Narthex - Art sacré, Patrimoine et Création
image du bandeau

blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

Agenda Narthex

CHARLIEU

Date de publication : 21/11/2010

Charlieu propose au visiteur et à l'amateur d'art médiéval un bel exemple de l'architecture clunisienne, avec les restes de son avant-nef, et un remarquable répertoire iconographique.

charlieu_abbaye_narthex.jpg

 

Sur les terres cédées par l’évêque Robert de Valence et son frère Edouard, sur la rive droite du Sornin, à la frontière méridionale du Charolais, des moines bénédictins venus de Touraine, conduits par l’abbé Gausmar, fondent, avant 876, une abbaye. En cet endroit qu’ils appellent carus locus, « cher lieu », ils dédient leur première abbatiale aux saints Etienne et Fortuné.

 

king_boson_of_provence.jpg

 Le roi Boson et saint Etienne ~ Fresque du refectoire de Charlieu, XIIème siècle ~ PARIS, Musée National du Moyen-Age

 

Placée sous la protection du roi Boson de Provence à partir de 879, Charlieu est rattachée à l’Ecclesia cluniacensis en 932, à l’initiative du comte Hugues d’Arles, ami de l’abbé Odon de Cluny. L’abbatiale est alors remaniée : son plan comprend une nef avec collatéraux, terminée par un chœur à déambulatoire et chapelle axiale. A l’est de l’abbaye, un bourg, mentionné pour la première fois en 994, se développe. En 1040, sous l’abbatiat d’Odilon de Cluny, Charlieu devient prieuré. Peu après débute le chantier de la troisième église Saint-Fortuné, dont les parties orientales sont consacrées en 1094 : plus vaste que les précédentes, elle comporte un transept saillant et se dote, au XIème siècle, d’une avant-nef.

 

charlieu2.jpg

 

En 1180, Philippe Auguste prend la ville et le prieuré sous sa protection et en renforce les défenses, dans lesquelles s’intègre la tour qui porte son nom.

 

tour charlieu.jpg

 La tour dite de Philippe-Auguste, fin XIIème siècle

 

Il y nomme, au début du XIIIème siècle, un châtelain. Le prieur, qui perçoit taxes et redevances, reste le seigneur d’un bourg prospère. Les habitants supportent mal cette tutelle, d’autant qu’en 1207, la charte qui leur est accordée ne leur octroie pas de réels pouvoirs municipaux. Le conflit éclate dans les années 1240-1250 : les bourgeois jurent la commune et assiègent le prieuré. L’affaire est résolue, à la faveur des moines, devant le parlement de Paris, mais les relations restent tendues. C’est tout naturellement que les Charliendins soutiennent, contre le prieur, l’installation des franciscains à Saint-Nizier-sous-Charlieu, en 1280.

 

 charlieu cordeliers 2.jpg

 l'église des Cordeliers à Saint-Nizier-sous-Charlieu

 

Au XVIème siècle, le prieuré échappe aux destructions des guerres de Religion, mais ses grandes heures ont pris fin. Ayant adhéré à l’Ancienne observance clunisienne, il est dissous lorsque celle-ci est supprimée en 1788. quand survient la Révolution, il ne reste plus que deux moines sur les rives du Sornin. Le prieuré est sécularisé. En 1792, les habitants en brûlent les archives, situées à l’étage supérieur de l’avant-nef. En 1793, ils décapitent les figures sculptées sur les portails de cette même avant-nef. Morcelé en plusieurs lots, le prieuré est vendu en 1796. N’en subsistent qu’une partie des bâtiments conventuels, l’avant-nef et la première travée de la nef de l’église, rasée en 1800.

 

charlieu11.jpg

 L'agneau pascal ~ voussures du portail central de l'avant-nef

 

L’avant-nef de Charlieu, ou galilée, est un édifice à deux étages. Les deux espaces superposés sont voûtés d’arêtes. L’entrée se fait au nord, par deux portails de tailles différentes, sculptés dans le deuxième quart du XIIème siècle. L’archivolte du grand portail principal porte en son sommet l’agneau pascal.

