LA COMMEMORATION DES FIDELES DEFUNTS
Date de publication : 31/10/2009
Une célébration importante de l'Eglise universelle qui trouve son origine à Cluny à l'initiative de l'abbé Odilon.
Les écrits des Pères et les anciennes liturgies nous montrent l’Eglise catholique adressant, dès les premiers temps, des prières pour les morts, suppliant Dieu de les tirer où ils expient les fautes commises ici-bas, et de les admettre dans le bonheur éternel. Mais ces prières avaient un caractère tout individuel. La veille de l’inhumation, le corps du défunt était porté dans l’église, et la nuit se passait à réciter auprès de lui des psaumes et des hymnes. Le lendemain, on célébrait le sacrifice de la messe, puis on confiait la dépouille mortelle à la terre.

Vers 827, Amalric, diacre de l’église de Metz, inséra, dans un Traité de fêtes ecclésiastiques, un office spécial pour les morts ; mais il ne fut mis en usage que pour les particuliers. Dans la plupart des congrégations religieuses, on avait l’habitude, à certains jours de l’année, de commémorer les défunts inscrits au nécrologe, c'est-à-dire de lire leurs noms et de réciter pour eux des prières, en recommandant leur souvenir à leurs frères. Cette commémoration avait lieu, à Cluny, le second jour après la fête de la Trinité et à Saint-Germain d’Auxerre, le 10 des calendes de février. En Espagne, saint Isidore de Seville, au VIIème siècle, recommanda de célébrer chaque année, le lendemain de la Pentecôte, une messe à l’intention des défunts. Mais ces prières ne s’appliquaient qu’aux membres d’une communauté, d’une église particulière, à ceux qui s’y rattachaient par une association de prières, des bienfaits ou par un tout autre lien. Personne n’avait encore eu la pensée de consacrer une fête spécialement destinée à implorer, pour tous les défunts, la miséricorde divine. C’est l’abbé Odilon qui décida, qu’à un jour donné, tous les moines, dans toutes les maisons de Cluny, prient afin d’appeler le pardon sur les fidèles, connus ou inconnus, religieux ou séculiers, décédés dans tous les lieux et à toutes les époques. Il fixa ce « jour des morts » au lendemain de la fête de tous les saints.

Odilon adressa à ses monastères le décret suivant : « Il a été décrété par Odilon, à la prière et du consentement de tous les frères, que, de même que dans toutes les églises de la chrétienté on célèbre au premier novembre la fête de tous les saints, de même on célèbrera, dans nos maisons, la fête commémorative de tous les fidèles défunts, depuis le commencement du monde jusqu’à la fin, de la manière suivante : le jour susdit, après le chapitre, le doyen et le cellerier feront à tous les pauvres qui se présenteront une aumône de pain et de vin, ainsi qu’on a coutume de le faire le Jeudi saint. Tout ce qui restera du dîner des frères, à l’exception du pain et du vin, qui seront mis en réserve pour le souper, sera donné à l’aumônier. Le soir, toutes les cloches sonneront, et on chantera les vêpres por les défunts. Le lendemain, après matines, toutes les cloches sonneront de nouveau, et l’on dira l’office pour eux. La messe du matin sera célébrée de manière solennelle ; toutes les cloches sonneront ; le trait sera chanté par deux frères. Tous les frères doivent offrir en particulier et célébrer publiquement la messe pour le repos de l’âme de tous les fidèles. On donnera la réfection à douze pauvres. Afin que ce décret reste perpétuellement en vigueur, nous voulons et ordonnons qu’il soit observé, tant dans ce lieu que dans tous ceux qui lui appartiennent ; et si quelque autre prend exemple sur notre pieuse institution, qu’il devienne par là même participant à toutes les prières adressées à Dieu (particeps omnium bonorum votorum). De même que la mémoire de tous les chrétiens sera rappelée une fois l’an, de même nous ordonnons et tenons pour convenable de prier pour tous nos frères qui militent au service de Dieu, sous la règle de saint Benoît, afin que, par la miséricorde de Diei, nous fassions chaque jour de nouveaux progrès. » Venait ensuite l’indication des prières et des psaumes que l’on devait chanter dans les offices de cette fête ( Acta Ord. S. Bened. seac. VII, Elogium Odilonis, cap. IX).

