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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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CLUNY et ses ABBES, du XIVème au XVIIIème siècle

Date de publication : 23/06/2011

Temps d’épreuves pour l’ensemble de l’Occident, les XIVème et XVème siècles n’épargnent pas Cluny. Progressivement, le rôle de Cluny s’estompe. Très affaibli par la réforme protestante et les Guerres de religion, l’ordre de Cluny, au XVIIème siècle, est marqué par l’incapacité d’adapter son image d’ordre international à la nouvelle géopolitique des cadres nationaux. Une nouvelle tendance réformatrice va susciter des conflits internes. Cluny, vers 1750, entreprendra la reconstruction de ses bâtiments conventuels.

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Vue gravée de l'abbaye et de la ville de Cluny ~ d'après un dessin de l'avocat Louis PREVOST (vers 1670), publiée dans François-Louis BRUEL, Cluni, album historique et archéologique

 

Dans l’histoire clunisienne, les années 1290 marquent un tournant et c’est sur fond de crise que s’ouvre le XIVème siècle ; à un contexte général dégradé s’ajoutent des difficultés internes. Les abbés qui se succèdent depuis le milieu du XIIème siècle s’acquittèrent de leur charge et grâce aux Statuts d’Hugues V d’Anjou (1200), l’Ecclesia cluniacensis se structura pour devenir un ordre, l’Ordo cluniacensis. Les abbés des deux derniers siècles du Moyen Age œuvrèrent dans des conditions délicates, le premier tiers du XVème siècle fut sans doute la période la plus sombre pour Cluny.

 

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Costume des anciens bénédictins : en costume de ville (à gauche) et en habit de choeur (à droite). D'après P. HELYOT, Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires, 1718, Coignard, PARIS, t. V, pp. 208, 200

 

De 1295 à 1480, dix-sept abbés dirigent l’ordre. Ils appartiennent à l’aristocratie et certains sont bourguignons. D’autres viennent de régions plus méridionales, comme les papes qui résident en Avignon et auxquels plusieurs sont apparentés – Raymond de Bonne (1319-1322) est parent avec Jean XXII, Hugues de Beaufort (1347-1350) et Hugues de Fabri (1350-1351) le sont avec Clément VI, Jean du Pin (1369-1374) avec Grégoire XI. Avant d’accéder à cette charge, ils ont assumé des fonctions dans l’abbaye ou dans les prieurés. Jean de Bourbon (1456-1480/85) est le premier abbé de Cluny issu de l’épiscopat (évêque du Puy) et, par dispense apostolique, Calixte III l’autorise à cumuler les deux charges. Leurs abbatiats connaissent des durées diverses et plusieurs quittent Cluny avant leur mort. Henri de Fautrières (1308-1319) et Pierre de Chastelus (1322-1342) deviennent évêques ; Hugues de Fabri entre chez les Chartreux ; Hugues de Beaufort et Androin de la Roche (1351-1361) sont nommés cardinaux. Tous font preuve de qualités morales et intellectuelles : Simon de la Brosse (1361-1368), Androin de la Roche, Guillaume de Pommiers (1369) et Jean du Pin sont docteurs en théologie ; Pierre de Chastelus, Itier de Mirmande (1342-1347), Hugues de Fabri et Robert de Chaudesolles (1416-1423) sont docteurs en décrets.

 

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Vue de l'abbatiale de Cluny le 22 septembre 1617 ~ Dessin à la plume d'Etienne MARTELLANGE, jésuite et architecte (1568-1641) ~ publiée dans François-Louis BRUEL, Cluni, album historique et archéologique.

 

Selon la règle de saint Benoît, le choix de l’abbé incombe aux moines, mais leur initiative tend à se réduire. Depuis la fin du XIIème siècle, les papes confirment l’élection de l’abbé ; à partir du XIVème siècle s’ajoute, pour le nouvel élu, l’obligation d’aller à Rome – voyage ad limina – et d’acquitter une taxe assez lourde : les communs services. L’ingérence pontificale peut se manifester de façon ouverte et légitime en vertu du système de la réserve. Ce n’est qu’au profit de la soustraction d’obédience que les moines élisent, en 1400, Raymond de Cadoène (1400-1416) « au chapitre selon l’ancienne coutume ». Il arrive au roi de France d’intervenir : en 1456, Charles VII demande aux moines de désigner Jean de Bourbon que Calixte III reconnaît, le 11 avril 1457, comme abbé régulier. En 1480, Jean de Bourbon résigne sa charge en faveur de Jacques d’Amboise, mais garde l’administration jusqu’à sa mort en 1485.

