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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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LA FONDATION DE L’ABBAYE DE CLUNY PAR GUILLAUME LE PIEUX

Date de publication : 12/10/2009

Fondée en 909 ou 910 par le duc d’Aquitaine Guillaume le Pieux, Cluny est un « asile de prières » établi pour le salut des vivants, mais aussi des morts de la chrétienté, assurant le secours des pauvres et des déshérités. Jusqu’en 1156, date de la mort de Pierre le Vénérable, Cluny joue un rôle capital dans la société médiévale. Elle va diffuser les réformes de ses abbés à travers l’Europe et devenir une véritable Ecclesia.

C’est le 11 septembre 909 ou 910, à Bourges, en présence de l’archevêque et des évêques Atton de Nevers et Adalard de Clermont que Guillaume le Pieux, comte de Mâcon et duc d’Aquitaine fait donation, aux apôtres Pierre et Paul, de sa villa de Cluny, sur les rives de la Grosne, pour qu’y soit fondé un monastère de bénédictins placé sous la direction spirituelle de l’abbé Bernon. La charte de fondation rédigée à cette occasion constitue un document essentiel de l’histoire de clunisienne.

 

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Initiale ornée représentant Guillaume le Pieux ~ manuscrit du XIIème siècle ~ Ms Lat 17716, f° 85 ~ (c) Bibliothèque Nationale de France

 

GUILLAUME, DUC D'AQUITAINE

   Jeune encore, Guillaume avait été recommandé à son parent, Géraud, baron d’Aurillac. Alors qu’il était témoin des instincts guerriers de son père Bernard, les exemples de douceur et de piété de Géraud laissèrent dans son esprit des traces indélébiles. C’est ainsi qu’il s’appuya sur le clergé vers la fin de sa vie. Sa mère, Ermengarde, ayant établi un monastère de femmes à Blesle, près de Brioude, il pensa, lui aussi, à établir des fondations religieuses qui lui valurent de la part des moines les titres d’homme excellent, digne de louanges en beaucoup de choses, bon, très libéral, et bien sûr, le nom de Guillaume le Pieux que l’histoire a conservé.

   Après avoir passé une grande partie de sa vie à affermir sa puissance, il la voyait exposée à tomber en des mains étrangères. La mort prématurée de son fils Boson le laissant sans héritier direct, il avait adopté son neveu Guillaume, fils ainé de sa sœur Adelinde, mariée à Alfred, comte de Carcassonne. Le moment était donc venu pour le vieux duc de penser au salut de son âme. Peut-être, dans la secret de sa conscience, il se remémora le long cortège de sa recherche insatiable du pouvoir, des contrées ravagées par les guerres qu’avait suscitées son ambition, les hommes sacrifiés dans nombre de batailles meurtrières, sans oublier le meurtre du comte Hugues, tué de ses propres mains dans un accès de colère. Il pensa racheter ses fautes en accomplissant l’œuvre d’expiation et de charité qui était considérée comme la plus méritoire de toutes, c'est-à-dire en fondant un monastère.

   L’occasion s’offre à lui puisqu'il possédait dans le comté de Mâcon des terres et des forêts. Un jour qu’il s’y trouvait, il pria Bernon, abbé du monastère de la Balme dans le Jura, de venir le rejoindre. Ce dernier s’y rendit, accompagné d’Hugues, abbé de Saint-Martin d’Autun. Guillaume leur fit part de ses projets. Ses interlocuteurs lui affirmèrent que le lieu était particulièrement propice à recevoir un monastère. Comme le duc hésitait à se dépouiller de ces domaines qui étaient sa principale résidence de son comté, affirmant que les chasseurs et les chiens, nombreux dans ce pays, troublaient le silence des forêts voisines. Bernon lui répondit : « Chassez d’ici les chiens, et remplacez les par des moines, car vous savez lequel vous sera le plus utile auprès de Dieu, ou des cris des chiens de chasse ou des prières des moines. » Guillaume accueillit ce conseil : « Ton avis est assurément le meilleur, mon père, et puisque tu l’exprimes sans déguisement, qu’il soit fait, avec l’aide du Christ, ainsi que ta bonté nous y exhorte. » ( Vita S. Hugonis monachi Eduensis, Saec. Bened. T. VII, p.97 )

