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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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La RECONSTITUTION des PORTAILS de CLUNY III

Date de publication : 19/01/2011

Nous vous proposons l'article de Juliette ROLLIER-HANSELMANN, publié dans le numéro 13 du Bulletin du Centre d'Etudes Médiévales d'Auxerre en 2009...

 

 

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Cluny, vue des fouilles de l'avant-nef en 1988 

 

Le fonds Conant représente environ 120 caissettes de fragments. À cela s’ajoute le matériel trouvé lors des fouilles de 1988-1989, soit environ 250 caisses. Il convient de rappeler rapidement les conditions de travail déplorables de l’époque. L’avant-nef devait être rapidement déblayée à la pelle mécanique et la terre évacuée à la déchetterie. L’archéologue Gilles Rollier (1) a demandé l’autorisation orale à la DRAC de transporter cette terre sur une aire de stockage à l’extérieur de la ville, afin de procéder au tri de 4 000 m3 de remblai, travail effectué durant trois mois. Plus de 6 000 fragments de sculpture romane ont ainsi été récupérés (environ 250 caisses de fragments) et sauvés de la destruction. Pour étudier les deux portails de l’avant-nef, il s’agissait donc de trier 370 caissettes de pierres contenant des éléments provenant de toutes les parties de l’élévation : piliers, colonnes, chapiteaux, frise, portails, voûtes, corniches. Nous avons prélevé environ 50 caisses qui ont été transportées dans le musée où un inventaire précis, sur base de données, est effectué, ainsi qu’une campagne photographique. La taille des fragments varie de quelques centimètres à plusieurs dizaines de centimètres selon les éléments. Certains blocs sont difficilement transportables.

 

Un premier tri visait à distinguer les éléments appartenant au portail roman et à la façade gothique, laissant de côté ceux concernant les autres parties de l’avant-nef, tels que les frises et chapiteaux (divers types d’acanthe, crochets, palmettes, personnages accroupis). De même l’Arabba (2), encadrant les écoinçons du tympan, n’a pas encore été analysée. Quant aux éléments architectoniques – piliers, pilastres cannelés, corniches, moulures – ils restent à étudier. Comme chacun des morceaux a été marqué d’un numéro par les archéologues Conant et Rollier, il était ensuite possible de les rassembler et de les mélanger, pour effectuer des rapprochements, par type de calcaire, type de motifs et type de couleurs. Pour le portail roman, il s’agissait ensuite de différencier les personnages du linteau, ceux du tympan et les éléments des archivoltes. Un rangement par type de calcaire a facilité en partie le travail. En effet, les apôtres du linteau sont sculptés dans un calcaire beige, tandis que les éléments de l’archivolte sont élaborés dans le calcaire blanc de la Lie. Les hypothèses de travail de Conant peuvent être maintenant corrigées et complétées par l’étude de la polychromie. Des prélèvements de pigments sont également faits sur les parties remarquables.

 

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Jean-Baptiste LALLEMAND, Vue de la grande église de Cluny - vers 1773 - Bibliothèque Nationale, PARIS

 

Le portail roman dans la documentation ancienne

 

D’après les vestiges archéologiques encore en place, nous pouvons estimer que le tympan mesurait 5,60 mètres de large et 3,25 mètres de hauteur, pour une épaisseur d’environ 40 centimètres. Selon la description de Benoît Dumolin, au milieu du XVIIIe siècle, il serait sculpté dans un seul bloc, tout comme le linteau (3) La mise en place d’un tel portail était donc un exploit technique difficile à réaliser vers 1120 et Benoît Dumolin parle d’ailleurs d’une sorte de miracle survenu au moment de la pose du linteau (4). Une gravure de J.-F. Garnerey, publiée en 1825, montre le portail roman de façon trop imprécise pour permettre une reconstitution fiable – le Christ n’est pas entouré d’une mandorle et diverses figures flottent le long du linteau (5). Un dessin de Jean-Baptiste Lallemand (1773) restitue l’avant-nef dans son ensemble, mais l’image du portail est imprécise. En revanche la description qu’en fait Benoît Dumolin au milieu du XVIIIe siècle est d’une grande utilité :

 

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Maquette de J.-K. CONANT - Farinier de l'abbaye de Cluny - Cliché FCL

 