 

Les abbés sont confrontés à des difficultés permanentes : problèmes financiers – auxquels la fiscalité pontificale et royale n’est pas étrangère -, relâchement de la discipline, méfaits de la commende dans de nombreux prieurés, utilisés par la papauté d’Avignon pour sa politique bénéficiale, défense des droits et, surtout au XVème siècle, désorganisation de l’ordre.

Sauf de rares exceptions, les abbés ne restent pas inactifs : Bertrand du Colombier (1295-1308), Pierre de Chastelus, Hugues de Fabri parviennent à assainir les finances et, pour améliorer la discipline, l’observance de la Règle et le fonctionnement de ce vaste corps qu’est l’ordre clunisien, certains promulguent des Statuts : Bertrand du Colombier (1301), Henri de Fautrières (1314), Jean de Damas-Cozan (1399), Jean de Bourbon (1458). Des finances dévatées et un contexte troublé interdisent toute grande réalisation dans l’abbaye, entretenir les bâtiments s’avère problématique ; hormis Jean de Bourbon qui fait construire une chapelle et un palais abbatial, les autres abbés se limitent à quelques aménagements et à enrichir le Trésor. La bibliothèque reçoit de nombreux volumes et deux collèges permettent aux moines de poursuivre des études : celui de Paris, créé par Yves de Vergy en 1259 et doté de Statuts par Simon de la Brosse, et celui de Saint-Martial d’Avignon fondé par Jacques de Cozan en 1379.

 

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Constitutions de 1637, lors de la tentative d'union entre Cluny et la congrégation de Saint-Maur 

 

Le rôle des abbés à l’extérieur de l’ordre s’estompe sans cependant disparaître. Androin de la Roche reçoit plusieurs missions diplomatiques de la part du pape ; Robert de Chaudesolles joue un rôle actif au concile de Pise et participe à l’élection de Martin V en 1417, Jean de Bourbon est délégué à la lieutenance générale du Languedoc. Aucun de ces abbés n’a démérité, et ils se sont efforcés de défendre Cluny avec une réussite inégale. La tentative de réforme de Jean de Bourbon arrive trop tard et après 1470, le contexte est trop défavorable pour ne pas en limiter les effets.

 

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Clunisien des premiers temps tel qu'on l'imagine au XVIIème siècle ~ D'après P. HELYOT, Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires, 1718, Coignard, PARIS, t. V, p. 184. On notera la forme pointue du capuchon relevée aussi par dom MARTENE à SOUVIGNY dans son Voyage Littéraire.
 

 

Jacques III d’Amboise, successeur de Jean de Bourbon, tente de poursuivre son œuvre de réforme (en particulier à Saint-Martin-des-Champs à Paris en 1500). Le XVIème siècle est, pour  Cluny, le temps des Lorraine-Guise (1528-1621). Dès les premières années de ce siècle, l’ordre de Cluny est intégré plus fermement et définitivement à l’Eglise gallicane, ce qui n’est pas sans conséquence sur le caractère international de l’ordre. Ainsi, lors du concordat de Bologne (1516), la libre élection de l’abbé est remise en cause. S’impose alors la mainmise de l’autorité monarchique sur l’abbaye et sur l’avenir de l’ordre. Jean de Lorraine fait approuver au Concile de Trente des Statuts reprenant ceux de Jean de Bourbon. La réforme protestante et les Guerres de religion (pillage de Cluny en 1563) constituent des facteurs de crise profonde : suppression du monachisme en Angleterre, fermeture d’un bon nombre de maisons en Allemagne et difficultés pour les monastères français. En effet, beaucoup de petits établissements disparaissent et certaines abbayes comme Moissac en 1618, un des grands établissements clunisiens du sud-ouest de la France, sont sécularisés. Enfin, le chapitre général n’est plus convoqué entre 1571 et 1600.