L'abbé Odilon, peinture de l'armoire aux reliques de Souvigny, XVème siècle
On ignore la date de ce décret. Le plus ancien historien qui en ait parlé, Sigebert de Gemblours, la fixe à l’année 998, Trithême à 1010, et d’autres la reportent après la mort de l’empereur Henri II, en 1024. A la fin du décret, on lit : « Nous statuons également que la mémoitre de notre cher empereur Henri sera célébrée d’une manière toute particulière, attendu qu’il nous a comblé de bienfaits. » Mais cette phrase semble avoir été ajoutée après coup, comme il arrivait souvent. Anselme, auteurs des Gestes des évêques de Liège, après avoir raconté l’institution de la fête des Morts, dit que Notger, évêque de cette ville, l’introduisit presqu’aussitôt dans son Eglise. Or, il mourut en 1008, ce qui reporte la date de sa décision à une date antérieure. C’est en tout cas la date de 998 qui est adoptée par Mabillon.
L’institution de la Commémoration des fidèles défunts est l’expression d’une pensée à la fois humaine et chrétienne, car elle témoigne d’un grand amour pour les hommes et d’une grande confiance en Dieu. La légende l’attribua à une révélation dont le récit s’est répandu rapidement. On racontait qu’un moine de Rodez, revenant d’un pèlerinage à Jérusalem, fut poussé par la tempête sur les côtes de Sicile. Il y trouva un ermite auprès duquel il s’arrêta quelques jours en attendant que la mer se calme. L’ermite lui demanda de quel pays il était. « Je suis Aquitain, répondit le moine. – Connais-tu un monastère qu’on appelle Cluny et son abbé Odilon ? – Je les connais parfaitement ; mais pourquoi me posez-vous cette question ? – Je vais te le dire et grave bien ces oparoles dans ta mémoire. Il y a près d’ici, des feux souterrains qui vomissent des flammes ; les âmes des pécheurs y endurent pour un temps déterminé divers supplices. Une multitude de démons est sans cesse occupée à renouveler leurs tourments et je les ai souvent entendu se plaindre amèrement entre eux de ce que la miséricorde divine accordait à ces âmes souffrantes la libération par l’intercession des hommes religieux et par des aumônes qui se font dans divers lieux saints. Ils se plaignet surtout de la congrégation de Cluny et de son abbé. C’est pourquoi je t’en adjure, au nom de Dieu, lorsque tu seras de retour dans ta patrie, fais part à cette communauté de ce que je viens de te dire ; recommande-lui de redoubler de prières, de veilles, d’aumônes, pour la rédemption des âmes placées dans les peines, afin que la joie se multiplie dans les cieux et que le deuil règne parmi les démons. » rentré en France, le moine raconta ces choses à Odilon et à ses religieux, qui en éprouvèrent une grande joie et s’occupèrent de travailler de plus en plus à leur mission d’intercession (Jotsald, Vita Odilonis, L. II, c. 13). Cette légende eut cours dans l’abbaye pendant plusieurs siècles. Le cardinal Jean de Lorraine, premier abbé commandataire de Cluny, fit dresser au XVIème siècle une liste des noms de 240 monastères, églises et chapitres qui se réunirent en société de prières et de bonnes œuvres avec Cluny. Au début de cette liste, on pouvait lire :
Quatuor ecce duces, quorum tibi nomina pando :
Hugo Damalchides, Odylo, Majolus, Odo.
Hi, pecus egregium, caelos meruere regendo,
Perpetuoque juvant, Cluniaco foedere junctos.
Tartareos vacuisse lacus, Cluniace, fatentur,
Teque, precesque tuas, eremita et naufragus hospes,
Dum maris in scopulis animae succendia lugent,
Aera vel variis daemon vagitibus implet.
