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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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CLUNY II

Date de publication : 11/10/2010

L’abbatiat de l’abbé Odilon constitua, selon l’expression d’un historien, une « seconde naissance de Cluny ». Il organisa la vie intérieure du monastère ainsi que ses rapports avec l’extérieur. C’est avec lui que l’Ecclesia Cluniacensis devient un corps autonome. Les évolutions liturgiques et de l’hagiographie abbatiale ne manquèrent pas d’avoir des répercutions sur les bâtiments monastiques. La seconde église, Cluny II, commencée sous l'abbatiat de Mayeul, en fait partie.

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Cluny II et le monastère vers 1043 ~ Cette vue est révélatrice, selon Dominique Vingtain, de la méthode de K. J. Conant qui proposait des reconstitutions graphiques donnant un cadre réaliste à l'architecture.

 

Au début de l’abbatiat d’Odilon, l’église appelée Saint-Pierre-le-Vieil existait déjà et avait été consacrée en 981 par Mayeul. Odilon termina cette construction. Cette seconde abbatiale était sans conteste l’édifice le plus important de la Bourgogne de l’an Mil, vraisemblablement achevée par Odilon vers 1002-1018. On peut ce faire une idée de cette église à travers plusieurs documents de l’époque moderne, tel que le plan anonyme des années 1700, les descriptions données par Dom Martène et Dom Durand vers 1717 (Voyage littéraire de deux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur) et le récit de la visite de l’abbaye par Mabillon en 1682. De plus, une gravure de Louis Prévost vers 1670 montre la tour de croisée du transept et le chevet avant leur démolition.

 

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 Emprise au sol de la succession des édifices Cluny I, II et III

 

Kenneth J. Conant effectua de nombreux sondages archéologiques dès 1928-1932 sur la nef de Cluny II située au sein du cloître du XVIIIème siècle, puis en 1936-1938 sur le chevet et la galilée.

 

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Fouille de la galerie Rouge avec l'emprise de l'un des pieds du ciborium de Cluny II (détail) ~ (c) cliché CEM

 

Les recherches de 2006-2007 mettent à jour des éléments du sanctuaire (en avant de l’abside) avec la base en pierre d’un maître autel et des indices d’aménagements cultuels de ce lieu sacré, avec sans doute un ciborium au dessus de l’autel qui devait contenir les reliques de saint Pierre et saint Paul. Ce ciborium pourrait correspondre à celui établi par Odilon au début du XIème siècle.

 

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Base du maître-autel de Cluny II ~ (c) cliché CEM

 

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Fouille de la galerie Rouge : mur gouttereau sud du sanctuaire de Cluny II plusieurs fois remanié ~ (c) cliché CEM

 

Au nord et au sud de l’autel, plusieurs états de maçonneries désignent des reprises successives sans doute liées au voûtement du sanctuaire. Le plan anonyme de 1700 montre que subsiste encore l’abside principale de Cluny II avec l’emplacement de cet autel.

 

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Détail du plan anonyme de 1700 - En bleu, le choeur de Cluny II avec l'emplacement de l'autel

 

La nef de cette église accueillait l’extrémité de la clôture occidentale du chœur des moines. A ce niveau se situait l’autel de la Sainte-Croix, accessible aux fidèles. La galilée, ainsi désignée par les textes du XIème siècle, constituait un espace particulier, quasi autonome, avec probablement, comme à Tournus, un étage où pouvait se dérouler des offices. L’hypothèse d’une fonction attachée à la mémoire des défunts est aujourd’hui retenue ; c’est également de la galilée que partaient de nombreuses processions comme celle des Rameaux (notre prochain article reproduira l'étude très éclairante de Kristina Krüger sur cette forme architecturale exclusivement clunisienne).

 

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Coupe longitudinale de Cluny II ~ Kenneth J. Conant effectua de nombreux sondages archéologiques à l'emplacement de cette église. Cependant, l'image que l'ont peut donner de cette église relève toujours de l'hypothèse.