 

grand_portail_nord.jpg

 Le portail central de l'avant-nef de Charlieu

 

Des voussures aux motifs géométriques et floraux cernent son tympan illustrant la Parousie : le Christ en gloire, avec à ses pieds la Jérusalem céleste, trône dans une mandorle soutenue par deux anges ; il est accompagné du Tétramorphe, les symboles des quatre évangélistes. Sur le linteau, les douze apôtres, avec au lieu d’eux, la Vierge entourée de deux anges.

 

charlieu10.jpg

 

De chaque côté du linteau, d'autres figures prolongent la frise : le roi David et Jean-Baptiste à droite et à gauche l'évêque de Valence, fondateur de Charlieu et le roi Boson, bienfaiteur du monastère.

 

charlieu5.jpg

 

Le petit portail se compose d'une autre baie en plein cintre. Sur l'archivolte, ont pris place les six personnages de la Transfiguration : saint Jacques, saint Jean, le Christ, Moïse, Elie et saint Pierre. le tympan représente les noces de Cana et le linteau évoque les sacrifices d'animaux du temple de Jérusalem.

 

 charlieu17.jpg

 

L'iconographie de ce petit portail, typiquement clunisienne, a été réalisée durant l'abbatiat de Pierre le Vénérable, qui introduisit à Cluny, dans les années 1130, la fête de la Transfiguration.

 

charlieu16.jpg

 

Les noces de Cana du tympan, qui préfigurent la Cène, et le sacrifice du linteau, annoncent le sacrifice du Christ et peuvent être mis en relation avec les écrits du septième abbé de Cluny contre l'hérésiaque Pierre de Bruys.

 

charlieu tympan.jpg 

 Le tympan du portail occidental

 

A l'intérieur de l'avant-nef, au rez-de-chaussée, se trouve le portail occidental de la prieurale Saint-Fortuné. Son tympan, exécuté vers 1100, montre le Christ en majesté dans une mandorle soutenue par deux anges. Sur le linteau, à l'intérieur d'une succession d'arcature, sont représentés les douze apôtres. à l'étage de l'avant-nef, dans la salle dite des Archives, la baie qui s'ouvre à l'est permet de voir la zone archéologique, fouillée et mise en valeur vers 1950, et d'où se dégagent les plans des trois églises successives. Seule la première travée de la nef de la prieurale des XI-XIIème siècles est conservée.

 

charlieu19.jpg

 

 

Deux colonnes accolées à la façade occidentale sont coiffées de chapiteaux sculptés, l'un d'un acrobate, l'autre d'une sirène bicaudée. Sur les autres colonnes, des chapiteaux mettent en scène Daniel dans la fosse au lions, un centaure et un cavalier se tirant la barbe ; un autre, décoré de coquilles Saint-Jacques, rappelle que Charlieu se trouvait sur l'un des chemins de Compostelle.

 

charlieu15.jpg

 

 

Le cloître, reconstruit aux XVème et XIVème siècles, jouxte la prieurale au sud. Au cours du XIXème sièce, sa galerie nord et une partie de sa galerie ouest ont disparu. Dans la galerie orientale, les nervures de la voûte en ogives de la salle capitulaire, du début du XVIème siècle, retombent sur un pilier central intégrant un lutrin taillé dans la pierre. Cette salle s'ouvre sur la galerie par une série d'arcades en plein cintre prenant appuis sur des colonnes jumelées, dotées de chapiteaux de style roman primitif. Peut-être ces colonnes proviennent-elles du déambulatoire de la seconde abbatiale du Xème siècle. Adossée à l'est de la salle capitulaire se trouve une chapelle. Restaurée au XVème siècle, elle devint alors la chapelle privée du prieur.

 

charlieu8.jpg