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blog - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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L’ABBATIAT d'ODILON (994-1049) ~ 1ère partie

Dernière modification le 17 mars 2010

L'abbé Odilon est à l"origine de la naissance de l'Ecclesia Cluniacensis

Issu d’une branche de la famille comtale d’Auvergne, Odilon nait en 961 ou 962. il est le fils de Béraud de Mercœur , l’un des seigneurs les plus considérés de la région. Sa santé fragile ne le prédisposant pas à faire carrière dans les armes, il devient chanoine au chapitre de Saint-Julien de Brioude où il a étudié. De passage en Auverge afin de visiter Sauxillanges, Mayeul fait sa connaissance et lui demande de l’accompagner à Cluny. Odilon entre au monastère dans les années 990, en faisant don à l’abbaye de ses terres de Mercœur, près de Brioude. Lettré, Odilon se voit confier l’éducation des jeunes oblats, devenus nombreux sous Mayeul. Il sera désigné, dès 993, comme coadjuteur et successeur de l’abbé. A la mort de Mayeul, en 994, sa prise de fonction donne lieu à une grande fête à laquelle participent plusieurs hauts dignitaires politiques et ecclésiastiques du temps : l’empereur Otton III, le roi de Bourgogne Rodolphe III, le duc Henri 1er de Bourgogne, les archevêques et évêques de Lyon, Genève et Lausanne.

 

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L'abbé Odilon (Armoire aux reliques de Souvigny)

 

La Naissance de l’Ecclesia Cluniacensis

Dès le début de son abbatiat, la diffusion des coutumes clunisiennes se poursuit et il va essayer de rattacher plus étroitement les monastères réformés à l’abbaye de Cluny. Comme me souligne Marcel Pacaut, l’activité jusque là essentiellement réformatrice tend de plus en plus à l’essaimage, c’est à dire à des fondations de monastères. Par exemple, à Beaumont-sur-Grosne et à Luzy avant 998, et en 1019 à Givry. Dès 998, l’évêque d’Autun fait don de Mesvres qui deviendra un important prieuré clunisien, et en 999, le comtes Hugues de Chalon, qui est aussi évêque d’Auxerre, offre le monastère de Paray-le-Monial. En 1017, Cluny reçoit Saints-Cosme-et-Damien de Chalon.

Dans le royaume de Bourgogne, l’impératrice Adélaïde donne à Cluny le monastère Saint-Victor de Genève qu’elle fonde en 999 ; le roi Rodolphe III fait don de celui de Payerne, qu’il fonde en 1005 sur les rives du lac de Neuchâtel. Plus au nord, Adélaïde confie à Cluny le couvent qu’elle a créé en 987, en Alsace, à Selz. De là, les clunisiens s’implantent à Murbach vers 1000-1010 et à Abdinghof, en Westphalie, en 1016.

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L'abbaye de Murbach

 

En Auvergne, l’expansion connaît une réelle impulsion : le prieuré bourbonnais de Souvigny (cf. article précédent) installe des moines en de nombreuses maisons, tout comme le monastère de Sauxillanges qui implante des dépendances à Chauriat et Mailhat, mais aussi à Taluyers, près de Valence.

Dans l’ouest du royaume de France, Odilon est chargé de réformer le monastère saintongeais de Saint-Jean-d’Angély, qu’il fait reconstruire. En 1018, c’est au tour de celui de Saint-Paul-de-Gatîne, non loin de Partenay, à entrer dans le giron de Cluny.

Dans la péninsule ibérique, la réforme clunisienne pénètre grâce à la médiation de l’abbé catalan Oliba (+1046), qui occupa simultanément les charges d’abbé de Ripoll et de Cuxa à partir de 1008, de Saint-Martin-du-Canigou à partir de 1009, d’évêque de Vic à partir de 1018, et fonde l’abbaye de Monserrat entre 1023 et 1025.

 

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Chapiteau du cloître de l'abbaye Saint-Michel-de-Cuxa

 

En Italie, Odilon introduit les coutumes clunisiennes dans la grande abbaye de Farfa, avec l’aide de Guillaume de Volpiano. Plus au sud, l’abbaye de SS. Trinità di Cava, au nord-ouest de Salerne, est fondée en 1025 par un noble, Alferius, qui devient moine de Cluny après sa rencontre avec l’abbé.

Odilon va recevoir du Saint-Siège des prérogatives qui vont permettre à Cluny d’affirmer sa souveraineté sur plusieurs établissements. Dès 998, à la suite de la rencontre entre l’abbé de Cluny et l’empereur Otton III à Pavie, le pape Grégoire V émet une nouvelle charte de protection de l’abbaye, dans laquelle il affranchit partiellement Cluny de l’autorité de l’ordinaire diocésain : « Aucun évêque, aucun membre de l’ordre sacerdotal ne pourra venir dans l’abbaye de Cluny pour consacrer l’église, ordonner des prêtres et des diacres et célébrer la messe sans y avoir été invité par l’abbé ; il sera en revanche permis aux moines de recevoir là où il plaira à l’abbé Odilon et à ses successeurs. » ce privilège marque la naissance d’une véritable Eglise dans l’Eglise : l’Ecclesia Cluniacensis. Elle constituera, au fil des ans, un vaste réseau monastique formé de prieurés, d’abbayes et de petites celles. Elle possédera aussi plusieurs ensembles de terres gérées par des centres d’exploitations, les doyennés, administrés par les moines. Cette Eglise Clunisienne prend véritablement corps en 1024, lorsque le pape Jean XIX étend le privilège de 998 à tous les moines clunisiens. Exemptés des sanctions de malédiction et d’excommunication, ils ne sont soumis qu’au droit de saint Pierre. Ainsi, hors de toute structure géographique diocésaine, c’est par leur affiliation à la maison mère, une abbaye « libre » relevant directement du pape, que se définiront désormais les établissements qu’ils peuplent.

Fulbert, le grand évêque de Chartres, avait surnommé Odilon « l’archange » à la vue des nombreux troupeaux dont l’abbé de Cluny était le pasteur. Retenu dans son évêché par nombre de difficultés, Fulbert exprima ses regrets de ne pouvoir se rendre à Cluny : « Je viendrai un jour, s’il et possible, auprès de vous en qui habite véritablement l’Esprit saint, pour demander conseil à l’oracle de Dieu même. » (Bibl. Cl., p. 351). Il écrit également : « Lorsque vous le saluerez de ma part, je ne supplie votre bonté que d’une chose, c’est de me rapporter à votre retour cette gaieté angélique, cette simplicité monastique dont vous aurez eu l’image devant les yeux. » (Gall. Christ., t. XII, p.36). Mais cette influence grandissante ne manqua pas d’exciter la jalousie de certains…

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