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Tête du Christ ~ XIIème siècle ~ provenant de Saint Martin d'Autun ~ Autun, Musée Rolin (c) MSM

 

 

LA CHARTE DE FONDATION

 

   « Il est clair pour tous ceux qui ont un jugement sain que, si la Providence de Dieu veut qu’il y ait des hommes riches, c’est afin qu’en faisant un bon usage des biens qu’ils possèdent de façon transitoire, ils méritent des récompenses qui dureront toujours. C’est ce que la parole divine montre comme possible, c’est ce qu’elle conseille manifestement lorsqu’elle dit : les richesses de l’homme sont la rédemption de son âme (Proverbes, 18).


   C’est en considération de cela et parce que je désire pourvoir à mon salut pendant qu’il en est temps que moi, Guillaume, par le don de Dieu comte et duc, j’ai estimé raisonnable, voire nécessaire, de destiner au profit de mon âme une petite portion des biens temporels qui m’ont été accordés. Car puisque je parais les avoir augmentés considérablement, je ne veux pas mériter, à l’heure de ma mort, le reproche de les avoir employés uniquement aux soins de mon corps ; et je préfère me ménager la joie d’en avoir réservé une partie pour mon âme lorsque le moment suprême me les aura tous enlevé. C’est ce qui semble ne pouvoir être fait d’une manière plus efficace qu’en suivant le précepte du Seigneur : je me ferai des amis parmi les pauvres (Lc. 16, 9). Afin que ce bienfait ne dure pas seulement un temps, mais qu’il se prolonge perpétuellement, je nourrirai à mes frais des personnes vivant ensemble dans la profession monastique, avec cette foi, avec cette espérance que, si je ne puis mépriser moi-même toutes les choses de la terre, en soutenant au moins ceux qui oublient le monde, ceux que je crois justes aux yeux de Dieu, je recevrai la récompense des justes (Mt. 10,41).


   A tous ceux donc qui vivent dans l’unité de la foi et qui implorent la miséricorde du Christ, à tous ceux qui leur succèderont et vivront jusqu’à la consommation des siècles, je fais savoir que, pour l’amour de Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, je donne de ma propre autorité des biens qui sont ma propriété aux apôtres Pierre et Paul : à savoir le domaine de Cluny avec sa cour, sa réserve et la chapelle dédiée à Marie, la sainte mère de Dieu, et à saint Pierre, prince des apôtres, avec tout ce qui dépend en fonds, chapelles, serfs de l’un et l’autre sexe ; vignes, champs, prés, bois, plans d’eau et cours d’eau, moulins, voies d’accès et de sortie, terres cultivées et incultes, le tout en intégralité. Ces biens, avec leurs limites connues, sont sis dans le comté de Mâcon ou alentour.