 

Le chapitre général de 1600 dresse le bilan et réorganise les provinces (Lyon-Auvergne, Provence, Poitou, Comté de Bourgogne, Gascogne-Espagne, Lotharingie-Allemagne, Lombardie et Angleterre), selon une répartition qui ne correspond plus guère à la réalité : en Angleterre, le principal monastère clunisien, Lewes, devient indépendant dès 1480 et la suppression de la vie monastique intervient dans les années 1530, tandis que la réforme protestante entraîne la fermeture des monastères allemands et qu’en Espagne, la congrégation bénédictine de Valladolid (fondée au XVème siècle), annexe peu à peu les maisons clunisiennes rescapées de diverses difficultés, et que les monastères italiens ont acquis de fait leur autonomie. Le XVIème siècle consacre donc la fin du puissant ordre de Cluny, centralisé et fort de ses 1200 établissements répartis dans toute l’Europe occidentale.

 

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Philippe de CHAMPAIGNE, Triple portrait de Richelieu ~ vers 1640 ~ National Gallery, LONDRES

 

La réforme de Cluny s’inscrit dans l’espace politique et religieux du royaume de France. Elle semble alors passer par les congrégations bénédictines de Saint-Vanne (Lorraine) et de Saint-Maur (190 monastères en France en 1690), fondées avec l’appui du pouvoir ducal et royal respectivement en 1604 et 1618, en dehors du monde clunisien. Il faut néanmoins insister sur le rôle central de dom Laurent Bénard, supérieur du collège de Cluny à Paris, dans la diffusion de la réforme bénédictine, mais aussi sur celui de Jacques de Vény d’Arbouze, prieur claustral de Cluny. En 1615, l’abbé Louis de Lorraine le fait grand prieur et le désigne pour être son vicaire général. Dès 1621, en lien avec les mauristes, les clunisiens attachés à la réforme lance un mouvement d’étroite observance. Ils rédigent, sous l’autorité de J. d’Arbouze, un programme de réforme (pauvreté individuelle, office divin, habit, alimentation, …). Seuls les établissements acceptant ce programme seraient habilités à recevoir des novices. Le projet vise à relancer Cluny sans provoquer de scission. Ses constitutions sont approuvées par l’abbé. En 1621, dom d’Arbouze est élu abbé, soutenu par les cardinaux de Richelieu et de La Rochefoucauld. Ce dernier propose, en 1623-1624, la formation d’une nouvelle congrégation réunissant Cluny et les mauristes. Cette première tentative est un échec. L’abbé, appuyé par son coadjuteur (Richelieu depuis 1627), se tourne vers Saint-Vanne. Suite à un nouvel échec, en avril 1629, l’abbé démissionne au profit de Richelieu.

 

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Robert NANTEUIL, Le cardinal de Mazarin dans son palais ~ 1659 ~ BNF, PARIS

 

Jusqu’aux années 1660, ce sont Richelieu, Armand de Bourbon et Mazarin qui se succèdent. Richelieu veut réunir Cluny, Saint-Vanne et Saint-Maur, c’est-à-dire ne faire qu’une organisation bénédictine centralisée en France. La fusion entre Saint-Vanne et l’Etroite observance est proclamée en 1631 et, en 1633, Richelieu réunit le chapitre général qui approuve les statuts réformateurs mais ne se prononce pas sur l’union. Devant les réticences à une union mauristes-vannistes, Richelieu reprend l’idée de son prédécesseur, l’union de Cluny et des seuls mauristes. En 1634, il obtient le consentement du supérieur général mauriste. Le protocole est ratifié au chapitre général de 1636. L’Etroite observance de Cluny met l’union en application malgré l’opposition des tenants de l’Ancienne observance. A la mort de Richelieu, des difficultés apparaissent et la désunion est décidée en 1644-1645. Un chapitre général, réuni à la Charité-sur-Loire, élit supérieur de l’Etroite observance dom Rollet, qui se voit chargé d’étendre le mouvement sans avoir la direction d’un monastère particulier. L’abbé de Cluny , Conti, refuse ces décisions. En 1647, il assemble à Cluny un chapitre général et fait décider d’une part, que tous les moines ayant choisi l’abstinence devront prononcer le vœu de stabilité sur la règle nouvelle et, d’autre part, que le supérieur nommé lors de la réunion de la Charité-sur-Loire, prend le titre de vicaire général de l’ordre, sous l’autorité de l’abbé, et doit s’occuper de l’Etroite observance. Ainsi, vers 1650, la répartition des clunisiens entre les deux observances est plus nette. S’il y a rivalité, il n’y a pas pour autant scission. Mazarin, en 1657, décide que, désormais, sous l’autorité de l’abbé, le chapitre général de l’Etroite observance se réunira tous les trois ans pour diriger la réforme, mais accepte difficilement que le bref pontifical prévoie l’élection du vicaire général par cette même assemblée. Le chapitre général de 1676 empêche l’extension de l’Etroite observance. Henri de Beuvron, dont l’élection (1672) est cassée, n’est remplacé qu’en 1683, le roi proposant aux moines Emmanuel de la Tour d’Auvergne, cardinal de Bouillon.

