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blog - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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LA DEVOTION MARIALE à CLUNY

Date de publication : 13/08/2010

La fête de l'Assomption de la Vierge Marie est l'occasion d'évoquer la présence de la dévotion à Notre-Dame au sein de l'abbaye de Cluny

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Andrea DEL SARTO ~ L'Assomption de la Vierge ~ 1530 ~ Palazzo Pitti, FLORENCE

 

Selon Dom Thierry Barbeau, à la dévotion au Christ doit être associée celle à Marie, très présente à Cluny. « La Mère de miséricorde portait sur sa poitrine un enfant fort joli, d’une divine beauté. Elle-même était d’un visage tendre et souriant ; aimable et douce, elle priait pour les pécheurs. Le Dieu enfant se réjouissait, lui-aussi, et, de ses petites mains, il applaudissait », ainsi s’exprimait saint-Hugues de Semur en décrivant, au moment de mourir, l’image de Jésus et Marie dont il avait eu l’apparition. En effet, la piété des clunisiens ne sépare jamais le Fils et la Mère.

 

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Vierge en majesté ~ vers 1123 ~ Musée National Catalan, BARCELONE

 

Les fêtes de la Vierge tiennent une place privilégiée dans le calendrier liturgique clunisien, comme nous l’apprend le Coutumier de Bernard de Cluny. L’Assomption, le 15 août, est mise au rang des grandes solennités de l’année. La pratique de dévotions en l’honneur de Notre-Dame est fréquente dans la liturgie. Les processions ont lieu habituellement à l’église Sainte-Marie, où les moines se rendent en chantant des antiennes et des répons, un verset et une oraison en son honneur. C’est saint Hugues qui aurait, semble-t-il, introduit l’usage de la messe votive de la Sainte Vierge, Missa de Beata, les samedis. Pierre le Vénérable prescrivit la célébration quotidienne de cette messe à l’autel matutinal.

 

La Vierge est invoquée à Cluny sous les deux titres de « Dame » et de « Mère de miséricorde ». C’est en s’adressant ainsi à la mère de Dieu, O Domina et Mater misericordiae, que saint Odon, encore adolescent, s’est confié à elle, lui remettant sa vie entre ses mains. Jean de Salerne, son biographe, rapporte la belle histoire survenue à un moine : un jeune brigand avait été conquis par la douceur de saint Odon au cours d’un de ses voyages et était entré à Cluny où il menait une vie exemplaire. Tombé malade après quelques mois, il eut, une nuit, l’apparition d’une belle Dame entourée d’un brillant cortège. « Qui êtes-vous ? lui demanda-t-il . – la Mère de miséricorde. – Que me voulez-vous ? ajouta-t-il. – Dans trois jours, à telle heure, je viendrai te chercher. » Effectivement, le malade mourut au jour et à l’heure dits. Depuis lors, relate Jean de Salerne, Odon n’appelait plus sainte Marie que la « Mère de miséricorde ». Ce titre est constant dans la tradition clunisienne. Et il n’est pas impossible que ce soit sous l’influence de Cluny qu’ait été introduit, dans les premiers mots du Salve Regina, le mot mater, le texte primitif portant en effet Regina misericordiae.

 

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L'arbre de Jessé ~ vers 1130 ~ Bibliothèque municipale, DIJON

 

Ce rôle maternel de la Vierge est tout particulièrement mis en relief dans les sermons de saint Odilon, dont on connaît la vive dévotion mariale et l’acte de consécration à Marie : « Ô Vierge très bonne et Mère du Sauveur de tous les siècles, aujourd’hui et tous les jours de ma vie, considérez-moi comme votre serviteur et, en toutes circonstances, soyez toujours présente à mes côtés, vous ma très miséricordieuse avocate. Car après Dieu je ne préfère rien d’autre que vous, et c’est de mon propre chef que je me livre moi-même pour l’éternité à votre esclavage, comme un serviteur qui vous appartient. » Marie est aussi l’« Etoile de la mer » : elle porte secours à ceux qui sont en danger. Tout un développement du sermon sur l’Incarnation de saint Odilon annonce le Respice stellam, voca Mariam de saint Bernard. « Marie toujours vierge est appelée l’Etoile de la mer, parce qu’à l’instar des marins qui naviguent au sein de l’océan et se fient aux étoiles […], quiconque s’expose aub dangereux naufrage de ce monde et affronte l’assaut terrible de ses flots, quiconque se trouve en danger de l’âme ou du corps et craint pour sa vie doit nécessairement fixer sur la contemplation de cet astre toute l’acuité de son esprit. Ô la grande, la magnifique étoile, Marie, mère de Dieu et toujours Vierge ! C’est d’elle que sont venues pour nous la Clarté, l’Illumination, la lumière du Verbe fait chair. » (Bibliotheca Cluniacensis, col. 382-383). Mais malgré toute la tendresse qu’il met dans son expression, saint Odilon se révèle plus objectif, plus contemplatif qu’affectif. Mais c’est sur la dévotion mariale, comme sur bien d’autres points, que les cisterciens marcheront sur les traces de Cluny.

