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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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DES MOINES ET DES MORTS

Date de publication : 01/11/2010

Depuis la période carolingienne, les moines commémorent les défunts. Cluny fait de même et prend en charge la prière d’intercession conduisant les fidèles aux joies de l’éternité. Didier Méhu démontre combien les défunts sont au cœur de la prière et de l’espace monastique.

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Dernière page du nécrologe de Marcigny (début XIIème s.) ~ ms. Nouv; Acq. lat. 348, fol. 134v ~(c) BNF ~ Dans la marge gauche, en bas, on distingue la signature de la moniale, Elsendis, rédactrice du manuscrit.

 

La prise en charge des morts n’est pas une invention clunisienne, mais l’essor du monachisme clunisien s’accompagne d’une évolution sensible. Les moines carolingiens assuraient des commémorations globales pour tous ceux dont le nom était consigné dans le « livre de vie ». A Cluny, les commémorations deviennent individuelles. Les noms des moines et des bienfaiteurs morts sont notés avec le jour du décès, l’obit ; des manuscrits d’un nouveau type sont alors rédigés, les obituaires ou nécrologes. Cette « individualisation » de la commémoration s’accompagne du développement des messes privées célébrées pour chaque défunt commémoré, à date fixe et régulière.

 

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Les lieux vers lesquels sont envoyés les brefs mortuaires, d'après le coutumier de Bernard (vers 1075-1080)

 

Les noms des moines décédés sont inscrits dans l’obituaire de leur monastère puis dans le nécrologe des communautés sœurs. Les coutumes de Bernard indiquent le déroulement du processus vers 1080. Après l’inscription dans le nécrologe à la date du décès, le nom du défunt est noté sur cinq brefs de parchemin, c'est-à-dire des petites feuilles. Les serviteurs du cellérier sont chargés de diffuser ces brefs de parchemin dans l’Ecclesia, en commençant par cinq lieu : Paray-le-Monial, Mesvres (près d’Autun), Saint-Marcel (près de Chalon-sur-Saône), Montberthoud (dans la Dombes) et Charlieu. Là, les noms seront enregistrés avant d’être envoyés de la même manière vers d’autre relais.

 

Dans les nécrologes clunisiens, on prend soin de distinguer les noms « des moines de notre congrégation » et ceux des « familiers », c’est-à-dire les bienfaiteurs. Seuls entrent les plus grands d’entre eux, donateurs généreux ou martyrs de la cause clunisienne. Mais si peu de laïcs sont retenus, combien plus nombreux sont-ils à se dépouiller de quelques terres ou quelques serfs pour gagner la commémoration monastique. Les donations affluent pour atteindre un sommet à la fin de l’abbatiat d’Odilon. Les chartes mentionnent en proportion plus nombreuse la « clause de sépulture » : une donation contre la réception de son corps dans le monastère. Quoi de mieux que le repos éternel auprès de la louange des moines et des reliques prestigieuses dont Cluny s’est dotée peu avant l’an mil.

 

Les morts font l’Ecclesia cluniacensis ; ils lui donnent aussi une aura « internationale ». Ce même Odilon qui passe pour avoir sauvé Benoît VIII des flammes de l’enfer, instaure vers 1030 la fête de tous les défunts, le 2 novembre, lendemain de la Toussaint. La tradition carolingienne avait soutenu l’idée d’une communion des défunts et des saints. La fête du 2 novembre l’impose et permet à tous ceux qui ne sont pas agrégés au nombre des saints de participer à la communion. Fête clunisienne, elle gagne assez vite les autres religieux puis une bonne partie de l’Eglise latine dès la fin du XIème siècle.

 

Les pauvres et les moines entretiennent une étroite parenté. Ensemble, ils sont hors du monde, volontairement ou non. Ensemble, ils subissent la vie comme une pénitence. Ensemble, ils seront en bonne place auprès de Dieu. Chaque commémoration funéraire donne lieu à la distribution d’une prébende à un pauvre, équivalente à la consommation de nourriture quotidienne d’un moine. Lors du décès d’un frère, on entretient un pauvre pendant 30 jours. Etant donné que les noms ne sont pas effacés du nécrologe, le nombre des prébendes croit sans cesse. D’autant plus en comptant les distributions liées aux grandes fêtes (12 pauvres le 2 novembre par exemple), aux anniversaires privilégiés (12 pauvres pendant 7 jours pour l’anniversaire de l’empereur Henri II) ou en des occasions exceptionnelles comme la veille du Carême. Un certain mardi gras des années 1070, rapporte le moine Ulrich, 250 jambons auraient été distribués à 17000 pauvres !

 

On mesure l’ampleur de l’organisation en amont. Aussi, lorsqu’au milieu du XIIème siècle les donations se tarissent considérablement, Pierre le Vénérable doit-il revoir à la baisse le système caritatif clunisien. Il limite à 50 le nombre de prébendes quotidiennes. Ce qui fait tout de même un total de 18250 pauvres nourris chaque année.

 

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Sépulture présumée de Gauthier de Chatillon, abbé de Cluny (+1176). Sépulture réduite provenant de la chapelle Saint-Martial, placée devant celle-ci.

 

LE PANTHEON CLUNISIEN

 

L’abbaye de Cluny est donc assise sur ses morts. Des morts en très grand nombre, localisés en des lieux stratégiques : les saints sur les autels ou dans la pierre de consécration qui y est scellée ; les moines dans le cimetière, dans la salle du chapitre, dans les lieux de passage ; les laïcs dans le « cimetière du peuple », dans la grande cour intérieure, dans l’avant-nef de l’abbatiale.

