L'ABBATIAT de MAYEUL (954-994)
Dernière modification le 19 janvier 2010Présenté comme un personnage exceptionnel par l'historiographie clunisienne, Mayeul (né en 910) succède à Aymard.
En 954, malade et pratiquement aveugle, l'abbé Aymard n'est plus en mesure d'assumer seul le gouvernement de Cluny. Il désigne Mayeul comme coadjuteur et le choisit comme successeur. Son choix est approuvé par 132 moines rassemblés à cluny pour l'occasion : outre la cinquantaine de moine de l'abbaye bourguignone, ily a des religieux venus de Charlieu, Romainmôtier, Sauxillanges ou Pont Saint-Esprit, noyaux de la congrégation naissante à laquelle se trouve l'abbé de Cluny.
Selon Odilon, il est le prince de la vie monastique, celui que les rois et les grands de la terre appelaient "seigneur et maître". Sa réputation est empreinte de l’idéal de perfection monastique cher à Odilon et beaucoup de textes furent consacrés à cet éminent abbé.

Saint Mayeul ~ peinture de l'armoire aux relique de Souvigny ~ XVème siècle
Né vers 910, il était le fils de Fouquier de Valensole, important membre de l’aristocratie provençale de la fin du IXème siècle. Sa famille, en exil, ne se fixa à Mâcon que vers 918. Il entra très tôt dans le clergé séculier, étudia à Lyon avant de devenir chanoine de la cathédrale Saint-Vincent de Mâcon, puis archidiacre. On lui offrit même le siège archiépiscopal de Besançon qu’il refusa pour se faire moine à Cluny. Il pronça ses vœux peu après 940 (943-944). Il entre à Cluny à l’invitation du prieur Hildebrand. Il occupe la fonction d’armarius (chargé des livres) et dirige le scriptorium, mais aussi tout ce qui concerne le déroulement de la liturgie. En 954, il est envoyé en compagnie du moine Heldric, le futur abbé de Saint Germain d’Auxerre et de Flavigny, en légation à Rome auprès du pape Agapet II, dont ils obtiennent la confirmation des biens de Cluny.Il passe pour avoir été infatigable, visitant inlassablement ses domaines, voyageant au loin pour rencontrer les personnalités marquantes de son temps. Il se rendit à la cour du roi de Germanie, Otton le Grand, tout comme en Italie pour rencontrer l’empereur et le pape. Il chercha à nouer des liens multiples et étroits avec la plus haute aristocratie. Pour ce faire, il bénéficia du prestige d’Odon. Par ailleurs, Adélaïde, la sœur du roi de Bourgogne, Conrad le Pacifique (937-993), lui vouait une grande admiration. Devenue par la suite épouse de l’empereur de Germanie Otton, elle lui conserva son estime. Il entretenait ains des relations avec les plus puissantes personnalités de l’Occident. Il intervint parfois dans des affaires à caractère privé.
Il poursuit la réforme d’Odon. Pendant les quinze premières années de son abbatiat, il consolida ce qui avait été forgé par ses prédécesseurs.
C’est lui qui entreprit la construction de Cluny II dès 955. Trois fois plus vate que la précédente, elle est destinée à accueillir une communauté en plein essor. En service dès 965-970, elle est consacrée en février 981, quelques temps après avoir été gratifiée des reliques de Pierre et Paul. Elle sera achevée après sa mort entre 1002 et 1018.
En développant l’activité du scriptorium, le quatrième abbé de Cluny accroit le temporel de l’abbaye dans la campagne clunisoise grâce aux dons de nobles laïcs et ecclésiastiques.
La réforme clunisienne est diffusée dans la France capétienne et en terre d’empire, particulièrement en Bourgogne, Provence, Suisse et Italie. Dans les pas d’Odon, Mayeul exalte le culte de la virginité dans la spiritualité clunisienne : les moines constituent un ordre nouveau, angélique, distinct de tout autre, et basé sur le refus consenti de la chair. Les clunisiens se font aussi les chantres de la dévotion mariale, rappelant que la virginité de marie a engendré cette parole salutaire, annonciatrice d’un ordre nouveau incarné par le Christ.

Combat contre un Sarrasin ~ peinture murale de la tour Frerrande à Pernes-les-Fontaines ~ XIIIème siècle
Dans la nuit du 21 au 22 juillet 972, revenant de Rome, il est capturé par les Sarrasins, probablement à Orsière, sur la Drance, dans le Valais. Selon Raoul Glaber, moine clunisien et historien du XIème siècle, qui relate les faits dans ses Histoires (I, IV, 9), les moines de Cluny firent fondre les objets et ornements en métal précieux afin de réunir l’énorme somme de 10 000 livres d’argent exigée en échange de la libération de leur abbé. Cela montre que Cluny est devenue une abbaye riche, capable de mobiliser des fonds importants sans recourir à l’emprunt et nuire à l’équilibre de ses finances.
Cet épisode renforce le prestige de Mayeul au point qu’en 974, à la mort du pape Benoît IV, l’empereur Otton lui offre de monter sur le siège de Pierre. Fidèle à sa vocation monastique, il refuse.

Chapiteau de la crypte ~ Saint-Bénigne, DIJON
C’est sous son abbatiat qu’il réforme l’abbaye de Saint Marcel près de Chalon et confie à Guillaume de Volpiano, en 989, la réforme de la grande abbaye Saint Bénigne de Dijon qui devient sous sa houlette un centre monastique prestigieux.
En 994, alors qu’il est âgé de plus de 80 ans et qu’il a désigné Odilon depuis 993 pour lui succéder, Hugues Capet lui demande de réformer l’abbaye de Saint Denis. Il se met en route, mais ayant fait étape à Souvigny, il meurt le 11 mai, au lendemain de l’Ascension. Un pèlerinage très fréquenté commencera à se développer sur sa tombe.
Actualité Cluny 2010
Jeudi 28 janvier 2010 à l’INHA ~ Paris
Conférence : « LE CULTE DES SAINTS : MAYEUL ET ODILON DE SOUVIGNY »
Par Pascale CHEVALIER, à l'Institut national de l'histoire de l'art (Paris 2e).
Tél : 01 42 73 08 07
Courriel : sfa.sfa@wanadoo.fr
Vendredi 29 janvier 2010 à Chalon-sur-Saône, à 14h30 à la Maison des Syndicats
Conférence : « CLUNY, LA GRANDE ABBATIALE D’HUGUES DE SEMUR »
Par Brigitte Maurice-Chabard, conservatrice du musée Rollin d’Autun, organisée par l’Université pour tous de Chalon-sur-Saône, à la Maison des Syndicats, Place Mathias à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).