 

Saint Odilon parle de Marie dans presque tous ses sermons, car il la relie toujours à son Fils, au mystère de l’Incarnation qui, tout en faisant d’elle la mère de Dieu, a consacré aussi en elle sa virginité. Il voit aussi en elle la cause principale de notre salut après Jésus. Il écrit dans un sermon sur l’Assomption : « Ô chambre royale, moule de pudeur et de réserve, vous voici pour jamais la compagne indivisible de la Virginité totale et de la perpétuelle Chasteté. Vous êtes, après Dieu, la cause première du salut des hommes : Mère unique et Vierge éternelle ! Mère incorrompue et Vierge féconde ! Mère sans époux, Vierge sans exemple ! […] Vous êtes à tel point riche de la grâce divine que, par la fleur de votre sein virginal, le Père Tout-Puissant a vaincu le prince des ténèbres, auteur de la mort, et tiré de l’accès du Paradis l’épée de feu frémissante ; par Celui que votre virginité engendra, Il a ouvert aux croyants les portes du céleste royaume, qu’avait fermées l’astuce de l’antique ennemi et la témérité présomptueuse de nos premiers parents. Par les mêmes portes, la foi des chrétiens le confesse avec force, Il vous a érigée jusqu’au trône de Son éternité, environnée de la multitude des anges. » Marie est également pour Odilon le modèle de la vie chrétienne, par sa pauvreté, son humilité, sa chasteté et sa foi. Elle l’est surtout des âmes contemplatives, tout particulièrement des moines et des moniales.

 

La dévotion mariale de Pierre le Vénérable est elle aussi en lien avec le Christ. La Vierge est avant tout celle qui a donné au monde son Sauveur. Etroitement associée à l’œuvre de la Rédemption par sa maternité divine, elle y collabore maintenant par son intercession toujours maternelle. Pierre a composé plusieurs pièces rythmées destinées à être chantées au cours de la liturgie, lors des fêtes de Notre-Dame.

R/ Une rose sort de la tige de la virginité,
Dieu lui-même se fait petit enfant, et la Vierge devient mère de la divinité ;
C’est ainsi que la source de la bonté vient au secours des misérables que nous sommes.
V/ Dieu vous a élevée au dessus des hauteurs du ciel, mère très sainte,
Et il a fait de vous, Vierge bienheureuse, un refuge pour les pécheurs.

 

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PALMA VECCHIO ~ L'Assomption de Marie ~ 1512-1514 ~ Gallerie dell'Accademia, VENISE

 


Hymne pour la fête de l’Assomption ~ Adest dies laetitiae ~ Saint Odilon de Mercœur

Voici venu le jour de joie
Eblouissant de sa lumière ;
Voici que la Reine des vierges
Gravit le céleste chemin.
Voici qu’autour d’elle s’avance
La claire légion des anges
Et derrière elle, célébrée,
La cohorte des vierges saintes.
A tous il est bon de croire ;
Brillant du céleste diadème,
Voici qu’Il court à sa rencontre ;
Le Christ, le Christ naquit d’elle !
Bien plus que la gloire des anges,
Ce rameau pur et sans péché,
Au trône du Père avec Lui,
En fameux gage il le rapporte.
La cité du règne céleste
Et sa plénière dignité
Honorent du Prince la Mère,
De leurs vœux et de leur honneur.
Avec eux chantons l’allégresse
Dans le triomphe de ce jour,
Et dans sa joie, célébrons Dieu,
Louons Dieu et Le supplions.
Accomplissons de cette fête
Les éclatants enseignements ;
Va, mon âme, implore et supplie,
Vous, mes lèvres, chantons la joie.

 


Antienne pour le Magnificat ~ Pierre le Vénérable

Salut, étoile du matin,
Remède des pécheurs,
Reine et souveraine du monde,
Seule digne d’être appelée vierge.
Contre les traits de l’ennemi,
Brandissez le titre de votre vertu
Comme le bouclier du salut.
Car vous êtes la tige de Jessé,
En qui Dieu a fait demeurer
L’amandier d’Aaron,
Qui enlève le péché du monde.
Vous êtes la terre arrosée,
Imprégnée de la rosée céleste,
Toison demeurant toujours sèche.
En cette prison où nous sommes,
Avec bienveillance vous nous consolez,
Pleine de la grâce de Dieu.
Ô épouse choisie de Dieu,
Soyez pour nous la voie droite
Vers les joies éternelles,
Et tendez toujours vers nous votre oreille attentive
Ô douce Marie.

 

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L'Annonciation ~ vers 1120 ~ Psautier de Saint Alban, HILDESHEIM

 


Prose en l’honneur de sainte Marie ~ Benedicta sit beata Maria ~ Pierre le Vénérable

Bénie soit la bienheureuse Marie,
Que le Dieu éternel a remplie de la grâce céleste.
Elle a cru à Dieu ;
Du Saint-Esprit elle a enfanté le Fils,
Mère demeurant vierge.
Par quelles louanges si solennelles
Pourrais-je célébrer Marie
Que vénèrent la terre, la mer et les cieux ?
En effet, c’est une vierge féconde
Que la rosée du Saint-Esprit a irriguée de façon céleste,
Gardant les signes de la virginité.
Car elle est cette mère
Dont le sein très doux a donné
Aux lèvres de Jésus la boisson désirée du lait.
La contemplation du Père des cieux
Vous a remplie tout entière, Marie.
Par l’œuvre de sagesse de l’Esprit
La grâce vous a couverte de son ombre.
Et nous qui sommes marqués par la Trinité céleste,
Nous vous offrons ces louanges,
Pour qu’avec vous au ciel nous puissions
Obtenir les joies éternelles.
Et qu’au dernier jugement,
Nos péchés pardonnés,
Votre bonté nous sauve,
Pour que, forts du secours de votre puissance souveraine,
Nous suivions sans obstacles les traces de l’agneau partout où on le voit.
Reine des anges,
Nous vous prions humblement
De diriger en nous
Ces douces espérances.
Cette foule vous entoure avec dévotion de louanges
Et vous supplie
De pouvoir vous louer avec les chœurs des anges
Dans tous les siècles.