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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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CLUNY III ~ Les Origines

Date de publication : 02/12/2010

Au début du XIIème siècle, l’abbaye de Cluny fit l’objet de nouveaux agrandissements. En un siècle, du début du XIème siècle jusqu’à l’abbatiat de Pierre le Vénérable, le nombre de moines passa de 60 ou 80 à 300 ou 400, auxquels il faut ajouter les convers dont l’effectif n’est pas connu avec précision. Ainsi se trouva-t-on dans l’obligation d’agrandir les bâtiments monastiques, sans oublier le projet de nouvelle église abbatiale : la « Maior Ecclesia ».

Hugues de Semur était dans sa soixante-cinquième année et dans la quarantième de son abbatiat lorsqu’il entreprit la construction d’une nouvelle église et l’agrandissement des bâtiments conventuels.

 

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La vision du moine Gunzo - La Vie de saint Hugues ~ Manuscrit de l'abbaye Saint-Martin-des-Champs ~ Fin du XIIème siècle ~ BNF, Paris.

 

Selon le moine Gilon, qui rédigea une de ses biographies vers 1120, un élément extérieur intervint qui engagea plus fermement encore l’abbé Hugues dans cette voie. Un vieil homme mourant, du nom de Gunzo, ancien abbé redevenu moine, fut visité par saint Pierre qui lui enjoignit de dire à Hugues de construire une nouvelle église selon les plans qu’il lui montra en songe. Gilon écrit : "Comme notre malade, rendu stupide par la nouveauté du prodige, hésitait à se rendre à cette injonction, son impérieux interlocuteur au flanc duquel pendait une multitude de cordes, déclara que celui qui lui dictait ces ordres d’une manière si pressante était bien l’apôtre Pierre. Il ajouta qu’il supportait mal l’étouffement de ses ouailles dans cette bergerie étroite et vétuste et qu’il avait choisi un malade comme messager afin que sa guérison rende plus plausible ce qu’il raconterait une fois guéri. Ensuite, le ravissant en esprit, saint Pierre se montra à lui en train de tenir et tendre des cordeaux, de poser des jalons et de noter les mesures de l’espace à circonscrire. En outre, il accorda au vieillard sept années de survie, s’il remplissait fidèlement la mission qui lui était imposée. Par contre, s’il refusait d’accomplir celle-ci, l’abbé Hugues serait frappé du sort auquel avait échappé Gunzo. Enfin, saint Pierre lui recommanda de restituer avec soin le plan suivant lequel il lui avait montré que l’église devait être construite". Gilon insiste un peu plus loin dans son texte sur le caractère exceptionnel de cet édifice "apte à abriter un millier de moines, restaurant par son ampleur les forces de ces chevaliers du Christ que l’on a libérés d’une espèce de prison et imprimant un élan de liberté et d’allégresse aux hautes colonnes qui ménagent une série d’ouvertures sur toute l’étendue du chœur "(Le moine Gilon cité par J. Stiennon dans son article « Hézelon de Liège, architecte de Cluny »).

 

Un tel texte n’est pas isolé dans la littérature médiévale : nombre de sanctuaires furent édifiés grâce à des interventions célestes similaires. Ici, le patron de l’abbaye, l’apôtre Pierre, choisit lui-même le plan et les proportions du nouvel édifice ; l’abbé Hugues fut donc ainsi dans l’obligation d’obéir et cette caution surnaturelle intervint à point nommé pour légitimer une entreprise qui, sans elle, aurait sans doute semblé démesurée et orgueilleuse. Le Liber tramitis, dans le chapitre prescrivant les mesures et modules à employer pour la construction de l’église et des bâtiments abbatiaux, assignait à cet ensemble des dimensions plutôt modestes ; le contraste avec l’ampleur de Cluny III, la plus grande église de la Chrétienté, était si frappant qu’il sembla nécessaire de le justifier d’une manière extraordinaire. Cette version surnaturelle de l’origine de la troisième église abbatiale est représentée sur l’une des miniatures de la Vie de saint Hugues conservée à la Bibliothèque nationale de France.

 

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Un moine clunisien bâtisseur ~ Gravure de la fin du XIXème siècle in E. BOUDIOT, Les Clunisiens.

 

Bien que la légende désigne Gunzo comme étant l’architecte de cet édifice, il est plus vraisemblable qu’il s’agisse en fait d’Hézelon de Liège. Gunzo avait été abbé de Baume-les-Messieurs, monastère restauré en 904 par le premier abbé de cluny. Invoquer le nom de ce vieux moine revient donc à manifester l’approbation des anciens à la réalisation de cette grandiose abbatiale. Quant à Hézelon, c’est essentiellement une lettre de Pierre le Vénérable à l’évêque de Liège Albéron Ier, lettre rédigée entre 1136 et 1145, qui le désigne comme ayant « édifié les plans et mené à bien la construction de la nouvelle église ». Hézelon, après avoir effectué des études supérieures, fut chanoine de Liège, ville qui fut au XIème siècle un grand foyer d’enseignement, particulièrement reconnu dans le domaine des mathématiques. Il devint ensuite, à une date inconnue, moine à Cluny. Il semble que la collaboration entre l’abbé Hugues et Hézelon pour l’élaboration de la Maior Ecclesia ait été des plus étroites.