   Moi, Guillaume, avec mon épouse Ingelberge, je donne ces choses aux Apôtres déjà nommés, d’abord pour l’amour de Dieu, ensuite pour l’âme de mon seigneur le roi Eudes, pour celle de mon père et de ma mère, pour moi et pour ma femme, c'est-à-dire pour le salut de nos âmes et de nos corps, pour l’âme d’Ava, ma sœur, qui m’a laissé ces possessions par testament, pour les âmes de nos frères et de nos sœurs, de nos neveux, de tous nos parents des deux sexes, pour nos fidèles attachés à notre service, pour le maintient et l’intégrité de la foi catholique. Enfin, puisque comme chrétiens, nous sommes tous unis par les liens de la foi et de la charité, que cette donation soit faite encore pour les orthodoxes des temps passés, présents et futurs.
Je fais don en stipulant qu’un monastère régulier devra être construit à Cluny en l’honneur des saints Pierre et Paul, dont les moines vivront en communauté selon la règle du bienheureux Benoît. Qu’ils possèdent, tiennent, aient et ordonnent ces biens perpétuellement et que soit ainsi établi en cet endroit un asile de prières où s’accompliront fidèlement les vœux et les oraisons. Que soit ainsi recherché et poursuivi, avec une volonté profonde et une ardeur totale, le dialogue avec le ciel. Que des demandes et supplications y soient adressées sans relâche à Dieu, tant pour moi que pour les personnes dont le souvenir a été rappelé plus haut. Nous ordonnons aussi que notre donation serve à perpétuité de refuge à ceux qui, sortis pauvres du siècle, n’y apporteront autre chose que leur bonne volonté, et nous voulons que notre superflu devienne leur abondance. Ces moines, avec tous les biens que j’ai indiqués, seront placés sous le commandement de l’abbé Bernon, qui les dirigera sa vie durant et de façon régulière selon qu’il le saura et pourra. Après sa mort, les moines auront le pouvoir et la liberté de choisir comme abbé et recteur un religieux de leur ordre selon la volonté de Dieu et selon la règle de saint Benoît, sans qu’une quelconque opposition de cette règle religieuse, de notre fait ou du fait de tout autre puissant, ne puisse empêcher cette élection. Les moines paieront tous les cinq ans dix sous au siège des apôtres à Rome, pour l’entretien de leur luminaires. Ils obtiendront ainsi la protection des apôtres et seront défendus par le pontife romain. […]


   Il nous plaît aussi d’insérer dans cet acte une clause en vertu de laquelle les moines réunis ici ne seront soumis au joug d’aucune puissance terrestre, pas même à la nôtre ni à celle de nos parents ni à celle de la majesté royale. Au nom de Dieu et, en lui, de tous ses saints, nul prince séculier, aucun comte, aucun évêque, pas même le pontife du siège romain, ne pourra porter atteinte aux biens de ces serviteurs de Dieu, ni en les amputant, ni en les échangeant, ni en les donnant partiellement en bénéfice, ni en établissant sur eux et contre leur volonté une quelconque autorité – ou alors, qu’ilos prennent garde au terrible jugement et ait souci de ne pas le mépriser. […]
»

 

 

Actualité Cluny 2010

 

 

MOISSAC, du vendredi 16 au dimanche 18 octobre 2009

 

 Prieuré clunisien depuis 1048 sous l'impulsion des évêques de Toulouse et Cahors, le monastère de Moissac était détenu sous la double autorité des abbés de Cluny et de Moissac. Une nouvelle église fut consacrée le 6 novembre 1063 comme en témoigne une inscription lapidaire conservée dans le choeur.

Résolument engagée dans les festivités de Cluny 2010, cette ville de 13 000 habitants qui accueille chaque année 70 000 visiteurs, se mobilise pour accueillir Clunisiens et Clunisois le temps d’un week-end.

 

PROGRAMME (sous réserve de modifications)

vendredi 16 octobre 2009
journée - Colloque "Les nouvelles problématiques clunisiennes"
20 h 30 - Concert de musique ancienne par l’ensemble Organum : " Chant moissagais du XIe siècle"


samedi 17 octobre 2009
matin - Suite du colloque
après-midi - Ouverture des célébrations du 11e anniversaire de la fondation de l'abbaye de Cluny
soirée - Spectacle son et lumière dans le cloître de l’abbatiale


dimanche 18 octobre 2009
matin - Rencontres et tables rondes, concert de carillons
12 h - Vernissage de l'exposition (Salle lapidaire au cloître)

 

Concert de Musique sacrée, Samedi 17 octobre 2009 / Thiers, Puy-de-Dôme

Concert par l’ensemble Divins Propos en partenariat avec le conservatoire Georges Guillot de Thiers en l’église de Saint-Symphorien de Thiers (Puy-de-Dôme)

 

Contact : Office de Tourisme de Thiers Tél : 04 73 80 65 65