« La couverte de la porte [= linteau] est d’une seule pierre épaisse de 14 pouces, haute de 3 pieds […] elle est ornée de 23 figures de saints en relief, presque entassés tant elles sont proches l’une de l’autre. La couverte de la porte est chargée d’une niche de même largeur (= tympan), haute d’environ neuf pieds, son enfoncement est de 8 à 10 pouces ; ce morceau est d’autant plus remarquable qu’il est orné d’une seule pierre entaillée dans la couverte et dans les flancs du cintre […] Dans le centre de cette niche on en voit une autre en ovale [= mandorle], terminée par une plate bande large d’un demi-pied, et presqu’autant hors d’oeuvre ; cette dernière est remplie par la figure du père éternel, représenté assis [Christ en Majesté], un livre à sa main gauche et à la droite élevée comme pour donner la bénédiction ; ses pieds sont appuyés sur un demi-ovale horizontal de neuf pouces de saillie placé immédiatement au dessus de la couverte de la porte : à côté du père éternel et dans la grande niche on voit à droite et à gauche les figures symboliques des quatre évangélistes, celles de deux anges portés sur des nuages, embrassant la niche du centre et à côté de ceux-ci la figure de deux autres, un de chaque côté des pieds aussi contre les nuages, mais renversés obliquement de façon que leur tête portent vers les pieds des premiers. Toutes ces figures sont en relief exprimé et tiré du fond de la masse qui forme la niche [= technique de taille en cuvette]. »

Dumolin parle ensuite avec précision des voussures du portail, qui contiennent des motifs végétaux et une voussure occupée par quinze petites arcatures abritant chacune une figure d’ange. La quatrième voussure est décorée de vingt-cinq médaillons ornés d’une tête. Tous ces éléments peuvent être étudiés à partir du matériel archéologique récolté. Dans certains cas la polychromie subsiste également. Autour du portail courait une frise décorative, nommée arraba, et les écoinçons latéraux étaient occupés par les quatre apôtres, clairement visibles sur le dessin de J.-B. Lallemand et décrits précisément par Dumolin :

« On voit une plate bande large d’environ un pied et demi, tirée en ligne droite sur la largeur du vestibule, elle est placée immédiatement sur le grand cintre et descend perpendiculairement de chaque côté jusque à sa naissance. Cette plate bande est chargée de roses et de figures d’animaux monstrueux placés alternativement sur le cadre qui règne entre la plate bande et le grand cintre du portail, on voit de chaque côté deux statues en relief, hautes d’environ 4 pieds et demi, elles paraissent exprimer quatre des saints apôtres. »

Un niveau d’arcatures était situé au-dessus du portail, lesquelles étaient ornées de peintures murales : « On voit neuf niches, séparées entre elles chacune par un pilastre haut d’environ cinq pieds, les pilastres sont cannelés et les chapiteaux gothiques ; huit niches, quatre de chaque côté, sont ornées chacune de la figure d’un abbé en plate peinture ; la niche du centre sert de fenêtre pour éclairer la chapelle de saint Michel ».

 

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Maquette de J.-K. CONANT - Farinier de l'abbaye de Cluny - Cliché FCL

 

La description de Dumolin concerne aussi la partie supérieure du mur pignon percé de quatre baies : « Du dernier cordon jusqu’à la voûte du vestibule, on ne voit plus rien de remarquable ; le mur y est percé de quatre fenêtres inutiles dont trois sont sur le même alignement et la quatrième touche presqu’à la hauteur de la voûte. »

En revanche, la vue de J.-B. Lallemand pourrait tenir compte d’une importante reprise de la façade, car elle fait état du rebouchage des trois baies inférieures. L’oculus serait donc le résidu d’une baie obturée de moitié par un appui rectangulaire du XVIIIe siècle.

 

Étude du matériel lapidaire

 

Conant a proposé une restitution du portail qui sert de base pour nos travaux. Sa maquette en plâtre est le résultat de recherches assidues faites à partir du matériel récolté. Les plus beaux personnages retrouvés par l’archéologue américain sont présentés au musée d’Art et d’Archéologie de Cluny. Une dizaine d’apôtres peuvent être replacés sur le linteau, en raison de leurs dimensions, de leur position et du type de calcaire choisi. La description de Benoît Dumolin précise que le linteau comptait vingt-trois personnages, dont le cortège apostolique (douze figures), disposé de part et d’autre d’une Vierge entourée de deux anges (trois figures). Aux extrémités du linteau, Conant a placé deux scènes bibliques, à gauche les Saintes Femmes au tombeau et à droite les pèlerins d’Emmaüs, ce qui paraît vraisemblable dans l’état actuel des recherches.

