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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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GANAGOBIE

Date de publication : 04/04/2011

Principal prieuré clunisien de Provence, Ganagobie vous accueille dans un cadre exceptionnel, sur un plateau dominant la vallée de la Durance. La belle église romane présente un pavement de mosaïque unique en France.

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La vallée de la Durance depuis le plateau de Ganagobie


Dominant la Durance, le prieuré de Ganagobie s'élève à 700 mètres d'altitude, au bord d'un plateau de 40 hectares couverts de chênes verts entre Sisteron, au nord, et Forcalquier, au sud. Au centre du plateau, la chapelle Saint-Martin, dont subsistent des vestiges du XIème siècle, était sans doute l'église paroissiale du village médiéval en ruine qui occupe l'extrémité nord du plateau. Quant au prieuré clunisien établi sur la bordure orientale du plateau, ses origines remontent à la donation faite à Cluny par Jean, futur évêque de Sisteron (964-966), probablement peu après la seconde moitié du Xème siècle. Jean, qui possède Ganagobie par héritage, y a fait construire deux églises : l'une en l'honneur de sainte Marie, et l'autre placée sous le vocable de saint Jean Baptiste, dans laquelle il souhaite être inhumé. Lors de cette donation, Cluny est gouvernée par l'abbé Mayeul.

 

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L'abside de la prieurale de Ganagobie 

 

A partir de la fin du Xème siècle, le prieuré de Ganagobie, favorisé par les évêques de Sisteron et les grandes familles locales, en particulier par les comtes de Forcalquier, reçoit des dons assurant son essor. il se dote d'un cloître dans le courant du XIème siècle, et devient, au XIIème et XIIIème siècle, le principal prieuré clunisien provençal. Reconstruit et ceint d'une muraille au XIIème siècle, il abrite une communauté de 12 à 14 moines rassemblés autour du prieur. une multitude de petits prieurés ruraux lui sont progressivement rattachés, tels Sigonce, Saint-Pierre de Pierrerue, Saint-Pierre de Peyruis, Saint-Michel de Dabisse, Sainte-Euphémie de Noyers...

 

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Au temps des papes en Avignon, en 1336 ou plus tôt, Ganagobie passe sous le régime de la commende. S'ouvre alors une période de déclin, tant matériel que spirituel. Les malheurs du temps n'arrangent pas la situation : en 1370, durant la guerre de Cent Ans, les visiteurs clunisiens ne peuvent accéder au prieuré en raison de la présence de bandes armées. Au début du XVème siècle, les quatre religieux de ganagobie vivent dans des bâtiments en ruines, où le prieur, le cardinal de Saluces, se garde bien de résider. De 1547 à 1638, le prieuré passe aux mains de la famille Bousquet. Elle engage des travaux de restaurations au sein du monastère que les religieux ont dû quitter temporairement en 1586, à cause des guerres de Religion. C'est au cours de ces guerres que les archives du prieuré sont brûlées. D'importants travaux sont ensuite effectués sous le priorat de Jacques Gaffarel (1638-1659) puis de sion frère Pierre (1659-1690). Lorsque, à la veille de la Révolution, en 1788, l'Ancienne observance, à laquelle adhère Ganagobie, est supprimée, le prieuré n'abrite que deux religieux. Vendu avec ses terres comme bien national en 1791, il est partiellement détruit, le directoire du district de Forcalquier faisant démolirles transepts et le choeur de l'église en 1794.

 

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En 1891, le comte Malijay, propriétaire du lieu, l'offre aux bénédictins de Sainte-Marie-madeleine de Marseille, issus de Solesmes, qui entreprennent la restauration matérielle et spirituelle. Exilés en Italie après les lois de 1901, ils repeuplent l'abbaye d'Hautecombe, en Savoie, en 1922, tout en assurant à Ganagobie la présence d'un ou deux moines. Sous l'égide des Monuments Historiques, les absides de l'église sont relevées entre 1960 et 1975 et les mosaïques romanes du choeur, restaurées, sont replacées en 1986. Parallèlement, des fouilles sont menées de 1974 à 1992. Agrandis, les bâtiments conventuels abritent depuis 1992 la totalité de la communauté de Hautecombe.

 

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Le portail occidental de Ganagobie 

 

