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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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La PENTECÔTE

Date de publication : 10/06/2011

Nous fêtons la venue de l'Esprit Saint à travers la magnifique miniature du Lectionnaire de Cluny et de larges extraits de l'homélie de saint Odilon pour la fête de la Pentecôte.

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Le Lectionaire de Cluny (folio 79) présenté au farinier de l'abbaye de Cluny lors de l'exposition "Cluny, apogée de l'art roman" en 2010 - (c) Cliché FCL 

 

Cette imposante illustration semble combiner au moins deux représentations en une seule : l’effusion de l4esprit saint sur les Apôtres, après la Résurrection (Jn 20,22) – une effusion qui demeure encore à l’état de promesse chez Luc 24, 36-49, lorsque le Christ apparaît aux Onze assemblés – et la concrétisation de cette promesse le jour de la Pentecôte, racontée par le même Luc dans les Actes des Apôtres (2, 1-4). Le phylactère arboré dans les cieux par le Christ en buste, dont les bras dépassent de la mandorle pour venir coiffer d’un faîte pyramidal l’assemblée réunie dans la partie inférieure, évoque le verset de Luc dans son Evangile (24,49), lorsqu’il demande à ses disciples de demeurer dans la ville jusqu’à ce qu’ils soient « d’en haut, revêtus de puissance ». Mais le registre inférieur de la miniature peut déjà être interprété comme l’avènement de ce don de l’Esprit au jour de la Pentecôte.

 

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L'apparition du Christ au Cénacle / La Pentecôte - f° 79 v° du Lectionnaire de Cluny - (c) Bibliothèque Nationale de France 

 

L’apparition du Christ au Cénacle et l’effusion de l’Esprit, rapportées par l’Evangile de Jean, forment une scène peu souvent représentée dans l’art occidental. Selon G. Cames, ce thème est un emprunt direct à Byzance (ce qu’atteste une icône du Mont-Sinaï datée des VIIème-IXème siècles). Mais la mosaïque carolingienne de l’abside principale du triclinium construit par Léon III au Latran combinait aussi apparition du Christ et la mission des apôtres dans un programme iconographique ambitieux.

 

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La miniature du lectionnaire de Cluny s’éloigne également des représentations classiques de la Pentecôte à l’époque romane : la présence du Christ en lieu et place de la colombe (ou de la main de Dieu) est assez inhabituelle ; les rayons rouge-orangé qui dardent leur faisceau sur la tête de chaque Témoin ne se transforme pas en langue de feu, ainsi que le réclame le texte canonique (Ac 2,3). Les Apôtres entourent Pierre – et il n’est pas rare, à partir du XIIème siècle, de voir le premier d’entre eux disputer à Marie le centre de la composition – mais la place à part qui lui est ici réservée, en avant et comme en exergue du groupe figuré qu’il masque d’ailleurs en partie de sa stature imposante, nous rappelle qu’il est le patron de l’abbaye de Cluny, laquelle entretient avec la papauté des relations privilégiées au temps de l’abbé Hugues de Semur. Pierre est le seul à regarder droit devant lui, quand ses compagnons ont les yeux tournés vers la droite ; l’un d’eux montre explicitement du doigt l’homme au manteau rose sombre assis au bout de la première rangée. Ils sont à nouveau au nombre de douze – ce qui ne redevient effectivement le cas, selon les Actes, qu’après l’Ascension, mais juste avant la Pentecôte, par l’adjonction de Matthias choisi pour devenir, selon les paroles de Pierre, le témoin manquant de la Résurrection du Christ, à la place de Judas (Ac 1, 15-26). L’animation du collège apostolique s’expliquerait alors par sa désignation récente.

 

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Pierre, quant à lui, demeuré impassible, interpelle le lecteur du regard en pointant son index vers le codex fermé maintenu sur sa cuisse, en un geste parallèle à celui du personnage caché derrière son dos. Cette interjection muette dans un livre tel que le Lectionnaire, au frontispice d’une lecture pour l’Office de la Pentecôte, n’est pas anodine. Elle fonctionne comme un rappel de la mission évangélisatrice confiée par le Christ aux Apôtres, ainsi qu’elle est exprimée en Matthieu 28, 19 : « Allez, de toutes les nations faites des disciples » et en Marc 16, 15 – mission figurée dans la pierre un peu plus tard en Bourgogne, au tympan sculpté de la basilique de Vezelay : ce sont alors des doigts du Christ en gloire que les rayons lumineux se déversent sur la tête des Apôtres réunis à ses pieds, livre en main, et prêts à partir convertir le monde.

 

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Le message essentiel de cette remarquable enluminure synthétisant un contenu doctrinal très riche serait donc en fin de compte l’universalité du Christianisme, prônée par le Primat de l’Eglise au cœur de sa grande abbaye.

 


EXTRAITS DU SERMON DE SAINT ODILON POUR LA FÊTE DE LA PENTECÔTE

 

" Ô l’indicible, ô l’incommensurable gloire et majesté de ce jour ! Triomphe du Verbe, témoignage des langues, elle requiert, comme par l’effet de sa puissance propre, que nous exposions combien la divine miséricorde a pris soin de la misère des hommes. Toute entreprise conduite à son terme, sachez-le bien, invite ceux qui l’ont menée à revenir sur eux-mêmes et à repasser en mémoire ce qu’elle leur a pu valoir de peines ou mériter de joies dans le cours de l’action. Cette réflexion est justifiée de manière spéciale quand il s’agit, pour un captif délivré, de rendre grâces à son libérateur, d’adhérer de tous ses vœux à celui qui dispense la joie, de proclamer avec le prophète : « Il ‘est bon d’adhérer à Dieu, et de placer mon espoir dans le Seigneur » (Ps 117, 8-9).

