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blog - ARCHIVES - Abbaye de Cluny 910-2010

Auteur : P. Frédéric Curnier-Laroche

portrait du redacteur Frédéric CURNIER-LAROCHE est né en 1963. Historien de l'Art (Ancien élève de l'Ecole du Louvre et de la Sorbonne) il a été ordonné prêtre en 1996. Ancien curé "in solidum" de Cluny, il est le responsable de la commission diocésaine d'art sacré du diocèse d'Autun.

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BERNON, PREMIER ABBE DE CLUNY

Date de publication : 28/10/2009

Qui était cet abbé Bernon qui avait obtenu de Guillaume le Pieux la cession de ses terres de Cluny et reçu à Bourges la mission d’y créer un monastère ?

     Qui était cet abbé Bernon qui avait obtenu de Guillaume le Pieux la cession de ses terres de Cluny et reçu à Bourges la mission d’y créer un monastère ? Aucun disciple n’a écrit sa vie, et pour ainsi dire, son existence se cache derrière quelques faits isolés, quelques dates qui, ne nous apprennent rien d’intime sur son caractère.

   Sigebert de Gemblours, qui écrivait dans la seconde moitié du onzième siècle, a prétendu qu’il était d’origine séquanaise et issu de la famille des comtes de Bourgogne. Sur ces simples paroles, on construisit une généalogie imaginaire. Mais l’on peut avec assurance situer sa naissance entre 850 et 860, car en 927, année de sa mort, il était âgé. La première partie de sa vie nous demeure inconnue. Durant sa jeunesse, la haute Bourgogne, sa patrie, fut la proie de l’anarchie et des invasions. Des bandes de Normands, quittant Paris  en 988, descendirent vers la Saône, tuèrent les religieux de Luxeuil et commirent des dégâts jusqu’aux portes de Dijon. Et ce fut au milieu de ces désastres que le comte Bernon embrassa la vie monastique. Ne trouvant plus nulle part autour de lui la règle de saint Benoît observée dans sa pureté, il alla la chercher en Bourgogne.

 

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Saint Benoît et l'abbé Bernon, peinture murale du prieuré de San Pietro in Lamosa, vers 1150

 

   Il existait à Autun une abbaye, fondée en 600 par la reine Brunehaut avec l’aide du pape Grégoire. Dédiée à saint Martin, avait été détruit en 731 par les Sarrasins. Charles le Chauve et l’évêque Jonas la rétablirent et dix-huit religieux du monastère de Saint-Savin-sur-Gartempe s’y installèrent. Parmi eux, Odon, Jean et Hugon. Grâce à ces trois moines, l’abbaye de Saint-Martin d’Autun ressemblait à une « moisson dans un sol fertile qui produit au centuple sous la culture du divin laboureur ». la rigueur du silence, la sévérité du jeûne et la réception joyeuse des voyageurs y attirèrent de nombreux disciples. Bernon vint s’y inspirer de la règle bénédictine et s’entretenir de ses projets de restauration avec l’abbé Hughes. On ignore combien de temps il y resta. Ce fut vers 893 qu’au pied des montagnes du Jura,  Bernon édifia avec son cousin le monastère de Gigny, sur une terre qui leur appartenait. Il reçu aussi de Rodolphe, roi de Bourgogne transjurane, l’abbaye de Baume. Deux années plus tard, après avoir reçu de Gédéon, évêque de Besançon, la bénédiction abbatiale, il fit le voyage à Rome et remit au Pape Formose l’acte par lequel il inféodait l’abbaye de Gigny à saint Pierre, « porte-clefs » du Paradis. Il obtint en échange l’immunité du monastère, la liberté des élections et l’exemption de toutes dîmes et de toute autorité, si ce n’est celle du Saint-Siège.

   Raoul Glaber, retraçait en ces termes les vicissitudes de la règle bénédictine : « Fondée au Mont Cassin par saint Benoît, elle fut introduite en France par saint Maur, son disciple, au couvent de Glanfeuil en Anjou, dont les moines, chassés par l’invasion de l’ennemi, vinrent au monastère de Saint-Savin de Poitiers, emportant tout ce qu’ils purent sauver de leur défaite et y pratiquèrent quelque temps la règle qui leur avait été enseignée. Bientôt, leur zèle s’étant refroidi, la règle de la communauté fut adoptée par le monastère de Saint-Martin d’Autun et y resta quelque temps en vigueur. Elle changea d’asile pour la troisième fois et vint occuper dans la Bourgogne supérieure le couvent de la Balme. Enfin, fatiguée pour ainsi dire de ce long pèlerinage, Dieu voulut qu’elle choisît pour lieu de repos et siège de sa sagesse le monastère de Cluny, où le germe qu’elle avait apporté devait bientôt fructifier à l’infini. »

 

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l'église de Gigny

 

   C'est dès 909 ou 910 que l'abbé Bernon installe à Cluny une petite communauté monastique composée de douze frères venus de Gigny. Il entreprend la construction d'un premier monastère. L'église abbatiale, dite de Cluny I, sera achevée sous l'abbatiat d'Odon, son successeur. Elle fut consacrée par l'évêque de Mâcon en 967.

   Durant l'abbatiat de Bernon à Cluny (909/910-927), de nouvelles fondations lui sont confiées en Berry et en Auvergne. Par ailleurs, Guillaume le Pieux, peu avant sa mort en 918, dote de plusieurs domaines la petite chapelle fondée à Sauxillanges, en Auvergne, dont il fait don à l'abbé de Cluny. Dans les années 915 ou 920, Bernon reçoit aussi d'Aimard, "viguier de Châtel-de-Neuve pour le comte du duc d'Aquitaine" la villa de Souvigny, près de Moulins. Il semble que dans ces deux localités, Bernon établisse quelques moines afin de mettre en valeur le terroir, comme il le fait aux alentours de Cluny, mais sans encore fonder de véritable monastères. Bernon désigne lui-même, en un testament rédigé en 927, ses successeurs. Une entorse est ainsi faite à la règle bénédictine, mais il se justifie en rappelant que "le bienheureux Benoît et la plupart des maîtres de l'ordre bénédictin se sont donné des successeurs de leur vivant."

 

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Les armoiries de Cluny, église de Sauxillanges. Les armoiries de l'abbaye se blasonnent ainsi : "de gueule, à deux clés d'or en sautoir, traversées d'une épée en pal, à lame d'argent, la poignée d'or en pointe". Ces armoiries font référence aux attributs des deux apôtres Pierre et Paul, sous la protection desquels Guillaume le Pieux avait placé l'abbaye lors de sa fondation.

 

   Dans ce testament où il choisit Cluny comme lieu de sépulture, il répartit les abbayes qu'il dirige entre deux de ses religieux : à Guy, son cousin, ils confie les abbayes juranes de Gigny, Baume, Mouthier et Saint-Lothain, et c'est Odon, un ancien moine de Baume entré à Cluny en 924, qui hérite de la direction de Cluny, de Déols et de Massay.