Les fouilles archéologiques menées dans la prieurale ont révélé l'existence de deux états antérieurs à l'élévation actuelle. La plus ancienne construction est une église à une nef - épousant à peu près les contours de la nef actuelle - terminée par une abside semi-circulaire. Derrière le chevet de cette église, s'étendait une nécropole dont les tombes, datées de l'époque carolingienne, paraissent avoir presque exclusivement contenu des défunts masculins d'âge adulte. L'un d'eux, un chevalier, est mort de lésions par des armes tranchantes ; un autre a été inhumé avec sa crosse abbatiale, dont l'extrémité, en forme de tau, a été mise au jour : autant de faits qui conduisent à penser que cette première église appartenait à un premier ensemble monastique, datant de l'époque carolingienne. Dans un deuxième temps, sans doute à l'époque de Jean, le fondateur du prieuré clunisien, l'église primitive cède la place à une église à chevet plat : l'église Sainte-Marie. Epaulant son chevet au sud, un édifice divisé en deux parties est construit : il est composé d'une salle carrée, éclairée à l'ouest patr une baie géminée - conservée -, communiquant à l'est avec une chapelle dotée d'une courte nef terminée par une abside semi-circulaire : c'est l'église Saint-Jean-Baptiste dans laquelle Jean demande à être enterré. Quant à la salle précédant la chapelle, il s'agit sans doute d'une "salle des morts", dans laquelle se faisaient les ablutions funèbres et la veillée des corps. Au cours du XIIème siècle, est construite, d'est en ouest, en trois campagnes de travaux, sur les fondations de ces églises, la prieurale romane actuelle. Longue de 37 mètres, d'une grande sobriété, elle comporte une nef de trois travées voûtée en berceau brisé, un double transept, et un choeur formé d'une abside centrale ornée d'une belle arcature en plein cintre, flanquée de deux absidioles. Voûtées en cul-de-four, toutes trois sont de plan semi-circulaire à l'intérieur. A l'extérieur, l'abside centrale et l'absidiole sud sont polygonales. Le transept oriental était couvert, à la croisée, d'une coupole surmontée d'un clocher octogonal détruit à la Révolution.

 

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Le sol des absides du choeur et du transept oriental est couvert d'un exceptionnel pavement de mosaïques, réalisées vers 1125. Enseveli sous les décombres du chevet en 1794, le pavement de mosaïques, découvert à la fin du XIXème siècle, a été restauré en atelier. Ensemble unique en France, il est comparable au pavement du choeur de Saint-André-de-Rosans, autre prieurale clunisienne des Hautes-Alpes. Couvrant l'abside centrale du choeur, la moitié des deux absidioles, le transept oriental et une petite partie de la croisée, où les destructions de 1794 l'ont fait disparaître, le pavement de Ganagobie se déploie sur 72 mètres carrés.

 

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Il donne l'impression d'une superposition de tapis aux accents orientaux où prédomine le rouge, le blanc et le noir, imitant ceux que l'on déroulait autour de l'autel, à l'occasion des grandes fêtes. L'inscription latine en vers léonins qui borde l'abside, dit qu'il fut commandé par le rieur Bertrand et que le moine Pierre Trutbert en dirigea l'exécution.

 

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A côté de figurations géométriques, empruntant aux récits antiques, à la Bible, aux bestiaires, aux romans arthuriens, ce pavement présente l'image fantastique d'un monde lointain où le merveilleux est l'occasion d'exalter l'idéal chevaleresque chrétien et le combat symbolique du Bien contre le Mal. Dans l'absidiole nord, un chevalier en armure poursuit de sa lance un satyre et une chimère. Le bras nord du transept présente un dragon, des volatiles, une femme-oiseau, sirène ou harpie, deux couples de lions affrontés, l'un à tête unique, un aigle bicéphale...

 

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Dans l'abside, un éléphant porte sur son dos, tel un dais, un édifice à deux fenêtres flanqué d'une tour crénelée ; une lionne mord sa patte ; un griffon, gardien des secrets, est suivi d'une panthère à gueule ouverte, et d'une sorte de centaure bandant son arc vers un autre félin. Dans le bras sud du transept, un saint cavalier terrasse, tel saint Georges, le dragon. Dans le fragment subsistant de la croisée, apparaissent dans des médaillons, un éléphant, un griffon, un monstre à tête mi-humaine et à corps de félin et un autre ailé, à double tête.

 

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A l'extérieur, la façade occidentale, de la fin du XIIème siècle, est percée, sous un oculus au remplage disparu, d'un portail monumental. A l'origine, son archivolte de cinq voussures, en arc brisé, retombait, de chaque côté, sur cinq colonnettes. Au XVIIème siècle, un décor en festons fut introduit à la place de deux voussures intermédiaires et des quatres colonnettes qui les supportaient, ce type de décor ne se trouvant, au XIIème siècle, qu'au bas du linteau et au niveau des deux piédroits.

 

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Le tympan figure le Christ en majesté, dont la tête sous un nimbe cruciforme. Siégeant dans une mandorle, il bénit de la main droite et tient le Livre de Vie de la gauche. Il est entouré du tétramorphe, les symboles des évangélistes. De part et d'autre, deux anges acclament le Seigneur. Sue le linteau, les douze apôtres sont représentés portant le Livre de la Parole, et seul saint Pierre, patron de Cluny, est identifiable à ses clefs. 

 

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Le cloître 

 

Le cloître, au sud, a la forme d'un quadrilatère irrégulier. Ses galeries, couvertes d'une voûte en berceau rampant, s'ouvre sur le jardin par huit grands arcs de décharge, encadrant chacun deux baies géminées en plein cintre. L'aile est abritait la salle capitulaire, la salle des moines et, à l'étage, le dortoir ; la cuisine et le réfectoire se trouvaient dans l'aile sud, le cellier et le four, dans l'aile ouest.

 

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