 

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Costume des clunisiens de l'Etroite observance : en habit ordinaire (à gauche) et en habit de choeur (à droite) ~ D'après P. HELYOT, Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires, 1718, Coignard, PARIS, t. V, pp. 222, 2025

 

En 1684, quelques années après l’annexion de la Franche-Comté par la France, il est décidé que tous les monastères ayant appartenu à l’ordre de Cluny qui s’y trouvent, constitueront une nouvelle province de l’ordre. Ainsi, certains d’entre eux, réformés par  Saint-Vanne, sont obligés d’accepter une direction ayant une position divergente. Le chapitre général de la congrégation de Saint-Vanne s’élève contre ce rattachement dès 1684, mais sans succès.

 

En 1725, le chapitre général décide la suppression des établissements trop petits et le regroupement des religieux en quelques maisons plus importantes. L’Ancienne observance comprend alors une trentaine de prieurés et 320 à 350 religieux. L’Etroite observance ne compte que 20 monastères, mais l’abbaye mère et ses filles historiques, soit Cluny, La Charité-sur-Loire, Saint-Martin-des-Champs, Souvigny et Sauxillanges, et 300 religieux. A titre de comparaison, la congrégation de Saint-Maur compte alors 190 monastères et près de 2000 moines.

 

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Breviarium Clunicaense, juxtam regulam sancti Benedicti (partie été) ~ PARIS, 1779 

 

Ces débats internes entre les deux observances expliquent peut-être aussi en partie le fait que, contrairement aux vannistes et aux mauristes, les clunisiens n’ont pas connu de troubles importants liés au jansénisme, dans les années 1715-1730. Les années 1740-1760, période plus apaisée, permettent un vrai renouvellement architectural, comme en témoigne la reconstruction du cloître et des bâtiments conventuels de l’abbaye sous l’autorité du prieur dom Dathose, et différents projets de travaux collectifs historiques sur Cluny. Cependant, la commission des réguliers (1768) propose la suppression de l’Ancienne observance, suppression qui n’est officialisée que le 27 mars 1788 avec l’interdiction de recevoir des novices et la dispersion des religieux. L’Etroite observance, qui est à elle seule l’ordre de Cluny, réunit son premier et dernier chapitre général en août 1788, ratifiant les nouvelles constitutions qui sont confirmées par Rome le 15 mai 1789.

 

L’ordre de Cluny est supprimé à la Révolution comme tous les ordres et les congrégations. Il ne reste à Cluny que 35 religieux. Finalement vendue en 1798, l’abbaye est progressivement démolie (jusqu’en 1823).

 

 

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L'architecte Jean-Joseph MARCHAL présente aux moines le plan du cloître ~ vers 1750 ~ Antiphonaire de Cluny ~ (c) Musée d'Art et d'Archéologie 

 

Les bâtiments conventuels du XVIIIème siècle.

 

C’est sous l’abbatiat de Frédéric-Jérôme de la Rochefoucault, 57ème abbé (de 1747 à 1757), que le prieur dom Dathose confie à l’architecte Jean-Joseph Marchal un important programme de modernisation. La grande abbatiale romane est conservée, mais les cloîtres romans seront détruits ainsi que les dortoirs, le réfectoire, la salle capitulaire et la grande infirmerie construite sous Pierre le Vénérable, la chapelle Sainte-Marie, celle de l’abbé, et les parties subsistantes de Cluny II. Tous ces édifices seront remplacés par un même ensemble comportant plusieurs corps de logis.