 

Les coutumiers du XIème siècle, dont le Liber tramitis, fournissent un grand nombre de précisions quant aux dimensions et à la fonction de certains espaces. Par contre, la chronologie et l’aspect physique de l’édifice sont plus difficiles à cerner. Il s’agit d’un édifice de taille moyenne (50 mètres de long, environ), de plan basilical avec un transept bas, disposition fréquente du premier art roman. La croisée du transept était surmontée d’une tour. L’abside centrale, de plan semi-circulaire très applati, était flanquée de deux absidioles (on retrouve cette disposition à Romainmôtier vers 990-1028). Le chœur communiquait avec les collatéraux par une triple arcature, selon un schéma répandu en Bourgogne et dans les église jurassiennes dépendant de Cluny. La formule d’un chevet « échelonné » de Cluny II se répandit également en Allemagne.

 

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Fouilles à l'extérieur de l'abside de Cluny II en 2009 ~ (c) cliché CEM

 

La nef à trois vaisseaux, précédée d’une vaste galilée coiffée de deux tours, semble avoir fait l’objet de plusieurs campagnes de construction. Le voûtement fut réalisée sous l’abbatiat d’Odilon. Hélas, on ne connaît quasiment rien du décor de cette église. La galilée est une sorte d’avant-nef, une « antéglise » selon l’expression de Dominique Vingtain, ajoutée au bâtiment initial vers 1000-1010. C’est dans cet espace, long de 22 mètres, que se formaient les processions, fonctionnant ainsi comme un lieu de rassemblement. On retrouve de tels espaces à Saint-Philibert de Tournus (premier quart du XIème siècle) et à Saint-Bénigne de Dijon.

 

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Plan de Cluny II vers 1050 ~ Ce plan de Kenneth J. Conant représente l'abbaye de Cluny à la fin de l'abbatiat d'Odilon, qui acheva la construction entreprise par Mayeul. Cette restitution est remise en cause en bien des points (dont celui de l'existence d'un atrium devant l'entrée de l'église).

 

Au début du XIIème siècle, la reconstruction du cloître entraînera la destruction de cette église dont seuls le chevet et la façade de la galilée seront conservées.

D’autres églises et chapelles existaient dans l’enceinte abbatiale. L’une d’entre elles était située dans le cimetière des moines (à l’est de Cluny II) et se présentait sous la forme d’une chapelle triconque. Très ancienne, souvent désignée sous le vocable de Notre-Dame du Cimetière (et quelquefois mentionnée en tant que ecclesia de Sancto Sepulchro, elle fut démolie en 1727. Une autre, dédiée à la Vierge, communiquait avec la salle du chapitre et jouxtait son mur oriental. Sa construction fut probablement entreprise vers 1080 et sa dédicace célébrée en 1085. Cette église est d’abord connue sous le vocable de ecclesia Sanctae Mariae puis sous celui de Notre-Dame de l’Infirmerie. D’environ 40 mètres de long, elle fut fouillée par K. J. Conant. Elle se composait sans doute d’un chevet à trois absides, d’un transept bas et d’une tour de croisée. Chaque jour, des offices y étaient célébrés et elle constituait une station pour les processions.

 

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Chapiteau (clcaire) du sanctuaire de Cluny II retrouvé lors des fouilles de 2006 ~ (c) cliché CEM

 

Ces constructions contemporaines de Cluny II témoignent qu’ici, comme dans tous les grands monastères de l’époque, plusieurs lieux de culte coexistaient, correspondant à un usage spécifique, variant selon les périodes de l’année liturgique ou la nature des offices.

commentaires


Cluny II

Posté par Yoann le 2010-11-04 11:37:00
Juste une précision sur cette article.

On a retrouvé deux sarcophages dans l'actuel cloître du XVIIIe siècle, devant la salle capitulaire de Cluny II, dont un qui est de type mérovingien et a semble-t-il servi de remploi.

Merci pour l'article.

réponse commentaire du 04/11/10

Posté par Frédéric CURNIER LAROCHE le 2010-11-05 20:33:37
Merci de nous faire part de cette information. Je n'en fais pas mention pour l'instant afin de donner des précisions dans un futur article concernant les dernières découvertes et les nouveaux aménagements.

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