LA CHAPELLE DE BERZE-LA-VILLE
Date de publication : 19/08/2010
Selon la "vita" de saint Hugues par le moine Gilon, un incendie se déclara, à la suite d'un orage, dans la chapelle de Berzé, alors que l'abbé dormait dans une chambre contiguë. celui-ci eut miraculeusement la vie sauve. Les moines Seguin et Foulcher furent chargés de la restauration du doyenné clunisien. Les remarquables fresques romanes de cette chapelle manquèrent d'être exportées aux Etats-Unis. La mécène Joan Evans, acheta le sanctuaire et en fit don en 1947 à l'Académie de Mâcon, qui en est toujours propriétaire.

Le site du "château des moines" et la chapelle de Berzé-la-Ville
En 1093, Landry, évêque de Mâcon, cède l’église paroissiale de Berzé-la-Ville à l’abbaye de Cluny, distante de moins de trois lieues au nord. Dès 1062, l’abbé Hugues de Semur (1049-1109) a réalisé un achat massif de terres dans la villa de Berzé, afin d’y établir un doyenné. Les seigneurs du lieu, qui occupent le château à mi-chemin entre le village et Cluny, n’ont pas toujours été bien disposés envers le monastère ; mais le mariage de leur héritière Hodierne, sans doute encouragé par les moines, avec Artaud, membre d’une famille amie de Cluny, a stabilisé la situation. A sa mort en 1100, Faletrudis, leur fille, lègue à Cluny des biens considérables à Berzé, achevant ainsi la formation du doyenné. Son centre, le "château des moines", se situe au faîte d’une colline, à faible distance de l’église paroissiale (vous pouvez facilement repérer ce site si vous empruntez la ligne TGV…). Hugues de Semur dote ce site d’une chapelle et en fait sa résidence préférée, y séjournant chaque année, de 1103 à sa mort, y trouvant calme et réflexion. L’abbé de Cluny donne une fonction bien particulière à Berzé, qui contrairement aux autres doyennés clunisiens, n’est pas exploité par un doyen, mais directement par le chambrier de l’abbaye, Seguin. Ses revenus seront utilisés pour les commémorations funéraires des membres de la famille de l’abbé, et le jour anniversaire de sa propre mort, ils fourniront la « pleine pitance » distribuée au réfectoire de l’abbaye et à l’infirmerie de Cluny.

Le choeur de la chapelle de Berzé-la-Ville
Construite sur deux niveaux, la chapelle est le seul vestige du « château des moines » du XIIème siècle. Le niveau inférieur, qui communiquait probablement avec les parties basses des bâtiments du château, se compose d’une salle voûtée en berceau. La chapelle haute, destinée à l’abbé de Cluny et à son entourage, devait communiquer avec les pièces aménagées à l’étage. Sa nef de trois travées est voûtée d’un berceau légèrement brisé. Une travée droite la sépare du chœur, formé d’une abside unique dont la voûte en cul-de-four s’appuie sur cinq arcatures en plein cintre. Les trois centrales encadrent des baies, les deux autres sont aveugles. Leurs arcs retombent sur des colonnettes en délit qui s’appuient sur un soubassement. En 1887, l’abbé Jolivet, curé de Berzé-la-Ville, découvrit des peintures murales sous une couche de badigeon blanc. Elles devaient, à l’origine, couvrir tous les murs de la chapelle ; la datation de ces fresques a fait l’objet de controverses. Commandées par saint Hugues, elles ont sans doute été exécutées après sa mort, sous Pons de Melgueil (1109-1122). Influencé dans ses choix artistiques par ses voyages en Italie, notamment auprès de l’abbé Desiderius (1158-1087) qui entreprit la reconstruction du Mont-Cassin, Hugues de Semur a voulu rivaliser avec les peintures alors réalisées dans les grands centres religieux de Rome et de sa région. Les fresques de Berzé sont réalisées sur un enduit humide (a fresco) et les détails sont repris a secco.

Le Christ en majesté et la "Traditio legis"
Ici, le thème principal choisi est celui de la Traditio legis (alors qu’à Cluny, l’abside principale présentait un Christ en majesté entouré des symboles des évangélistes). Si ce thème de la « transmission de la loi » trouve son origine dans l’art funéraire paléochrétien (de remarquables exemples sont visibles aux musées du Vatican et au musée de l’Arles antique), il a été réadapté et combiné avec d’autres motifs iconographiques particuliers. Placé dans une mandorle, entouré du collège des apôtres, le Christ, trône, assis sur un coussin richement décoré ; la main de Dieu tient ma couronne du martyre au dessus de sa tête ; il bénit de sa main droite (à l’origine, cette position de la main levée évoque l’attitude de l’enseignement) et de sa gauche, il tend un rouleau déployé à Pierre.