Le tri du matériel archéologique – fonds Conant et Rollier (6) – permet d’y ajouter de nombreux morceaux, dont certains sont polychromes. Nous distinguons des personnages de tailles différentes, sculptés dans plusieurs types de calcaire. Ceux du linteau sont taillés dans du calcaire oolithique, de teinte beige à gris selon les lits. Plusieurs archivoltes sont réalisées dans le calcaire pisolitique blanc provenant des carrières de la Lie (près de Mâcon). De telles indications techniques aident à répartir les fragments à l’intérieur du portail ou sur les parties périphériques. De nombreuses marques de taille de pierre et d’outils sont également perceptibles. À titre de comparaison, les grands chapiteaux provenant du déambulatoire – actuellement présentés dans le farinier –, ont été sculptés dans du calcaire à entroques (7). Le calcaire micritique beige à bleuté, de qualité fine, a servi de façon ponctuelle pour les murs en grand appareil de l’avant-nef. D’autres éléments en arkose ont été utilisés à la base de la porte d’honneur (8).

 

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Fragments provenant des fouilles de 1988 - Cliché J. Rollier

 

Le linteau était soutenu par deux consoles, dont l’une était constituée d’un atlante, relativement bien conservé – musée d’Art et d’Archéologie de Cluny –, qui présente de nombreux restes de couleur jaune. Un exemple similaire d’atlante se trouve au prieuré clunisien de Charlieu (9). Certains éléments de la façade romane sont disséminés dans divers musées à l’étranger, notamment le personnage majeur qu’était saint Pierre – Providence, Rhode Island School of Design –, un apôtre est conservé à New York – Metropolitan Museum of Art –, l’aigle de saint Jean à Paris (musée du Louvre) ainsi qu’un piédroit (Paris, musée de Cluny).

En 1810 la destruction de la façade romane a été achevée à la mine et il est difficile de savoir dans quelle mesure le portail roman a été touché (10). Il subsiste plusieurs fragments appartenant au Tétramorphe – ailes, tête de lion, pattes griffues. L’aigle de saint Jean (conservé au Louvre) est l’élément le plus complet qui donne l’échelle approximative de l’ensemble. La base de la mandorle du Christ est un autre morceau important.

La chronologie de la construction permet de situer la datation du portail roman vers 1115-1120 (11). Le style des sculptures ressemble à d’autres créations de l’époque, comme les portails d’Anzy-le-Duc, Montceaux-l’Étoile et Perrecy-les-Forges. Les drapés sont articulés en réseaux parallèles et en plis souples qui retombent en cascades. Le traitement des reliefs est très développé, avec des figures presque en ronde-bosse par endroits (12). Le tympan et le linteau de Cluny ont été taillés selon la technique dite en cuvette que l’on observe également sur divers tympans bourguignons (13).

 

 

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 Jean-Baptiste LALLEMAND, vue de la cour devant la grande église - vers 1773 - Musée d'Art et d'Archéologie de Cluny

 

Le portail gothique

 

L’avant-nef a été un chantier de longue haleine avec la mise en place de la façade gothique dans la première moitié du XIIIe siècle, peut-être sous Roland de Hainaut (1120-1128) (13). Un dessin de J.-B. Lallemand, daté vers 1773 (14) permet de connaître l’aspect de cette façade avant la destruction, mais l’interprétation de ce document soulève un certain nombre de questions, notamment quant à l’organisation précise du portail, le nombre et la disposition des ouvertures sur les tours barabans. La description de B. Dumolin apporte de nombreuses précisions, qui ne sont pas visibles sur le dessin de Lallemand :