Au-dessous de ces vers, une image représentait des rochers au milieu de la mer, dans lesquels les âmes étaient tourmentées par les feu du purgatoire. L’ermite de Sicile les montrait au pèlerin naufragé, et, du sein des flammes, deux démons élevaient avec dépits deux cartouches sur lesquels on lisait ces mots : Non valet iste lacus quia destruit Cluniacus. Plus bas, on voyait Odilon, présidant le chapitre, recevoir du pèlerin naufragé les lettrées de l’ermite de Sicile ; au milieu de la salle se trouvaient les âmes des défunts délivrées par les prières des moines. Les portraits des saints Pierre, Paul, etienne, ceux des quatre abbé cités plus haut, deux écussons aux armes du cardinal de Lorraine et de l’abbaye, soutenus par deux anges, complétaient cette représentation (Bull. Clun., p. 213-219).

Moine orant, fresque de la cathédrale de Bressanone
Très vite, les prières des moines de Cluny passèrent pour le moyen le plus efficace d’obtenir la libération des âmes et beaucoup voulurent y avoir part. La Commémoration des fidèles défunts se propagea rapidement dans les monastères bénédictins et dans les communautés séculières. Pierre Damien, en parlant des institutions charitables qui s’étaient établies en Italie, en signalait trois principales : l’usage admis par les abbés de faire asseoir deux ou trois indigents à leur table, la réserve de certaines dîmes monastiques pour les besoins des pauvres, et la célébration annuelle d’un office général pour les défunts, à l’imitation de ce qui se pratiquait à Cluny. Cette fête ne tarda pas à être adoptée dans toute l’Eglise.

Gisants des abbés Mayeul et Odilon, Souvigny
La mémoire des morts à Cluny
A Cluny, lorsqu’un frère décédait ou quand mourait un bienfaiteur de l’abbaye dont les clunisiens désiraient conserver la mémoire, l’ensemble des prieurs de l’Ecclesia Cluniacensis devait en être informé. Le nom du défunt était inscrit sur des brefs de parchemin – également appelés rouleaux des morts – que le cellérier était chargé de faire diffuser de monastère en monastère. Les Coutumes de Bernard, vers 1080, prescrivent aux serviteurs du cellérier de Cluny de porter les brefs dans cinq directions : les prieurés de Charlieu, de Paray-le-Monial, de Mesvres et de Saint-Marcel, près de Chalon, et le doyenné de Montberthoud. De là, les brefs étaient réexpédiés, et ainsi de suite… A terme, le nom du défunt se trouvait inscrit aux nécrologes de l’ensemble des communautés clunisiennes, qui pouvaient alors célébrer dignement sa mémoire.

Un pape sortant du purgatoire, détail du Couronnement de la Vierge d'Enguerrand Quarton, XVème siècle
Un Pape au purgatoire...
Selon le moine Jotsald, auteur de la Vita sancti Odilonis (citée ci-dessus), le pape Benoît VIII (+1024) reçut, après sa mort, la récompense à la bienveillance dont il avait fait preuve durant son pontificat envers l'abbaye de Cluny. En effet, à en croire l'hagiographe clunisien, peu de temps après ses funérailles, le pontife apparut à Jean, évêque de Porto. Pour n'avoir pas été toujours à la hauteur de la dignité de sa charge, il lui avoua être condamné à une terrible expiation. Toutefois, il le chargea de demander à son successeur, le pape Jean XIX, d'envoyer à Cluny un messager afin que les moines du lieu et l'abbé Odilon intercèdent en sa faveur. aussitôt informé, Odilon se mit en prières, recommanda à sa communauté d'en faire autant, ainsi qu'à tous les moines de l'Ecclesia clunianencis. Quelques jours plus tard, ce fut le moine Eldebert, aumônier de l'abbaye, qui eut une vision : il vit le pape Benoît, accompagné d'un cortège d'hommes vêtus de blanc, entrer au monastère et marcher vers la salle du chapitre où siégeait l'abbé. Là, il s'inclina jusqu'aux genoux d'Odilon, car il avait pu échapper, grâce aux clunisiens, au "chaos" et "s'envoler vers la béatitude céleste.
Actualité Cluny 2010
Lundi 2 novembre 2009 (11h00) en la Chapelle des Moines de Berzé-la-Ville (Saône-et-Loire) : Messe des défunts.
A l'initiative de l'Académie de Mâcon, en mémoire de ses anciens membres.
lundi 2 novembre 2009 à Cluny :"Dialogue entre les vivants d'aujourd'hui et d'hier"
Déambulation guidée en musique par les géants célestes de la compagnie des Célestroï.