 

 

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Une sépulture de moine d'orientation nord-sud (XVI-XVIIème siècle) ~ Passage Galilée, fouillé en 1991 ~ (c) cliché A. Bau

 

Les tombes des abbés Hugues de Semur et Pierre le Vénérable, et celles présumées de Bernon et d’Hugues V ont été localisées par les fouilles de Kenneth John Conant. La découverte récente de fragments attribués au tombeau de saint Hugues relance l’intérêt du dossier. S’appuyant sur les chroniques et les descriptions modernes de l’abbaye de Cluny, Neil Stratford s’efforce de reconstituer le « panthéon clunisien ». Plusieurs indices attirent l’attention vers le XIIIème siècle, avec deux moments forts pour les abbatiats d’Hugues V (1199-1207) et de Bertrand Ier (1295-1308). Ces deux abbés semblent avoir pris l’initiative de réorganiser les tombeaux des abbés dans le chœur de Cluny III, faisant du déambulatoire une demi-couronne sépulcrale autour du tombeau de saint Hugues.

 

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La tombe de Saint-Hugues ~ Aquarelle d'Alexandre Lenoir ~ RF 5281, fol 69, Cabinet des dessins du musée du Louvre ~ (c) Cliché Musée Nationaux

 

Au nord, le demi cercle commençait avec Pons, dont le corps avait été rapporté de Rome par Hugues V. Il se terminait au sud par Pierre le Vénérable, incluant quelques grandes figures abbatiales des XIIIème et XIVème siècles : Hugues II, Hugues IV, Yves Ier, Yves II, Bertrand Ier.

 

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Fragments du tombeau de saint Hugues ~ présentés à l'exposition "Cluny, apogée de l'art roman" ~ (c) cliché FCL

 

Si une telle organisation est bien l’œuvre du XIIIème siècle, elle confirme l’importance de cette période dans la réécriture de l’histoire clunisienne. Deux nouveaux cartulaires sont mis en chantier vers 1250. Sous la pression du pape, l’Ecclesia cluniacensis se transforme. Les clunisiens s’adaptent tout en conservant une place à part pour l’abbé qui demeure la tête de l’ordre. L’évolution commence avec les statuts d’Hugues V en 1200, et se termine avec ceux de Bertrand Ier en 1301. Simple coïncidence ? On a peine à le croire tant la place des morts est essentielle à la reproduction de l’église clunisienne.

 

 

 Vous pouvez retrouver l'article sur la commémoration des fidèles défunts, publié sur ce même blog le 31 octobre 2009, à l'adresse suivante : http://www.narthex.fr/blogs/abbaye-de-cluny-910-2010/la-commemoration-des-fideles-defunts

 

 

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Fragment du tombeau de saint Hugues ~ (c) cliché FCL

 

 

Actualité Cluny 2010

 

 

Samedi 13 novembre 2010

Colloque : LE TEMPS DE LA COMMEMORATION DE TOUS LES DEFUNTS 

Eglise prieurale de Souvigny et Maison Saint Paul à Moulins.

 

 

Public visé : Grand public et personnes engagées dans des équipes pour l’accompagnement des personnes en deuil.

Alors que nous constatons en France, les questions posées par la proximité des Fêtes de la Toussaint et des Défunts et quand nous savons que peu de personnes en fait sont en mesure de participer à Fête des Défunts proposée au lendemain de la Fête de la Toussaint, il semble utile de réfléchir à nouveau frais à l’articulation de ces deux Fêtes proposées par l’Eglise. Pour ce faire, il est utile de découvrir quelle fut l’origine de la Fête des Défunts et de nous laisser inspirer par Saint Odilon, grand abbé de Cluny et enterré à Souvigny, et “inventeur” de la fête de la commémoration de tous les défunts (2 novembre), que l’Eglise continue de proposer à proximité de la Toussaint. Cette réflexion pourra nous inspirer pour repenser nos pratiques pastorales et liturgiques à l’occasion de ces deux Fêtes, lieu majeur pour la rencontre d’une large partie de la population de notre pays.

09.45 Accueil dans l’Espace St Marc pour un café

10.00 M. Stefan Lunte : Introduction à la journée, visite de la Prieurale de Souvigny avec le tombeau de Saint Odilon et Saint Mayeul.

10.20 P. Charles Perrot, professeur honoraire de l’Institut Catholique de Paris : La Mémoire des Défunts dans l’Eglise primitive

10.40 M. Jean-Luc Fray, professeur d'histoire médiévale de l’Université Blaise Pascal - Clermont II, Institut Théologique d’Auvergne : Le Culte des Morts aux Moyen Age et les Clunisiens

11.20 P. Frédéric Curnier-Laroche, curé de Sennecey-Le-Grand et délégué épiscopal à l'art sacré : L’invention” de la Fête des Défunts par Saint Odilon - Intentions et Pratiques au Moyen Âge.

12.30 Déjeuner à la Maison Saint Paul

14.30 Sr. Regine du Charlat, sœur auxiliatrice, professeure retraitée de l’Institut Catholique de Paris et de l’Institut des Arts sacrés : Vivants et morts sous le Regard de Dieu

15.30 Pause

16.00 Table ronde animé par le P. Claude Herbach, curé de la paroisse Sainte Marie de Montluçon et responsable du service de la formation permanente du diocèse de Moulins : Rituel des Fêtes de la Toussaint et des Défunts. Quelles propositions pour aujourd’hui ?

17.15 Mgr Pascal Roland, évêque de Moulins : Clôture du colloque

17.30 Vêpres