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AUTUN : La cathédrale, brillant exemple de style clunisien

Publié le : 1er Août 2010
Cluny fait partie du diocèse d'Autun. Ce n'est pas le seul lien existant entre les deux cités. Outre ceux de la spiritualité et de l'histoire, il ne faut pas oublier celui d'une singulière expression de la foi dans l'architecture et la sculpture.

 

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Augustodunum est, comme le nom l’indique, une création de l’empereur Auguste, vers 10 avant Jésus-Christ. Il s’agit de la nouvelle capitale des Eduens, remplaçant ainsi Bibactre. « Sœur et émule de Rome », c’est une création de toute pièce, sans base économique, étagée au dessus de l’Arroux, adossée au massif de Montjeu. Troisième ville des Gaules a être dotée d’une enceinte après Nîmes et Trèves, elle compte dès cette époque 30 000 habitants, autant que Lugdunum. La paix romaine n’est troublée qu’en 21 par le révolte de Sacrovir. Le « droit des honneurs » est accordé aux citoyens par Claude en 48. Les célèbres écoles moeniennes seront dirigées sous Constantin par le rhéteur Eumène.

 

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La porte romaine Saint-André - AUTUN

 

Le christianisme, apporté par des marchands grecs, apparaît au IIe siècle. Les premiers chrétiens se réunissent hors les murs. Saint Symphorien, fils de Faustus et Augusta (qui avaient accueilli saint Bénigne), est décapité en 176 pour avoir ricané au passage d’une procession païenne. La ville sera détruite en 270.

 

L’évêché, fondé au début du Vème siècle, a pour premier titulaire Rhétice. La première cathédrale, est construite à cette époque au sein du castrum installé dans le haut de la ville au siècle précédent. Autun est l’une des capitales du Royaume Burgonde. Saint Germain, évêque de Paris (496-576) en est originaire. Après le monastère Saint-Symphorien, l’abbaye Saint-Martin est fondée en 602 par Brunehaut et Syagrius (plus tard, son abbé, Hugues, sera un proche de l'abbé de Cluny, Bernon). Puis se seront l’abbaye féminine Sainte-Marie-Saint-Jean et l’abbaye Saint-Andoche qui verront le jour. Le comté d’Autun est créé sous Charlemagne avec à sa tête Rodolphe, dont l’un des successeurs, Raoul, deviendra roi en 923. En 843, sont mentionnés les monastères Saint-Pierre et Saint-Etienne. La ville est ravagée par les Normands en 852. En 887, Richard-le-Justicier en fait la capitale du duché de Bourgogne.

 

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Saint André - Détail de la statue provenant de l'ensemble monumental du tombeau de saint Lazare - Musée Rolin, AUTUN - (c) Cliché FCL

 

L’époque médiévale voit se développer les pèlerinages. A Autun, siège de l’un des plus anciens évêchés de France, on ne voulait pas être en retard sur les autres villes. Les moines de Vézelay, qui dépendaient du territoire de l’évêque d’Autun, mais non de sa juridiction, avaient trouvé les reliques de sainte Marie-Madeleine. A Autun se trouvaient, dans la cathédrale, les reliques de saint Lazare et il fallait les remettre à l’honneur. Elles avaient été amenées de Marseille, au Xe siècle, par un certain Gérard. En 1119, le pape Calliste II, nouvellement élu, passa Noël à Autun auprès de sa sœur Ermentrude de Bar et encouragea le projet de construire une nouvelle cathédrale. Le duc de Bourgogne, neveu du pape, donna le terrain. L’évêque, Etienne de Bâgé, était un intellectuel, écrivain, artiste et conciliateur. Il dirigea, avec les chanoines, la construction qui débuta en 1120. On vit aussi apparaître celui qui devait signer le tympan : Gislebertus. En 1130, un autre pape de passage, Innocent II,  consacre ce qui a déjà été réalisé, et en 1145, on profite de la prédication de la seconde croisade à Vézelay pour transférer les reliques de Lazare de la cathédrale Saint-Nazaire à l’église Saint-Lazare, toute proche et presque achevée. A partir de 1195, Saint-Nazaire et Saint-Lazare seront alternativement cathédrale, la première à partir de la Toussaint, la seconde à partir de Pâques.

 

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Vue de la nef de la cathédrale d'AUTUN - (c) Cliché FCL

 

Cent ans après la consécration, l’édifice menaçait ruine. On construisit des arcs-boutants vers 1295. En 1469, la tour romane s’effondra à la suite d’un orage violent. L’évêque, le cardinal Rolin, fils du chancelier qui fit construire les hospices de Beaune, fit édifier une flèche. Du XVème au XVIème siècles datent les chapelles latérales et la surélévation du toit de la nef, occultant les fenêtres hautes.

 

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 La nef et le choeur de la cathédrale Saint-Lazare d'AUTUN - (c) Cliché FCL

 

Au XVIIIème siècle, les chanoines firent transformer le chœur en faisant disparaître l’aménagement roman et en établissant un habillage de marbre. Ils firent supprimer le tympan latéral, dont un fragment, la célèbre et remarquable Eve, est maintenant conservé au musée Rolin.

 

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 Eve - Fragment du linteau du portail latéral de la cathédrale Saint-Lazare - Musée Rolin, AUTUN - (c) cliché FCL

 

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord (1754-1838) est rayé de la liste des prêtres proposés au choix du roi comme évêques (à cause de sa vie parisienne dissolue) par Mgr de Marbœuf, évêque d’Autun. Talleyrand lui succède pourtant à ce poste en 1788. Il séjourna dans sa ville un mois, du 13 mars au 12 avril 1789, y laissant le souvenir de ses erreurs dans la célébration de la messe et de la magnificence de sa table ! Il n’aura même pas le temps de déballer les cadeaux qu’il avait reçus, dont un service de la cristallerie du Creusot.