 

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Le Conspectus ecclesiae cluniacensis, publié dans les Annales Ordinis sancti Benedicti de MABILLON, t. V, p. 252 

 

L’ampleur du projet était motivée par trois impératifs : la réforme mauriste introduite un siècle auparavant, qui opérait un changement profond des conditions matérielles de la vie des moines ; le réaménagement du mobilier liturgique de l’abbatiale, qui imposait une architecture puissante avec un goût évident du colossal ; et la volonté d’utiliser le prestige de Cluny pour créer en ces lieux une véritable capitale monastique.

 

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Vue aérienne de l'abbaye de Cluny ~ (c) Cliché Centre d'Etudes Clunisiennes 

 

L’architecture de cet ensemble classique témoigne d’une certaine austérité et privilégie les grandes perspectives par rapport aux dimensions en hauteur qui restent dans des proportions humaines. La composition des façades s’établit à partir d’un soubassement développé jusqu’à l’appui des fenêtres du rez-de-chaussée, d’un puissant bandeau intermédiaire intégrant subtilement le grand balcon du pavillon central, et d’un entablement mouluré à l’antique servant de support aux combles couverts de tuiles plates. L’entablement comprend une plate-bande, une frise et une corniche très saillante. La pierre de taille est réservée aux soubassements, aux bandeaux et aux entablements, alors que l’enduit habille les parements des murs.

 

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Le rez-de-chaussée du cloître, l’avant-corps central et les façades est des ailes du jardin ont leur parement exécuté en pierre de taille. Ce raffinement de traitement met l’accent sur ces points remarquables qui, par leur situation et par leur rôle de communication avec les jardins, contribuent à rendre plus avenantes les façades qui sont couronnées par un fronton triangulaire flanqué de contreforts rampants et de vases ou de pots à feu. La sculpture, distribuée parcimonieusement, est réservée aux frontons et aux agrafes des baies en anse de panier du corps de logis central. Seul le fronton central fut sculpté, puis malheureusement dégradé : les armes de l’abbaye ornaient un cartouche environné de rocailles.

 

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Agrafe sculptée sur un arc de porte-fenêtre (Façade sur jardin) 

 

Les agrafes mêlent coquille et rocaille dans un effet plastique très sûr. L’effet décoratif le plus riche est obtenu par les garde-corps en fer forgé et repoussé, des balcons et des rampes des escaliers. Peints et dorés, ils contribuent à adoucir la composition rigoureuse des façades.

 

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Ces ferronneries sont l’œuvre d’un habile artisan prodigieusement fécond appelé frère Placide, de son vrai nom Jean Julien. Celui-ci avait entre autres participé grandement au renouvellement du mobilier liturgique de Cluny III et avait réalisé une fabuleuse crosse eucharistique monumentale sur l’autel matutinal. Les rampes des escaliers présentent des factures et des compositions variées qui sont propres à chaque ouvrage. Les menuiseries qui occultent les baies sont sobres : seules des modénatures vigoureuses en composent le dessin. Les ouvrants des fenêtres sont à petits bois.

 

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Autel matutinal de Cluny III : crosse eucharistique du frère PlacideReconstitution de Michel BOUILLOT 

 

Le gamme des teintes extérieures des bâtiments mêle la pierre calcaire ocre clair et la couleur un peu plus rosée des enduits. Les soubassements, bandeaux et corniches, étaient soulignés d’ocre rouge dont quelques traces subsistent sur les parties les plus protégées des intempéries. A l’intérieur, deux teintes d’ocre jaune, l’un clair pour les voûtes et les murs, l’autre foncé pour les arcs doubleaux et leur retombée, rythment chaque travée ; un soubassement ocre rouge complète cette palette, et la teinte grise des menuiseries contribue à en magnifier l’harmonie.

 

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 La galerie nord du cloître du XVIIIème siècle de l'abbaye de Cluny ~ (c) Cliché FCL

 

Le programme de ces bâtiments peut être aisément comparé à celui des constructions édifiées pour l’abbaye royale de Saint-Denis : il est simple et fonctionnel pour les cellules des moines, mais d’une grande ampleur pour les circulations horizontales et verticales. L’architecture s’inspire de celle des bâtiments civils du pouvoir.

commentaires


subjectivité

Posté par Antoine le 2011-10-12 10:05:47
Les destructions et restaurations (modernisation) sont tout aussi terribles que les destructions postrévolutionnaires. ceci n'est que mon avis.

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