombreux. C’est lui qui nous a enfantés à Jésus-Christ par l’Evangile. Tout ce qui existe de vertus et de grâces dans ce peuple saint émane de lui, de même que de la source limide d’une fontaine émane l’eau pure des ruisseaux. Celui qui excellait par la vigueur de sa chasteté, qui plaçait sa gloire dans la mortification, qui était doué d’une douceur pleine de caresses, provoqua chez tous les citoyens l’amour de Dieu… Sa vie entière fut un combat incessant contre l’ennemi qui veille toujours. A combien d’aveugles, égarés loin des voies de la vérité et parvenus au bord du précipice, n’a-t-il pas rendu la vue et montré la lumière du Christ. A combien d’oreilles sourdes et endurcies depuis longtemps dans l’infidélité, n’a-t-il pas rendu le sens précieux de l’ouïe et fait entendre la voix des préceptes célestes, afin que la miséricorde de dieu les appelant, ils lui répondissent par l’obéissance. Combien d’âmes atteintes d’une blessure profonde il a guéries par l’ardeur d’une parole angélique, par la puissance de ses prières, par ses réprimandes, par ses exhortations… De combien de cœurs possédés par l’iniquité et l’impiété il a expulsé la luxure, la colère, effacé l’envie, comme on chasse des hôtes barbares de leur antique demeure, pour y rappeler la foi, la chasteté, la justice, la miséricorde, ces pacifiques habitants, à l’aide desquels il sut faire entrer dans le domicile de l’esprit le Christ, source de tous biens… Le bienheureux Odon fut surtout nécessaire dans ces temps où l’impiété partout répandue augmentait chaque jour, où la justice faisait défaut de tous côtés. » (Bibl. Clun., p. 1762)
Actualité Cluny 2010
jeudi 10 décembre 2009 / INHA, Paris "Romainmôtier et Cluny"
jeudi 17 décembre 2009 / INHA, Paris "Cluny III, la Maior Ecclesia"
Contact : Société Française d'archéologie
Tél : 01 42 73 08 07
Courriel : sfa.sfa@wanadoo.fr
IMMERSION DANS LA GRANDE EGLISE DE L'ABBAYE DE CLUNY
Le lundi 16 novembre dernier était inaugurée au centre Arts et Métiers ParisTech de Cluny une salle immersive, permettant de visualiser l’église abbatiale de Cluny en 3 dimensions, comme si l’on y était !

Constituée de deux écrans d’un total de 18 m2, l’un en face du spectateur, l’autre au-dessus de lui, et d’un système de projection de très haute qualité, cette salle permet une restitution virtuelle de la Maior Ecclesia exceptionnelle, où le moindre relief devient presque palpable, tant le rendu offert grâce aux lunettes 3D est impressionnant.
Unique en France, car elle est démontable, cette salle d’immersion virtuelle constitue un outil de travail pour les ingénieurs du projet Gunzo et les membres du comité scientifique. Elle leur permettra de travailler sur l’une des grandes nouveautés de l’été 2010 : la projection d’un nouveau film en 3D dans une salle de diffusion intégrée au circuit de visite de l’abbaye. Le visiteur pourra alors se rendre compte de l’immensité de l’édifice aujourd’hui disparu et presque toucher du doigt les sculptures et reliefs qui ornaient la grande église Cluny III. Une présentation sera faite aux clunisois au début de l’année 2010.