"La main de Dieu" ~ détail de la fresque du cul-de-four de l'abside ~ (c) FCL
Cette Traditio legis sert à montrer la primauté de Pierre dans la construction de l’Eglise : Le Christ remet la loi à l’apôtre, qui la remettra ensuite à tous ses successeurs, qui la transmettront notamment aux abbés clunisiens. Il faut aussi voir dans cette composition non seulement l’idée de la transmission du pouvoir mais aussi l'expression du lien étroit qui existe entre Cluny et le pape, successeur de saint Pierre Pierre, avec saint Paul, étant patrons de l’abbaye). Une référence à la réforme grégorienne semble implicite. Grégoire VII, qui fut l'ami de saint Hugues, instaura sa réforme pour affranchir les évêques des pouvoirs laïcs. Or, le privilège d’exemption dont jouissait l’abbaye de Cluny depuis sa fondation, lui servait probablement d’exemple idéal pour défendre ses idées.

Sainte Consorce ~ (c) FCL
Sur la fresque, Pierre est entouré de cinq apôtres, au dessus de deux abbés clunisiens. A la droite du Christ, se tiennent six autres apôtres, dont Matthieu, Philippe et Paul qui porte le second phylactère. A leurs pieds se trouvent les diacres Vincent et Laurent. Dans les écoinçons des arcatures figurent des saintes portant des lampes allumées, symboles des vierges sages de la parabole du Christ. Les dominant, sainte Consorce, vénérée à Cluny où l’abbé Mayeul fit transférer ses reliques, porte une croix.

Le Miracle de saint Blaise ~ (c) FCL
Dans l’arcature aveugle nord sont représentés un miracle et le martyre de saint Blaise, évêque arménien du IVème siècle. Dans l’arcature sud, saint Vincent de Saragosse subit le supplice du gril devant le préfet Dacien. Berzé étant un centre agricole au service de l’abbaye, la représentation de ces deux saint est particulièrement adaptée puisque Blaise était vénéré comme patron des agriculteurs et Vincent comme celui des vignerons.

Un abbé clunisien ~ (c) FCL
Sur le soubassement, émergeant des draperies, neuf saints se succèdent de droite à gauche : Quentin, Denis, Bacchus, Serge, Sébastien, Gorgon, Dorothée, Sennen et Abdon. De chaque côté de l’entrée du chœur, deux abbé en coule, peut-être Mayeul et Odilon.
Selon Juliette Rollier-Hanselmann, qui a étudié les peintures de Berzé-la-Ville, l’enduit a été posé en « pontate », de surface très variable selon les endroits. Les limites entre les différentes zones d’enduit sont à peine perceptibles, le chevauchement des strates étant d’une épaisseur infime et le lissage extrêmement soigné. L’étude précise de la technique permet de dire que c’est la mandorle du Christ qui a été peinte en premier, puis chacun des groupes d’apôtres situés à ses côtés. Une quatrième surface d’enduit termine la partie inférieure du cul-de-four et comporte les quatre personnages placés aux pieds du Christ, les vierges sages et l’intrados des arcatures.

Le Christ bénissant et un groupe d'apôtres (détail) ~ (c) FCL
Le concept autrefois répandu d’une peinture mate à fond clair pour les peintures de l’ouest de la France et d’une peinture brillante à fond sombre pour l’école clunisienne doit être révisé. En effet, la majeure partie des peintures romanes de Bourgogne présente des fonds clairs. La palette picturale des peintures est riche puisqu’elle contient huit couleurs (blanc, ocres jaunes et rouge, minium, vermillon, terre verte, lapis lazuli et noir). Afin d’économiser le précieux lapis lazuli posé dans le fond des scènes, le peintre a appliqué une sous-couche noire (très visible dans les parties où le bleu a disparu). Le fond de la mandorle comportait également des éléments en relief comme l’attestent les petits creux ménagés dans l’enduit. La comparaison entre les procédés picturaux de l’atelier de Berzé et des autres peintres actifs en Bourgogne à une époque voisine, montre que la maîtrise technique atteint ici un niveau très élevé. Si l’abbaye de Cluny pouvait se permettre de faire venir des artistes d’Italie, les commanditaires moins prestigieux faisaient appel à des artistes locaux dont les traditions étaient issues d’autres écoles.

Détail de l'intrados de l'arc du choeur ~(c) FCL
La chapelle de Berzé-la-Ville est ouverte tous les jours
du dernier samedi de mars au 2 novembre
Horaires d'ouverture :
mars, avril, octobre et novembre :
10h-12h / 14h-17h30
mai, juin et septembre :
9h-12h / 14h-18h
juillet et août :
9h-12h30 / 13h30-18h
Tarifs :
Individuel : 3 €
Demi-tarif : 1,50 €
(étudiants et enfants de 12 à 18 ans)
Tarif réduit : 2 €
(famille nombreuse, carte Cezam)
Groupe (dès 20 visiteurs) : 2 € par personne
S'annoncer à l'avance en remplissant le formulaire de réservation
Visite guidée : 30 € pour le groupe
(sur réservation, en français)
Académie de Mâcon ~ Hôtel Senecé, 41 rue Sigorgne, 71000 MACON
Tél : 09 75 60 45 35 - Tél. / Fax : 03 85 38 81 18
Courriel : academie.macon@wanadoo.fr
Le site de l'académie de Mâcon : http://academiedemacon.pagesperso-orange.fr/