[…] Ah, qu’ils se taisent, ceux qui prétendent en leur divagations de l’Esprit-Saint est moindre en divinité, et Le comptent comme une créature parmi les créatures ! Il ne peut être moindre, le coopérateur selon l’Ecriture et selon la foi de toute l’œuvre divine. Il ne peut être dénombré parmi les créatures, le Créateur et restaurateur de toute l’ordonnance du monde. En professant l’Esprit-Saint créateur et restaurateur, j’accepte avec ferveur les paroles prophétiques : « Envoyez votre Esprit, et tout sera créé, et Vous renouvellerez la face de la terre (Ps 103,30). Si je L’admets coopérateur de l’ouvrage divin dans son entier, je ne m’écarte pas de l’autorité des divines Ecritures. Quand Dieu créa par Son Verbe l’ordre du monde, l’Esprit-Saint était porté sur les eaux, comme l’inspiration divine le révèle aux écrivains sacrés. Après que la grâce première eut été, par la perfidie du diable, arrachée aux premiers hommes, et que le divin Amour entendit rappeler à Sa connaissance l’homme qui s’égarait, c’est le Saint-Esprit qui enseigna les patriarches, emplit de Son souffle les prophètes, couvrit de Son ombre, à l’appel de l’ange, la Vierge destinée à enfanter le Fils de Dieu, apparut au-dessus du Christ baptisé sous l’apparence d’une colombe visible ; et c’est le même qui, dans la solennité que nous célébrons aujourd’hui, descend sur les Apôtres en langues de feu ; les ayant trouvés purs, Il les fit dieux eux-mêmes, ou plutôt fils de Dieu par la grâce de l’adoption.

 

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Oui, c’est à bon droit qu’on répute l’Esprit-Saint Dieu et Seigneur, créateur et rénovateur du monde, car ceux qu’Il recrée dans le baptême par la régénération divine, Il les retranche de la contagion du vieil homme, et, par la rémission des péchés, fait d’eux des hommes nouveaux. Renouvelant ainsi l’apparence de l’homme second, Il la change. C’est de ce même Esprit que le psalmiste chante : « Les cieux ont été affermis par le Verbe de Dieu, et toute leur puissance par l’Esprit de Sa bouche » (Ps 32,6). Et Salomon de même : « La Sagesse artisan de toutes choses, m’a enseigné » (Sg 7,21). Tel est aussi le langage de l’apôtre : « Personne ne peut dire : Seigneur Jésus, sinon dans l’Esprit-Saint » (1Co 12,3) ; et « Personne, s’il parle selon l’Esprit de Dieu, ne dit : "Anathème à Jésus" » (ibid).
Oh ! Qu’il est grand, cet ouvrier, qu’Il est puissant et qu’Il est efficace ! Avec le Père et le Fils, Il a créé toutes choses de rien ; ainsi put-il, quand Il voulut, réparer ce qui était corrompu. Dans les homélies que consacrent à la gloire de ce jour les deux saints Grégoire, dont l’autorité est considérable, certaines œuvres de l’Esprit resplendissent d’un éclat particulier. Particulier, car elles sont énoncées avec un art tout à fait spécial par ces grands auteurs : C’est l’Esprit, disent-ils, qui promut jusqu’au faîte du pouvoir suprême le jeune David à la cithare, doué de ses multiples grâces ; c’est Lui qui dota de l’autorité prophétique – quelle étonnante puissance ! – Amos le rustre quand il secouait ses sycomores. Lui qui fit de Pierre, expert en la capture des poissons, le pasteur de toute l’Eglise ; de Matthieu, exacteur public, un écrivain évangélique ; de Saül, l’Apôtre Paul, du loup un agneau, du persécuteur un docteur de l’Eglise.

 

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Tympan du portail de la basilique de VEZELAY (détail)

 

Ô mes frères, quelle gloire pour un homme que de parler de Dieu ! Et que dire de plus ? Ah ! Je dirai quand même ce que je sens. Tout ce qui est, fut et pourra jamais être de bien, doit bénéficier des dons de cet ouvrage. Tout ce qui observe l’ordre de la justice sert le profit de la prudence, donne la victoire à la vertu, pratique l’honnête tempérance, tout ce qui est droit en sa foi, assuré dans son espérance, parfait en sa charité, reçoit de Lui le commencement et le progrès : Lui qui, par la présence de Son avènement, a consacré merveilleusement ce jour. Gratifiés de Sa grâce, illuminés de Sa lumière, consolés par Sa consolation, aimons notre Seigneur Jésus-Christ en conservant Sa parole, afin de devenir dignes de Sa dilection, de la présence et de l’accueil de Dieu le Père et du Fils, ainsi que du même Esprit Paraclet. Qu’ainsi toute la Trinité vienne à nous, et que le Dieu unique, vivant et véritable parachève en nous le temple et la résidence de Sa gloire : Lui qui vit et règne sans commencement ni fin à travers l’infinité des siècles. Amen."

                                                                   Saint Odilon de Mercoeur

 

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