« Le portail du vestibule [= avant-nef] est dans le goût gothique ; il a environ 26 pieds d’hauteur sur la largeur de 16, ce qui en marque évidemment l’irrégularité. Les jambages sont ornés de chaque côté de quatre colonnes en pierre, isolées, dont la première à droite et à gauche est coupée horizontalement en manière de niches. Dans la droite est placée une figure en pierre, haute d’environ six pieds, sous l’image de saint Jean Évangéliste ; Saint Étienne sous une figure parallèle à la première, remplit la niche sur la gauche. Le milieu de la porte est partagé par une colonne perpendiculaire [= trumeau], de niveau aux collatérales, aussi coupée en manière de niche, ornée de la statue de saint Pierre, semblable en tours et hauteurs aux premières figures. La porte du vestibule est à deux batans en bois, taillée en sculpture, et ornée de trente figures en relief. Les cintres du portail sont surbaissés ; des cintres au contour s’élève une demi-rose en vitraux, à cinq colonnes en pierre, placée sur un massif haut, d’environ trois pieds, appuyé sur les cintres. La façade du massif est peinte et ornée de trois figures de pierre en relief, celle du centre est l’image de la Vierge, les deux figures collatérales représentent des anges. Le grand cintre du portail [= tympan] est orné de moulures, qui naissent du niveau des colonnes qui en ornent les flancs. De l’une ou l’autre tour qui terminent la largeur du portail il y a trente pieds. Le massif adossé de chaque côté sur les tours contre lequel les flancs du portail sont appuyés en a douze d’épaisseur, il s’étend du dehors de la poutre jusque au-dedans du vestibule au niveau des tours. Le quatrième et le cinquième degré leur plateforme et le portail, sont couverts par un appentis, autrefois décoré par un lambris peint, formé suivant le contour du portail. Au-dessus de l’appentis qui couronne le portail, on voit une rose qui remplit le vide de l’une à l’autre tour ; cette rose est dans son plein cintre, elle forme un niveau d’environ trente pieds de diamètre, composé de vingt branches qui naissent de la circonférence d’une rose plus petite qui forme le centre. La première, les branches de deux en deux terminent à leurs extrémités un centre taillé en trèfle ; le contour du grand centre est formé par une moulure massive en manière de quart-devant, placé entre deux tours creuses. La rose est couronnée par un massif en chevron brisé, élevé au niveau du couvert du vestibule, à l’extrémité du chevron brisé on voit la figure d’un bénédictin en aube, l’encensoir à la main ; cette figure est en pierre haute d’environ 4 pieds et demi, placée sur un piédestal gravé uni. »

 

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Dessin de Fabien Van Riesamburg - 1814

 

Le tri du matériel lapidaire a permis de retrouver certains éléments appartenant aux extrémités des branches de la grande rose qui mesurait environ huit mètres de diamètre. La numérisation de ces pièces permet non seulement de retrouver les dimensions exactes de la rose, mais également de les replacer dans la reconstitution virtuelle de la façade. L’interprétation de l’esquisse de Van Riesamburgh (1814), réalisée depuis l’intérieur de l’église, en direction du revers de façade, soulève d’autres questions. Ce dessin peut paraître sommaire, mais indique la présence d’une arcature de type gothique, située sous la rose. De nombreux fragments découverts en 1988 appartiennent à cette partie du bâtiment. De nombreux restes très colorés, généralement rouge, blanc et noir, appartiennent peut être aux parties latérales du portail où se trouvaient, selon Dumolin, les statues de Jean l’Évangéliste, Pierre et Étienne. Les travaux de dépoussiérage et d’étude des polychromies sont en cours. L’extrême fragilité des couleurs nécessite la mise en place d’un type de refixage adapté.

 

De Viollet-le-Duc à Conant

 

Un parallèle intéressant a pu être fait par Guillaume Schotté (ingénieur Arts et Métiers ParisTech) concernant les plans de Conant qui semblent directement inspirés de ceux de Viollet-le-Duc. Dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, publié en 1889, l’auteur présente le plan de la basilique de Vézelay, édifice qu’il a abondamment repris et dont l’avant-nef semble avoir fortement inspiré Conant. La structure des piliers en correspondance avec les éléments de l’élévation est identique, dans les restitutions de Conant, entre Cluny et Vézelay. Un lien existe donc entre Viollet-le-Duc et Cluny. En effet, l’architecte, Jean-Charles Laisné (1819-1891), qui a rénové le palais du pape Gélase à Cluny, a travaillé avec Viollet-le-Duc et Questel. En 1855, il succéda à Questel comme architecte chargé de restaurer, entre autres, Saint-Philibert de Tournus, puis Notre-Dame de Dijon (1865-1870). Conant connaissait certainement les travaux de ces architectes réputés. Les calculs de Viollet-le-Duc s’avèrent donc utiles pour restituer les volumes architecturaux de l’abbaye de Cluny. Il faut cependant être conscient du fait que les techniques de construction médiévales étaient soumises à des contraintes matérielles inhérentes à l’époque. Le témoignage de Villard de Honnecourt au XIIIe siècle permet d’en mesurer certains aspects. D’ailleurs les difficultés rencontrées lors de la restitution en 3D ont permis de le comprendre rapidement, car il est maintenant difficile de reproduire toutes les nuances du chantier médiéval.

L’étude des élévations de Paray-le-Monial atteste des difficultés techniques rencontrées par les artisans médiévaux (15) et qui expliquent certaines irrégularités dans la réalisation des voûtes.