 

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 Wilbrode-Nicolas-Magloire COURBE, Cles Mce de Talleyrand-Périgord, évêque d'Autun, gravure sur papier - Musée Rolin, AUTUN (inv. S. E. 57a)

 

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Lettre pastorale de Monseigneur l'Evêque d'Autun (Talleyrand) - 26 janvier 1789 - imprimée à Autun par Pierre-Philippe Dejussieu - Archives de la société Eduenne (série D2)

 

Le 27 novembre 1790, un décret de l'Assemblée Nationale contraint tous les fonctionnaires publics ecclésiastiques à prêter serment de fidélité à la Constitution. Condamné par Pie VI, ce serment est condamné par la majorité des évêques. Mais à Autun, Talleyrand prête serment précocement le 28 décembre et invite son clergé à le suivre dans cette voie. Une partie de celui-ci, chanoines en tête, publie une réplique d'une rare violence : " Monseigneur, votre apostasie n'a surpris personne. arrivé à ce point d'opprobre où rien ne peut plus avilir ni dégrader dans l'opinion, vous ne devez aspirer qu'à consommer votre iniquité et à en recueillir le fruit honteux. (...) Nous les avons en horreur ces liens d'iniquité, ils seraient illégitimes, impies, déshonorants. Nous resterons invariablement attachés à nos supérieurs légitimes..." Le clergé d'Autun se place sous l'autorité de Monseigneur de Marboeuf, archevêque de Lyon et de surcroît prédécesseur immédiat de Talleyrand.

 

A la Révolution, la cathédrale fut sauvée grâce à une pétition, mais on détruisit les tombeaux et on saccagea le mobilier. D’importants travaux de restauration furent entrepris à partir de 1804. Viollet-le-Duc intervient à partir de 1849. Les deux tours en façade, imitées de celles de Paray-le-Monial, datent de 1868-1870.

 

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Elévation intérieure de la nef de la cathédrale Saint-Lazare d'AUTUN - (c) cliché FCL

 

A l’intérieur, on admire la sobre architecture romane. Il s’agit d’une élévation clunisienne avec des pilastres cannelés inspirés des monuments romains et une voûte en berceau brisé au-dessus de la nef centrale, ainsi que des arcades caractéristiques qui se déploient dans le chœur.

 

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Le tympan du portail central de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun (avant restauration) - (c) Cliché FCL

 

L’autre centre d’intérêt est le remarquable ensemble sculpté, le plus complet de l’art clunisien, presqu’entièrement dû au même auteur, le fameux Gislebertus. Lorsque l’on se trouve face au portail, sous le narthex, le tympan déploie une page grandiose et d’une extrême finesse de la sculpture médiévale. Il est l’un des cinq plus remarquables de l’art roman avec ceux de Vézelay, Conques, Moissac et Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

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Le tympan du portail central de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun - Moulage présenté à la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, PARIS - (c) Cliché FCL

 

Le Christ, dans sa gloire matérialisée par une mandorle soutenue par quatre anges,  préside au Jugement Dernier ; à ses pieds, les morts ressuscitent à l'invitation des anges qui sonnent de la trompe. De part et d'autre du Christ, deux groupes : les élus et les damnés. C’est en quelque sorte la suite de la pesée des âmes par saint Michel, en présence de Satan (représentée à la gauche de Jésus, à notre droite). De l'autre côté, on assiste à la montée des élus vers la béatitude éternelle, derrière un groupe de bienheureux, comme blottis auprès du Christ. Au linteau, une frise de personnages de toutes origines, avec, malgré leur style longiligne et faussement schématique qui caractérise l'ensemble de la composition, présentent une grande variété d'attitudes et surtout de physionomies et d'expressions.

 

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La répartition des chapiteaux romans dans la cathédrale Saint-Lazare d'AUTUN - D'après Maurice Laurent MICHEL - in "La Saône et Loire ou la Bourgogne du Sud, 2003, JPM éditions, page 198.

 

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Le style des chapiteaux marque l'habileté des sculpteurs à intégrer parfaitement les scènes et les personnages dans la structure de la corbeille. Fidèles aux techniques et canons du style roman, on remarque le dynamisme et la même variété des attitudes que dans le tympan du portail. On ne manquera pas de noter la délicatesse du traitement (le corps que l'on devine sous les vêtements ; le traitement des plis et des chevelures ; les ailes des anges ; les formes végétales). 

 

La délicatesse et une certaine poésie (ou bien une incontestable dramaturgie, selon le thème représenté) se dégagent d'un grand nombre de scènes (le doigt de l'ange effleurant la main d'un mage pendant son sommeil ; l'attitude discrète et sympathique de Joseph pendant la Fuite en Egypte ; et l'intérêt évident de l'Enfant-Jésus recevant le présent d'un mage...)

 

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 Le songe des Mages - Chapiteau conservé dans la salle capitulaire de la cathédrale Saint-Lazare d'AUTUN - (c) Cliché FCL

 

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 La salle capitulaire de la cathédrale Saint-Lazare d'AUTUN - (c) Cliché FCL

 

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L'Adoration des Mages - détail du chapiteau conservé dans la salle capitulaire de la cathédrale Saint-Lazare d'AUTUN - (c) Cliché FCL

 

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Détail du tympan restauré - (c) Cliché : Jean-Michel DUBAND 

 

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Détail du tympan restauré - (c) Cliché : Jean-Michel DUBAND

 

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Détail du tympan restauré - (c) Cliché : Béatrice CANTONI

 

 

 

 

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