18 h 30 - transept de l’abbaye : “Office des Ténèbres” par la Manécanterie Saint-Odilon dirigée par Jean-Louis Rébut / Lecture de Philippe Borrini
19 h 45 - cloître de l’abbaye : “Récits populaires autour des thèmes de la vie et de la mort, une vision du Moyen-Age” par Thérèse Perras / Accompagnement musical de Stéphanie Rogelet
20 h 30 - écuries de Saint-Hugues : “Livre ouvert sur Cluny 2010, une histoire qui s’écrit au quotidien”, présentation de portraits photographiques de Clunisois et de Clunisiens réalisés par Jean-Noël Reichel à Cluny en avril et mai 2009 (du 26 octobre au 2 novembre 2009)
Rencontres autour d’un vin chaud en fin de soirée.
Ouverture des portes à 18 h 15
Entrée par la place du 11-Août
ENTRÉE LIBRE
Volvic (Puy-de-Dôme) du vendredi 6 novembre au mardi 1er décembre 2009
Du mardi au samedi 9h/12h et 14h/17h
Contact : Office de Tourisme de Volvic
Place de l'Église 63530 VOLVIC
Tél : 04.73.33.58.73 Fax : 04.73.33.82.35
Courriel : ot@volvic-tourisme.com
Dimanche 8 novembre - Cluny, Chapelle des Récollets
Douceur ou la passion selon Yahvé, de Pierre Boudot
Une jeune fille juive Douceur et un chevalier chrétien s'aiment, mais ils ne pourront s'unir que si la jeune fille accepte de renier sa religion. Faute de quoi, elle sera brûlée sur le bûcher. Cette pièce est un cri contre l'intolérance. Pour vaincre l'intolérance, il faut le feu de la passion. C'est par la passion que les différences s'affirment et c'est par elle aussi que les différences sont dépassées. L'action se situe au XV e siècle dans une forteresse clunisienne : le château de Lourdon, qui était inclus dans la donation faite par le comte de Mâcon au moine Bernon pour fonder l'abbaye de Cluny. Il fut le siège de nombreuses batailles, et Richelieu le fit démolir à coup de mines. Les ruines, de grands piliers de pierre et les restes d'une tour, sont aujourd'hui envahies par la mousse et le lierre.
Cette oeuvre est traitée comme un oratorio. D'abord, parce que le sujet est religieux, que les prières de Douceur et les prises de parole de certains personnages (La Mort, l'Ermite) prennent la forme spécifique de récitatifs d'oratorio. D'autre part, nous ne sommes pas en mesure de créer une vraie représentation théâtrale. Plus modestement, nous ferons une lecture de l'œuvre, avec mise en voix et mise en espace, et intermèdes musicaux de la violoniste Céline Rigaud. Lecture polyphonique bien adaptée au style particulièrement musical de Pierre Boudot. Les comédiens viendront des troupes La Cardamone (Mâcon MJC), Les Bibliambules (Mâcon La Buissonnière), Les Margilliens (Viré foyer rural) et de Cluny Chemins d'Europe. L'auteur lui-même a accordé beaucoup de soin à l'accompagnement sonore de son texte. Evocation de l'abbaye de Cluny au XVe siècle avec des chœurs de moines des sons de cloches ; extraits du Polnisches Requiem de Penderecki élargissant le drame du passé aux tragédies de notre époque.
L'œuvre de Pierre Boudot est avant tout une quête spirituelle et intellectuelle pour redonner sens à ce monde de l'après-guerre. Après "le bruit et la fureur", le choc à l'ouverture des camps de la mort, comment imaginer un "plus jamais ça" pour l'avenir ? Douceur est une histoire mais aussi par-dessus tout une prière et un acte de foi. Contre la barbarie des hommes née de l'intolérance, des fantasmes, du goût du pouvoir et des appétits égoïstes, quelle sera la force du Verbe ?
Dans cet éternel tournoi du Bien contre le Mal, Pierre Boudot joue son va-tout et parie sur le Chevalier Blanc.
Sylvie Lauprêtre, metteur en scène