 

Conclusion

 

La présence d’une équipe interdisciplinaire permet une étude très poussée du bâtiment médiéval, à la fois architecturale et archéologique. Si les ingénieurs recalculent précisément chaque élément à partir des vestiges conservés, l’historien d’art confronte la restitution avec la documentation existante et les archéologues valident chacun des détails en fonction de leurs découvertes. L’étude du matériel archéologique découvert en 1988-1889, permet de réactualiser sensiblement les recherches de Conant, et constitue une aubaine particulièrement intéressante pour connaître les façades romane et gothique de la grande abbatiale de Cluny. Quant à l’étude complète de l’avant-nef, il est difficile de reconstituer la marche du chantier, qui se situe dans une période historique et artistique bien particulière, entre 1120 et le milieu du XIIIe siècle. La construction des cinq travées, de dimensions décroissantes, a certainement posé de nombreux problèmes, en raison de la configuration du terrain. Une étude archéologique des tours Barabans serait maintenant nécessaire pour mieux comprendre les étapes de mise en place de la façade gothique.

             

           Juliette ROLLIER-HANSELMANN, 2009

 

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Notes

1 Gilles Rollier, Rapport de synthèse-fouilles de sauvetage 1988-90-Narthex de Cluny lll et cour abbatiale, non publié ; Gilles Rollier, « Les fouilles archéologiques de l’avant-nef », Cahiers du Musée d’art et d’archéologie de Cluny, juillet 1996, p. 16-21

2 L’arraba est un décor ornemental constitué d’une frise horizontale et de deux bandes latérales.
K. J. Conant, Cluny. Les églises et la maison du chef d’ordre, Mâcon, 1968, p. 110. D’autres exemples d’arraba sont conservés à Salles-en-Beaujolais ou le portail nord de Paray-le-Monial.

3 É. Vergnolle, L’art roman en France, Paris, 1994, p. 238.

4 B. Dumolin, Description historique et topographique de la ville, abbaye et banlieue de Cluny, Cluny, 1749-1798 (musée Ochier, ms. 71).

5 B. Maurice, la Maior Ecclesia, Cluny, 1988, p. 40. K. J. Conant, Cluny…, op. cit., pl. XXI.

6 Provenant des fouilles de l’avant-nef en 1988-1989 par Gilles Rollier.

7 A. Blanc, C. Lorenz et J.-D. Salvèque, « Les différentes carrières exploitées lors de la construction de Cluny III », in Le gouvernement d’Hugues de Semur à Cluny, Cluny, 1988, p. 337.

8 A. Blanc, C. Lorenz et J.-D. Salvèque, « Les différentes carrières… », ibid., p. 337.

9 É. Vergnolle, L’art roman…, op. cit., 1994.

10 B. Marguery-Melin, La destruction de l’abbaye de Cluny, 1789-1823, Cluny, 1985 ; J.-D. Salvèque, « La destruction de l’abbaye », et D. Iogna-Prat , « Cluny au XlXe siècle », Dossiers d’archéologie, no 269/270, déc./janvier 2001/2002.

11 É. Vergnolle, L’art roman…, op. cit., p. 240.

12 É. Vergnolle, L’art roman…, ibid., p. 240. « Les figures du tympan étaient si dégagées que par endroits, l’épaisseur du bloc de pierre se trouvait réduite à cinq centimètres. Les personnages se détachaient donc fortement sur un fond nu. Il en était de même pour les apôtres des écoinçons, comme le montre le saint Pierre traité presque en ronde-bosse. »

13 P.ex. l’église de Perrecy-les-Forges église, qui dépendait de Saint-Benoît-sur-Loire, a été dotée d’une avant-nef vers 1120. É. Vergnolle, L’art roman…, ibid., p. 240. Dans cet exemple, il faut noter que les reliefs sont très dégagés, en comparaison avec ceux du linteau, qui sont moins profonds – scènes de la Passion : Christ au jardin de Gethsémani, baiser de Judas, arrestation de Jésus et comparution devant le grand prêtre Caïphe.

14 Dessin conservé au Musée Ochier, reproduit par K. J. Conant (pl. XlX).

15 G. Rollier, Rapport de relevés d’élévations, ancienne priorale clunisienne, bras nord du transept,Paray-le-Monial, 2004 ; G. Rollier, Rapport de relevés d’élévations. Nef de l’ancienne priorale clunisienne, Paray-le-Monial, 2005.